Nice Jazz festival : le vent du renouveau

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Le programme du 3eme Nice Jazz Festival (1) concocté par son nouveau directeur artistique, Sébastien Vidal, a surpris agréablement plus d'un amateur. Cette manifestation reprise par la mairie de Nice en 2011, semblait installée dans une certaine routine propre aux festivals de jazz de la Côte d'Azur qui se caractérisent par un choix limité à quelques stars médiatiques que l'on retrouve chaque année et une vision patrimoniale du jazz où des musiciens d'aujourd'hui sont uniquement sollicités pour des hommages aux grands musiciens disparus.

 

 

Merci Monsieur Vidal pour avoir mis fin à ces fâcheuses habitudes. Le Nice Jazz festival, abandonne désormais aux autres manifestations le world, le rock et la chanson et s'ouvre largement à de jeunes jazzmen n'ayant pour tout CV qu'un ou deux disques et flirtant sans retenue avec toutes sortes d'expériences musicales pas toujours en odeur de sainteté auprès des amateurs de « vrai jazz ».

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Place aux jeunes

Le critère de l'âge est loin d'être un facteur absolu de qualité, néanmoins, il y a plus de satisfaction à donner l'occasion à de jeunes talents d'émerger que de continuer à célébrer la gloire d'octogénaires coûteux. Ainsi, en 2013, on nous n'aurons ni Rollins (2), ni Wayne Shorter (3) mais Guillaume Perret. Ce jeune saxophoniste que tous les festivals s'arrachent et dont nous avons dit tout le bien que nous en pensons dans une précédente chronique, fera l'ouverture du NJF sur la scène Massena.

Il sera suivi par un autre jeune musicien à découvrir, le trompettiste Christian Scott (30 ans), qui, comme Trombone Shorty (présent à Nice en 2011 et 2012), est un représentant de la jeune école de la Nouvelle Orléans popularisée par la série « Treme ». Comme Perret, Scott n'est pas enfermé dans un style défini. Sa musique relève autant du jazz que de la soul et du rock.

Le pianiste Robert Glasper est également un adepte du mélange des genres. Son groupe Experiment (5), sera renforcé par le fameux rappeur Yasiin Bey aka Mos Def. Le concert que ce groupe donnera le mardi 9 juillet, en fin de soirée au Théâtre de Verdure risque donc de décoiffer.

Sans doute moins flamboyant mais tout aussi intéressant est le sextet de Gerald Clayton (6). Ce pianiste de trente ans, après avoir fait ses classes auprès de Roy Hargrove et Diana Krall, présentera son dernier disque, « Life Forum », qui laisse une large place aux chanteurs.

Une belle palette de vocalistes

Robert Glasper sera suivi au Théâtre de verdure par la chanteuse coréenne, bien connue en France, Youn Sun Nath. En quelques années elle à pris une place de premier plan dans le monde du jazz vocal féminin. Son dernier CD, « Lento », après « Same Girl » (2010) et « Voyage » (2009) confirme sa grande maîtrise technique et sa capacité de passer des standards à des compositions personnelles minimalistes. Sa présence lumineuse et le métier de son trio très rodé (7) ne manqueront pas d’envoûter ceux qui la connaissent et ceux qui la découvrent.

La chanteuse canadienne Kellylee Evans, connue pour ses reprises de Nina Simone, viendra sur la la scène Massena, le 10 juillet, présenter un répertoire orienté vers des musiques urbaines d'aujourd'hui (rap, hip-hop). Elle sera suivie par le bien nommé John Legend, relativement peu connu de ce coté ci de l'Atlantique. Legend est un crooner et un grand chanteur de soul qui côtoie aussi bien Stevie Wonder que le rappeur Jay Z.

Le trompettiste Stéphane Belmondo qui aime l'éclectisme poursuit son travail d'inventaire. Après avoir, en compagnie de son frère Lionel, remis au goût du jour Lili Boulanger et Maurice Duruflé, il a fait sortir de sa retraite Yusef Lateef, et récemment rendu hommage à Milton Nascimento. Tout dernièrement, il s'est intéressé au répertoire du chanteur et compositeur de soul, Donny Hathaway, en enregistrant le disque « Ever After » auquel ont participé Gregory Porter et Sandra Nkaké. Cette dernière partagera la scène Massena, le 9 juillet avec Stephane Belmondo pour ce qui sera, à nouveau, une célébration de la great black music.

Une riche délégation venue d'Israël.

En Israël, il n'y a pas qu'Avishai Cohen, le bassiste, qui avait participé à l'édition 2011 du Nice, jazz festival, il y a également son homonyme, trompettiste et membre du Omer Avital Band of the East (8). Un pied à New York, l'autre à Tel-Aviv, ce quintet aux accents main stream qui regroupe des pointures venues des deux pays sera tout autant une découverte que la confirmation que le jazz est unique quel que soit sa terre d'élection.

De même le pianiste Shai Maestro, ex accompagnateur d'Avishai Cohen (le bassiste) présentera un trio (9), plein d'énergie et de groove, si on en juge d'après son premier disque en leader.

De solides têtes d'affiche

Un festival de Jazz qui se respecte doit avoir quelques solides têtes d'affiche pour attirer le chaland. Même si ces dernières n'ont pas une actualité qui justifie la fréquence de leur venue, elles sont, pour le programmateur, une sorte d'assurance de réussite de leur manifestation. Parmi ceux ci l’inoxydable Maceo Parker, bien connu dans nos contrées, l'immarcescible George Benson qui ravivera chez les vieux festivaliers la nostalgie des bœufs de fin de soirée au Regency, les ultra liftés Earth Wind and Fire qui ressuscitent tous les deux ans. Enfin, c'est bien connu, on est Beatles ou Stone, Tintin ou Spirou, Herbie ou Chick. L'an dernier, c'était Herbie Hancock, cette année ce sera Chick Corea que l'on avait entendu pour la dernière fois à Nice en 2010. Comme la fois précédente, il sera accompagné du contrebassiste Christian McBride. Le reste de l'orchestre (The Vigil) est composé de Tim Garland au sax, de Charles Altura à la guitare et de Marcus Gilmore à la batterie qui est le petit fils du légendaire Roy Haynes, lequel accompagnait Chick Corea en 2010.

Il serait impardonnable de passer sous silence quelques autres musiciens qui seront présents à Nice. Il s'agit notamment de la bassiste et chanteuse Esperanza Spalding accompagnée de son groupe « Radio Music Society » qui pourrait réserver quelques belles surprises. Il en est de même pour Manu Katché et son quartet (10). Pour l'avoir vu et entendu dans tellement de styles différents, on a tendance à oublier qu'il est également à sa place dans le domaine du jazz « pur ». N'oublions pas non plus, le parrain du festival, André Ceccarelli qui présente son dernier et ultime (?) disque « Ultimo » accompagné de l'Orchestre philharmonique de Nice.

Le jazz se dissout-il sous le nappage de violons ? Vieille question face a laquelle se sont trouvés confrontés entre autres Ben Webster, Stan Getz dans « Focus » et Joe Lovano dans « Celebrating Sinatra ». Réponse le 8 juillet au Théâtre de verdure...


Bernard Boyer



 

(1) Programme et tarifs sur http://www.nicejazzfestival.fr/

(2) A Vienne le 10 juillet, voir http://www.jazzavienne.com

(3) A Antibes, le 16 juillet voir http://www.jazzajuan.com

(4) Programme et tarifs sur http://www.jazzinmarciac.com

(5) Robert Glasper : piano ; Yasiin Bey aka Mos Def : chant ; Casey Benjamin : sax, vocoder ; Derrick Hodges : basse ; Mark Colenburg : batterie.

(6) Gerald Clayton : piano ; Sachal Vasandani : chant ; Gretchen Parlato : chant ; Logan Richardson : sax ; Joe Sanders : contrebasse ; Justin Brown : batterie.

(7) Youn Sun Nah : chant ; Ulf Wakenius : guitare ; Vincent Peirani : accordéon ; Simon Tailleu : contrebasse.

(8) Omer Avital : contrebasse ; Avishai Cohen : trompette ; Joel Frahm: sax ; Omer Klein : piano ; Daniel Freedman : batterie.

(9) Shai Maestro : piano ; Jorge Roeder : contrebasse ; Ziv Ravitz : batterie.

(10) Manu Katché : batterie ; Jim Watson : piano & hammond B3 ; Luca Aquino : trompette ; Tore Brunborg : sax.