Le TGP de Saint-Denis et les Paladins font escale à Nice avec un opéra de Monteverdi

PDFImprimerEnvoyer

Après le succès du Couronnement de Pompée de Claudio Monteverdi monté au TGP de Saint-Denis en 2010, le metteur en scène Christophe Rauck et le directeur musical Jérôme Correas reprennent leur collaboration fructueuse pour Le Retour d’Ulysse dans sa patrie du même compositeur. Ce deuxième spectacle démarrait sa tournée au TGP de Saint-Denis au printemps et sera à l’Opéra de Nice les 30 mai, 1er et 2 juin 2013.

 

Opéra

Inspirée de la légendaire Odyssée du poète Homère, la pièce s’ouvre sur le retour d’Ulysse à Ithaque. Après 20 ans d’exil et sur les conseils de la déesse Minerve, il revient incognito sur son île, déguisé en vieux mendiant afin de déjouer les manigances des prétendants de Pénélope. Sa fidèle compagne, qui l’attend patiemment malgré l’empressement de l’intrigante Melanto pour qu’elle prenne un amant, saura-t-elle reconnaître son bien aimé et son fils Télémaque, tous deux disparus depuis si longtemps ? Les retrouvailles seront-elles à la hauteur du retour espéré ?…

Ce drame musical créé à Venise en 1640 sur le mode parlé-chanté représente de nos jours un hymne à cette forme chantante qui va révolutionner la musique, autrement dit l’opéra ! Il sera baroque avec Claudio Monteverdi qui utilisera une panoplie de formes expressives pour donner corps aux sentiments des interprètes afin de toucher le cœur du public. Mais pas de méprise… il ne s’agit pas ici d’un hommage figé ; bien au contraire. A cette modernité de l’époque répond la conception très sensuelle, poétique et symbolique du travail complice du metteur en scène Christophe Rauck et de Jérôme Correas, directeur artistique de l’orchestre lyrique, les Paladins.

Pour Ch. Rauck, « l’opéra est tout d’abord un art populaire, vivant, bouleversant, et donc accessible... » Il en creuse le sillon avec cette œuvre qui développe les thèmes intemporels sur la destinée humaine tels que l’exil, la solitude, la fidélité… Mais comme le tragique ne gagne jamais totalement la partie chez cet artiste issu du Théâtre du Soleil (Mnouchkine), les scènes émouvantes alternent avec subtilité avec des saynètes cocasses, servies par une « machine à décors » ingénieuse. Entre homérique et familier, on passe d’un décor de palais endormi où l’homélie des dieux fait fondre les robes-cierges et la vindicte d’Ulysse trembler un rideau de mer balayée par les nuages à une scène de radeau sur lequel tangue le fils Télémaque, par une nuit éclairée d’un globe blanc, noir et or, (Ohé Méliès !)… On entend la plainte de Pénélope (interprétée par la remarquable mezzo Blandine Folio Peres) enserrée sur son trône baroque avant de subir les assauts de trois prétendus sigisbées qui se couvrent de ridicule… Junon apparaît en déesse à talons, vêtue d’or de la tête au pied, arrogante et sexy. Enfin, on découvre un parterre de tissus rouge carmin sur lequel évolue un Ulysse blessé, figurant le flot de sang versé pour regagner son trône…

Opéra

Jérôme Correas nous livre, quant à lui, les clés de ce répertoire codé. « Dans l’œuvre baroque, chaque personnage a sa musique propre, un style qui le caractérise… Ainsi, les héros s’expriment dans un récitatif expressionniste, les dieux chantent d’une façon virtuose et les seconds rôles font avancer l’action avec toute leur gouaille et leur humour ». Et c’est bien par là qu’il nous rend familier cet opéra créé il y a plus de 400 ans ! Les monodistes se révèlent dans la parole chantée, le murmure ou les airs ornementés, chers au compositeur italien. Tous ces registres d’expression permettent aux chanteurs(ses) comédien(ne)s de vivre avec intensité les scènes et aux spectateurs de les recevoir. La magie du théâtre opère en harmonie avec la beauté lyrique des airs.

Pour accompagner les protagonistes autour du livret de Giacomo Badoaro, l’orchestre des Paladins sous la baguette sensible de Jérôme Correas, embellit les récitatifs, les airs et les ensembles de ses instruments d’époque : harpe, cornets, théorbes, violes de gambes entrent dans la farandole…

Il aurait été dommage que cette version du second volet de la trilogie monteverdienne ne soit plus jouée. Sans doute les dieux ont-ils été convoqués : elle sera donnée à l’Opéra de Nice très prochainement*!

Aurèle M.

OPÉRA DE CLAUDIO MONTEVERDI

LIVRET DE GIACOMO BADOARO

DIRECTION MUSICALE : JÉRÔME CORREAS – Coproduit par les Paladins

MISE EN SCÈNE : CHRISTOPHE RAUCK

AVEC : BLANDINE FOLIO PERES, ANOUSCHKA LARA, DOROTHÉE LORTHIOIS, FRANÇOISE MASSET, DAGMAR SASKOVA, HADHOUM TUNC, VIRGILE ANCELY, JÉRÔME BILLY, MATTHIEU CHAPUIS, CARL GHAZAROSSIAN, JEAN-FRANÇOIS LOMBARD

Il Ritorno d'Ulisse in Patria

Opéra en 5 actes et un prologue de Claudio MONTEVERDI (1641), Texte de G. Badoaro

Arcal - Coproduction : ARCADI, TGP - CDN de Saint-Denis, Les Paladins, Opéra de Reims

*Les 30 mai, 1er et 2 juin 2013

L’Opéra de Nice

4 & 6 rue Saint-François de Paule, 06300 Nice

Tél. : 04 92 17 40 00

http://www.opera-nice.org/index.php