Opéra de Toulon, une très belle production d'Aida

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Aida

Avant les Chorégies d'Orange cet été et le Radamès très attendu de Roberto Alagna malheureusement souffrant lors de la représentation dominicale de Cyrano d'Alfano à l'Opéra national de Montpellier (remplacé par Éric Bertoloni), l'Opéra de Toulon proposait de retrouver la production, signée Paul-Émile Fourny, d'Aida de Verdi.

 

 

Paul-Émile Fourny évite tous les clichés coutumiers aux mauvaises productions de l'un des chefs d'œuvre de Verdi nous ramenant souvent à un péplum de plus ou moins mauvais goût. La mise en scène sobre s'appuie sur quelques éléments réalisés par le décorateur Jean-Pierre Capeyron biens éclairés par Jacques Châtelet. Aucun doute, nous sommes bien en Égypte ! On est en présence d'un drame intimiste, qui met en relief les méandres de la passion et de la jalousie avec de la politique et du sacré. Le premier miracle vient de la fosse où Giuliano Carella fait des merveilles à la tête d'un orchestre en super forme. Du prélude aux derniers soupirs des amants, tout ici est cohérent dans la direction du maestro italien toujours attentif au plateau. Les chœurs bien préparés par Catherine Alligon sont superbes. Sur scène, on découvre une Aida inoubliable interprétée par de la soprano Michele Capalbo qui possède un art consommé du chant et un physique des plus avantageux. Probablement une Aida qui marquera son temps ! À ses côtés, la mezzo-soprano italienne Elisabeth Fiorillo ne démérite pas, avec son beau phrasé. Elle est puissante et possède le registre grave qu’il faut pour aborder ce rôle et en plus, c’est une véritable tragédienne. Le baryton Carlos Almaguer campe un excellent Amonasro. Wojtek Smilek, Luigi Roni et Dominique Rossignol complêtent à merveille cette distribution d'une belle homogénéité où seul le ténor italien Pierop Giuliacci apparaît en retrait dans le rôle éprouvant vocalement de Radamès, en dépit de réelles qualités vocales. Bien sur, il est difficile d'oublier le timbre lumineux du ténor florentin Lando Bartolini ou d'un Franco Corelli de jadis. Il n'en demeure pas moins que cette Aida aura marquée les entendements en donnant satisfaction au plus exigeant des mélomanes ! L'opéra de Toulon a du refuser beaucoup de monde pour cet événement…


par Serge Alexandre