Opéra de Marseille Fidelio est de retour sur la scène phocéenne

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Fidelio

L'unique opéra de L.V. Beethoven reste d'une grande actualité dans un monde où nombre de dictateurs et de tortionnaires continuent de sévir un peu partout. Le duo complice Auvray/Arnould donne à l'œuvre majestueuse du célèbre compositeur de Bonn toute sa force et en restitue toute sa contemporanéité. La mise en scène est précise et chaque personnage joue vrai. Ici, la mise en scène d'une intelligence rare, se nourrit d'un décor saisissant, bien éclairé par Philippe Grosperrin. Le cachot où croupit Florestan s'ouvre derrière un rideau de fer ! L'action se situe dans un pays non défini où des prisonniers purgent des peines à durée indéterminée, en attendant leurs exécutions. Cela pourrait se dérouler en Irak ou dans une obscure dictature en Amérique Latine ou ailleurs. La barbarie ne connaît pas de frontière.

 

Dans la fosse, Patrick Davin, premier chef invité de l'orchestre philharmonique de Marseille, paraît moins à l'aise que par le passé. Cela dit, c'est son premier Fidelio, œuvre difficile à monter et finalement peu jouée, dont la partition se révèle d'une richesse expressive rare. Sa vision de Fidelio ne demande qu'à mûrir avec le temps. Marseille grâce à Renée Auphan tient là un grand chef qui, depuis son arrivée, n'a cessé de faire progresser un orchestre qui avait une réputation exécrable. Ne l'oublions pas. Tout cela appartient désormais au passé. Qu’on en juge avec le concert symphonique donné quelques jours plus tard par cet orchestre : une lecture efficace de l'Oiseau de Feu et de Petrouchka d'Igor Stravinsky ainsiq u’un électrisant premier concerto de violon de Prokoviev, grâce à l'interprétation d'un violoniste en état de grâce : Laurent Korcia. Dans Fidelio, Patrick Davin réussit un bel équilibre entre la fosse et le plateau et ce n'est pas si mal !. Les Chœurs sont impeccables ! Sur scène, une fois encore, la distribution vocale est homogène. Si la Lénore de la soprano américaine Nadine Secunde et le Florestan du ténor islandais Jon Ketilsson ne nous transportent pas vocalement, la séduisante Marzelline d'Ainhoa Garmendia est une révélation pour le public. Il en est de même pour l'immense et terrifiant Pizzaro, affublé d'un costume rouge de SS d'Eikke Wilm Schulte. C'est aussi le cas d'un Rocco efficace, campé par Frode Olsen. Le Jacquino d'Edgaras Montvidas est sans reproche.

Comme quoi Fidelio est un opéra qui fait aussi la part belle aux seconds rôles !

par Serge Alexandre