Marseille, Capitale européenne de la Culture : musicale et lyrique !

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En cette année 2013, la saison lyrique sans faille de l’Opéra de Marseille ayant pour thématique la Méditerranée et concoctée par Maurice Xiberras en fait l’une des capitales internationales.

 

Spectacle

Après des représentations réussies de Carmen, la scène phocéenne proposait de découvrir le cornélien Poliuto de Gaetano Donizetti proposé en version de concert. Il s’agit donc d’une création et l’on s’en réjouit. Inspiré librement par le Polyeucte de Corneille, le librettiste Cammarano réduit la dimension tragique de l’œuvre à un mélodrame italien offrant à Polyeucte un sentiment de jalousie à l’égard de Pauline et en ajoutant une scène spectaculaire où Polyeucte renverse la statue de Jupiter. Cet ouvrage rare épouse les préceptes du grand opéra parisien préfigurant les œuvres de Verdi. Les belles mélodies survivent encore grâce à de rares captations en direct dont de fameuses représentations à La Scala de Milan en 1960 avec Franco Corelli et Maria Callas.

Poliuto mêle un triangle intime aux grands enjeux publics, politiques et religieux. Le rôle-tItre écrit initialement pour le célèbre ténor Adolphe Nourrit fut incarné par Gilbert Duprez. Il exigeait une technique vocale sans faille épousant à maintes reprises le do de poitrine.

Spectacle

Le ténor italien Massiliano Pisapia est bien l’homme de la situation. Il offre un chant généreux dominé par des aigus somptueux. En l’écoutant, on songe à la voix du jeune Luciano Pavarotti ou à Franco Corelli à son firmament tant son timbre est solaire !

Sa Paolina revêt les traits charmeurs de la belle soprano Daniela Dessi dont le métier après une trentaine d’années de carrière n’est plus à démontrer. Son intelligence lui permet de proposer une ligne de chant souple. Le timbre est chaleureux. Sa voix de soprano est large et en fait une Paolina inoubliable dont l’émission est toujours au service de l’émotion !. Elle confère à l’héroïne toute l’intensité émotionnelle requise. Daniela Dessi n’a rien à envier à ses illustres consoeurs telles que Callas, Mazzola-Gavazzeni qui l’ont devancé dans le rôle.

À leurs côtés, le baryton italien Vittorio Vitelli laisse une belle impression avec une voix saine rompue au style requis par le bel canto en Severo, un guerrier qui fût le premier amour de Paolina. Wojtek Smilek, somptueuse basse polonaise est un grand prêtre Callistene. Le jeune ténor français Stanislas de Barbeyrac en Nearco, l’ami de Polyeucte étonne par la beauté de son émission, un italien irréprochable et une musicalité hors pair.

Spectacle

Dans leurs brèves apparitions, Paul Rossner et Alain Herriau complètent à merveille cette distribution de rêve.

Habitué de la fosse marseillaise, le chef d’orchestre avignonnais Alain Guingal apporte une lecture passionnée de la partition capable de faire oublier quelques faiblesses de l’écriture donizettienne ou quelques passages approximatifs sur le plan de la justesse du chœur et de l’orchestre.

Une fois de plus, Alain Guingal est bien l’un des artisans de cette réussite totale. L’accueil enthousiaste du public en témoigne !

Plus tard dans la saison, tous les superlatifs sont de rigueur pour la production d’Elektra, réussite absolue du metteur en scène Charles Roubaud et son équipe Emmanuelle Favre dont les décors ingénieux évoquent la cour intérieure du palais royal enrichi d’un dédale de galeries et de balustrades avançant en contre-plongée soulignant cette impression d’enfermement général. Les costumes très efficaces de katia Duflot enlèvent toute féminité à Electrolux habillée comme une clocharde à contrario de Chrysothémis. Cette production fut créée in loco en 2003…

Intemporels, les personnages de la mythologie grecque revue par Hofmannsthal n’ont jamais paru aussi humains et proches qu’ici dans les lumières inventives de Marc Delamézière.

Charles Roubaud jouit d’une distribution exceptionnelle ayant un investissement scénique de tous les instants. Sa dramaturgie en sort magnifiée.

Spectacle

C’est le cas de la soprano Jeanne Michèle Charbonnet. Vocalement souveraine jusque dans l’extrême aigu, capable de respecter les plus infimes nuances, elle est Elektra tandis que Riccardo Mereth est une magnifique Chrysothémis : humaine déployant une belle homogénéité sur l’étendue du registre et une superbe projection du texte. La mezzo-soprano française Marie-Ange Todorovitch en pleine possession de ses moyens vocaux réussit sa prise de rôle. Sa Clytemnestre est somptueuse et vénéneuse. Le baryton basse français Nicolas Cavallier campe un excellent Oreste d’une belle musicalité et solide vocalement. Parfait est l’Égisthe de Patrick Raftery.

Tous les rôles secondaires sont exemplaires dont on retiendra les noms de Lucie Roche, Christine Tocci, Simona Caressa, Bénédicte Roussenq, Sandrine Eyglier, Erick Freulon, Avi Klemberg ou Christophe Fel…

À la tête de l’orchestre de l’opéra de Marseille, l’un des plus grands chefs d’orchestre de notre temps Pinchas Steinberg convaincant dans sa lecture s’évertue à mettre en lumières la troublante perversité de la musique de Richard Strauss culminant dans un finale qui laisse le mélomane anéanti !

Spectacle

Une nouvelle fois l’accueil triomphal du public est pleinement mérité…

C’est le même chef d’orchestre qui une nouvelle fois transcende les forces marseillaises dans une extraordinaire interprétation de la dixième symphonie de Dimitri Chostakovitch.

Dans la sérénade pour cordes de Tchaïkovsky, Pinchas Steinberg révèle des couleurs presque viennoises des cordes insoupçonnées jusqu’ici dans l’expression de la volupté.

Un concert inoubliable ! On espère retrouver très vite le maestro dans la fosse phocéenne…


Serge Alexandre


www.opera.marseille.fr

Un extrait de Poliuto à Marseille avec Daniela Dessi :

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Une présentation d’Elektra à l’Opéra de Marseille :

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