Giuseppe PENONE - Le robin des bois de Versailles

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Les précédentes expositions contemporaines n’étaient guère convaincantes, ni sur la pertinence de la grandiloquence des artistes choisis, ni sur la pertinence des lieux, intérieur du Château surtout, comme scènes d’installation.

À propos des expositions d’été organisées au Château, j’écrivais « Dans les jardins, pourquoi pas : pas trop de problèmes, la nature se défend bien. » (« Et si Versailles m’était (re)compté » octobre 2010, PerformArts n°10)

 

Penone

Voici le nouvel occupant en cet été 2013, Giuseppe Penone, astucieux bûcheron Piémontais, dans les jardins de Versailles.

L’artiste travaille principalement le bois, pas dans des blocs ou l’épaisseur de planches comme on l’attendrait d’un sculpteur, mais avec l’arbre. Entendez qu’il ne façonne pas le bois matériau mais l’objet arbre. C’est la structure spécifique de l’arbre qui est travaillée, écorce en soi, rapport de l’écorce et du cœur de l’arbre mis à nu selon ses lignes de croissance, rapport des racines, du tronc et des branches avec le sol, avec l’air, dans l’équilibre ou déséquilibre jusqu’au renversement de l’image lorsque dans le regard du visiteur les racines flottent sur le ciel. Toutes les manipulations préservent les aspects naturels. Ainsi les quelques pièces à l’intérieur n’ont pas l’effet invasif des couleurs plastiques, des flashs teinte fluo qui lors des expositions précédentes souvent abîmaient les équilibres des espaces et des décors permanents. Les matériaux de la nature transformés tout en gardant leurs identités prennent place sans heurts dans l’ouverture des jardins, insolites certes, mais comme à leur place.

 

Penone

Ils sont là, fragments du réel dans le réel d’origine, mais à détourner le regard, créant une sorte de lecture sur- réelle. Le travail de Giuseppe Penone garde ses dimensions habituelles, ses curieux détours exploratoires, travail à la fois plein d’évidence et de questions. Il n’a pas tenté de vaincre Versailles, il s’y est accordé, et a probablement ainsi conquis encore un peu d’espace.


Marcel Alocco

Juin 2013