La belle rencontre de Dominique Richard et la Compagnie Gorgomar.

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Véritable enchantement, Le journal de Grosse Patate de Dominique Richard, spectacle tout public de la compagnie Gorgomar de Nice est un beau moment de partage et de plaisir qui intéresse tous les âges même celui de l’adolescence. D’entrée, le monde de l’enfance s’ouvre à nous : nous assistons au spectacle de danse de Grosse Patate. Aurélie Péglion interprète le rôle de cette petite fille de dix ans qui, malgré son surpoids, danse avec bonheur et application.

Petite couronne sur la tête et tutu rose, elle est belle et attendrissante, Grosse Patate, comme la surnomme ses copains. Elle amuse et séduit le public malgré ses grosses fesses et des postures parfois un peu ridicules, gentiment grotesques.

 

Spectacle

A partir de cette ouverture, de cette scène d’accueil, nous allons la suivre, entrer dans son monde, suivre ses rêves, découvrir ses camarades et partager les difficultés de sa vie. Nous rencontrons Remi, (Emma Laurent), qui est son ami souffre douleur, surgissent des copains Rosemarie et Hubert, sous forme de marionnettes et aussi l’Homme en Noir, tantôt inquiétant, tantôt bienveillant. Cette très grande marionnette sans visage, personnage central, traverse les rêves de la petite fille, accompagnés de sons étranges, signale l’appel au sommeil et la conversation avec la lune.

Le journal de la petite fille est entrecoupé de scènes de vie jouées pendant lesquelles Grosse Patate n’arrête pas de manger chips et gâteaux à la chantilly. Elle met à l’épreuve Remi, qui est trop grand pour son âge. Tous les personnages ont une différence, Rosemarie est trop timide, Hubert trop beau, Rémi ne sait pas s’il aime les garçons ou les filles et Grosse patate, bien sur, est trop grosse.

Aurélie Péglion apporte beaucoup de tendresse à son personnage. Elle donne vie aussi à Rosemarie et Hubert représentés et manipulés en marionnettes. Le jeu donne du recul, dédramatise ce qui pourrait être les handicaps de ces personnages. Les décors sont ingénieux, Aurélie les transporte à volonté, tiroirs de rangement immenses, deviennent lits, ou bancs, enferment tout le désordre.

Spectacle

Aurélie Péglion et Emma Laurent forment un beau duo, à tendance clown blanc et auguste, ce qui donne une certaine distance. Emma Laurent endosse les rôles tout à tour de Rémi et celui très intriguant de l’Homme en Noir. Le jeu de la guerre monté par Rémi est séduisant. Aurélie Péglion, Grosse Patate, jamais nommée autrement, découvre la vie, la différence, la tristesse du deuil, la cruauté, des thèmes intemporels et des sentiments propres au passage de l’enfance à l’adolescence. Nous traversons ces étapes, avec des scènes de vie très fraîches, assistons à un goûter d’enfants, aux couchers et aux réveils de la petite fille, à ses conversations avec la lune, à son bonheur de vivre. Ce spectacle est très dynamique, avec la superposition des rôles, les changements de personnages, de costumes et de décor. La magie de ce spectacle, c’est l’esthétisme du monde onirique dans lequel nous rentrons avec délice.

Les couleurs propres à l’enfance, la lumière, la musique très orchestrée concourent à tracer cette jolie histoire. Chacun des personnages est accompagné de sa propre musique originale, composée par Thomas Garcia, la mélodie de Grosse Patate apparaît dès la scène de la danse du début, le thème d’Hubert est traversé par le banjo, alors que pour L’Homme en Noir ce sont des sons étranges d’archets frottés. Lorsque les personnages traversent les rêves de la petite fille et la nuit, la mélodie de chaque personnage résonne distordue et déformée !

Spectacle

Ce spectacle joué à Carros et au Théâtre National de Nice, sera repris à l’automne et partira en tournée. A ne pas manquer !


Brigitte Chéry


Mise en scène Thomas Garcia et Aurélie Péglion. Musique et vidéo Thomas Garcia.; Scénographie et Lumière Philippe Maurin, Marionnettes, Charlotte Libeau.

Compagnie Gorgomar tel 0 612 452 396