Des contes d’Hoffmann d’anthologie à l’Opéra de Nice

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À Nice, Paul-Émile Fourny proposait une nouvelle production des Contes d'Hoffmann, le chef d’œuvre inachevé de Jacques Offenbach. Cette œuvre ultime a souvent donné lieu à toutes les extravagances de la part des metteurs en scène. La version choisie ici est une synthèse réussie de la traditionnelle édition Choudens et de la plus récente de Fritz Oeser.

On y retrouve le scintille diamant et le septuor final avec Stella. S’appuyant sur d’astucieux décors et de beaux costumes de Louis Désirée, la mise en scène de Paul-Émile Fourny, d’une intelligence rare, met l’accent sur la direction d’acteurs. Évitant tout artifice, elle met en lumière la dimension théâtrale de l’ouvrage. Tout au long d’un drame épuré, la mise en scène nous réserve de très beaux tableaux dont l’acte d’Antonia est le point culminant sur le plan émotionnel.

Il s'agit d’une des plus belles productions des Contes d’Hoffmann depuis la réalisation de Robert Carsen à l’Opéra de Paris. Les métamorphoses des quatre rôles féminins et diaboliques sont ici particulièrement saisissantes.


L’une des grandes satisfactions de cette production est le plateau vocal réuni ici qui affiche une très belle homogénéité. Le pari est réussi pour la soprano française Annick Massis (malgré la grippe). Elle incarne pour la première fois les quatre dames avec une facilité déconcertante. Sa technique vocale est telle qu’elle domine sans difficulté les tessitures aussi contrastées d’Olympia si représentative de la soprano colorature à la française par opposition à une Giuletta quasi mezzo. La caractérisation par une seule cantatrice des quatre dames (Olympia, Antonia, Giuletta et Stella) apporte une grande continuité entre les personnages. Annick Massis leur confère sensualité, sûreté et raffinement. Elle est tour à tour : Olympia, poupée hallucinée au crâne chauve, affublée de collant noir et chaussée de cuissardes latex d’un caractère érotique certain ; Antonia romantique à souhait d’anthologie ; Giuletta aux cheveux ras et en costume d’homme évoquant une aristocrate froide et calculatrice ; enfin, elle termine cette galerie de portraits en incarnant Stella, fantasme d’Hoffmann, totalement inaccessible. Pourquoi cette artiste magnifique qui n’a rien à envier à ses illustres consœurs (Beverly Sills, Christiane Eda-Pierre) est-elle devenue si rare dans l’hexagone alors qu’elle triomphe sur les plus grandes scènes internationales ?

À ses côtés, le ténor français Luca Lombardo est, sans conteste, le meilleur Hoffmann que l’on puisse entendre et voir aujourd’hui. Loin des tapages médiatiques de certains de ses confrères, cet artiste mène discrètement une carrière exemplaire, ayant atteint la plénitude de ses moyens vocaux. Scéniquement, il est un poète d’un naturel insoupçonné qui ne cesse de nous procurer de l’émotion. Il assume parfaitement la longueur de ce rôle fleuve et tous les moments dramatiques d’une partition redoutable, lui conférant une élégance propre au style français que l’on croyait oublié avec une ligne de chant impeccable.

Dans les quatre rôles diaboliques, Giorgio Surian (basse croate) se veut tantôt cabotin tantôt effrayant, façon Klaus Kinski. En dépit d’un vibrato élargi, il excelle dans les quatre personnages maléfiques. Autour d’eux, on peut mentionner la très belle prestation de Marcel Vanaud dans le rôle du père d’Antonia. On retiendra aussi l’excellent Nicklausse de la mezzo-soprano Juliette Mars. Ivan Mattiakh, Marie-Thérèse Keller, Osvaldo Perroni et le chœur sont impeccables.
Dans la fosse, Emmanuel Joel-Hornak se montre très à l’aise dans un répertoire qu'il a l’habitude de diriger à travers le monde. Il veille tout au long de l’ouvrage à un équilibre parfait entre fosse et plateau. Sa direction précise et attentive aux solistes est un modèle du genre. L’ovation est méritée pour une équipe artistique exemplaire !
Souhaitons que cette nouvelle production exemplaire des Contes d’Hoffmann qui sera proposée à Singapour avec Luca Lombardo en mars 2009 connaîtra une longue vie sur les scènes lyriques internationales.

par Serge Alexandre