C’est dans l’air à Monaco, troisième édition d’Artistes en mouvement

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Vous vient-il à l’idée de regarder en l’air dans les rues piétonnières de Monaco ? De regarder autre chose que l’architecture d’une maison, une belle façade, la couleur de volets ? Pourtant dans ces rues centrales très éclairées et décorées pendant les fêtes de fin d’année, restent des câbles tendus de façade à façade, oubliés du regard le reste de l’année. Ce sont ces fils en place et délaissés, qu’Héléna Krajewicz, présidente de l’association Artistes en mouvement a proposé ce mois de juillet aux artistes qui veulent affronter un public différent, avec un accrochage particulier, ainsi que le trottoir de ces mêmes rues. Car on se bouge dans cette association, on prend des risques !

 

Sur le thème, C’est dans l’air, rue Princesse Caroline et rue de Millo une vingtaine d’artistes venus d’Allemagne, de France et de Monaco ont relevé le défi de présenter leurs œuvres à la vue du grand public, hors des galeries d’art, certaines suspendues dans les airs avec les contraintes d’installation et de sécurité qui s’imposent, en jouant avec des perspectives exceptionnelles, la lumière, le ciel, ou peut être le vent et la pluie.

Venez à leur découverte ! Il y a bien sûr des moments favorables au cours de la journée pour apprécier les œuvres. Ainsi le matin, à l’angle de la rue Princesse Caroline, près d’une banque, avec le bleu du ciel, la sculpture de Maria Amos / Franz Stahler prend toute sa force et sa poésie. Cette artiste de nationalité russe, qui vit en Italie et en Allemagne, propose une œuvre intéressante et délicate : Le jongleur des mots. C’est un travail sur la liberté des mots, leur autonomie, qui attise l’imagination. Des lettres jaillissent de deux mains gantées de blanc alors qu’une tête grimace un cri, l’ensemble est entouré, posé au sol et inclus dans la verdure d’un bosquet.

La spectaculaire sculpture de Nicolas Lavarenne fait suite et traverse l’azur : Serein, un grand personnage étendu dans les airs, solidement accroché en hauteur, se prélasse, bras repliés sous la tête, allongé sur un fil. Cette sculpture confrontée à l’espace aérien, vue sous différents angles met en joie et s’intègre bien à l’espace.

 

Serein de Nicolas Lavarenne


Plus loin ce sont des fourmis sur un câble qui traversent la rue Caroline En quête de nature, de Nadège Pagès, tandis que Véronique Champollion fait Prendre de l’air à des oiseaux sur d’autres fils tendus.

Toujours dans l’espace, avec beaucoup d’humour Meta2, Aurélie Masset, Malik Ben Messaoud proposent Sans titre de transport, tous deux ont fait le pari de détourner de son usage un vieux scooter, de le peindre orange et vert et de le suspendre par des fils, mis ainsi à l’épreuve du vide, il suscite beaucoup de commentaires !

 

Sans titre de transport de Meta2 Aurélie Masset et Malik Ben Messaoud

On ne pourra manquer la sculpture de Jean-Marie Fondacaro : Passage III, montés sur un support en bois brut, un trépied à clairevoies traversé par la lumière, trois personnages de grandes tailles s’élancent vers le ciel, la 3iéme personne presque en lévitation. C’est un beau travail de recherche sur l’élévation, la verticalité, la spiritualité. Cette œuvre spécialement faite et juste finie pour l’exposition fait suite aux œuvres présentées actuellement à la citadelle de Villefranche.

Des œuvres pérennes et d’autres plus éphémères, sont à découvrir, chacune avec la marque de l’artiste, son style, comme celles d’ Héléna Krajewicz –Rob-Rowlands qui ont suspendu dans les airs leurs créations, Jambes en l’air et Les ailes du désir sur balançoires transparentes. Voir d’abord les sculptures des jambes sur balançoires de la rue Princesse Caroline et apprécier le superbe envol rue de Millo, face à la galerie L’Entrepôt avec la montagne en arrière fond.

Les ailes du Désir d’Hélèna Krajewicz/Rob Rowlands

De l’expérimentation, de la recherche, tel est le but aussi de cette exposition où les œuvres peuvent réagir à l’environnement et au voisinage d’autres travaux. Non créée pour l’exposition, Rêveur de George vue d’abord sur les remparts de St Paul, perd ici de sa force, de sa transparence, elle est écrasée sur son socle. C’est justement la difficulté de l’intégration à un lieu.

Alexandra Allard présente L’air de rien, une recherche sur les thaumatropics, avec la réalisation de grands cercles peints, oiseaux, mouette, signes divers, suspendus pour un jeu aléatoire sur la rotation des images, des images en mouvement. De belles tailles, ces disques qui bougent dans l’air prendront peut être la bonne rotation, pourront jouer le mouvement avec la superposition de deux images, dans une exposition en galerie. En attendant elles ont une forte présence avec la mouvance de l’air !

Cet appel à projets pour exposition in situ, stimule et ménage des surprises, ainsi Monique Thibaudin qui travaillait jusqu’ici sur le thème des jambes, jeux de jambes sculptés jusqu’à la taille mutilée du buste, a réalisé ici un nouveau travail : une grande sculpture blanche, mi ange /mi animal Forme hybride, qui prend une jolie place dans la rue et interroge les passants !

On prend son temps quand on se promène, plus loin, dans un arbre, Marjorie Gaggino y a accroché son filet à papillons U sccipia fastidi.

Au sol, à découvrir La tête dans les étoiles, de Tétu et Tétu, sculpture en béton, Tsadik, (le sage agenouillé) de Maryline M’Gaides, La sculpture de laine enchevêtrée de Caroline Rivalan dont la première exposition à L’Entrepôt vient de se terminer. Etienne Borgo s’intègre au goût du jour avec Divine Vanité, les vanités étant dans l’air du temps ! Et puis voir un peu loin de l’exposition un tableau de Gilbert Casula, seul artiste dans une vitrine, au milieu de plantes magnifiques dans le très officiel fleuriste attitré du Prince.

Etait de la fête, le jour du vernissage, la galerie L’Entrepôt de la rue de Millo où le pianiste Nicolas Horvath pendant 6 heures, au milieu des œuvres exposées de Pedjman Ebadi, a interprété au piano la musique magnétique, hypnotique, répétitive Canton Ostinato de Simeon Ten Olt, de quoi vous faire planer, vous couper le souffle…

 

Galerie L’Entrepôt Le pianiste Nicolas Horvath interprète Canton Ostinato

C’est trop tard pour les performances du jour du vernissage, mais il y en aura d’autres au cours du mois, de quoi vous réjouir et beaucoup à découvrir dans ce quartier, où l’on se promène, on dîne, en toute quiétude au soleil couchant !


Brigitte Chéry

Photos Béatrice Heyligers


Association Artistes en mouvement Héléna Krajewicz Tél. 06 22 04 45 11

Galerie L’Entrepôt Daniel Boeri rue de Millo Monaco tél +377 93 50 13 14

Exposition Tout le mois de juillet 2013