LA RAGE DE CONVAINCRE*

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« J’ai réalisé mes rêves et je les ai dépassés »

Marcel Bleustein Blanchet, a donné à la publicité ses lettre de noblesse. A l’origine de la première agence de communication européenne Publicis, la 3ème mondiale, il a contribué à l'entrée de la France dans le siècle de la consommation. Il a introduit, pour la première fois en France, la publicité chantée avec Charles Trenet, le journal d’information en direct, les sondages et les Drugstores.

 

Entretien

Les mots de Marcel Bleustein Blanchet

« Et j’entends encore, 70 ans après, la réponse de mon père quand je lui ai annoncé mon intention : « Tu veux vendre des courants d’air ? Vas mon fils, je ne t’en empêcherai pas car plus tard tu pourrais me le reprocher »

Ces paroles extraordinaires m’ont accompagné tout au long de ma vie et je me suis promis, si je revenais de la guerre de rendre ce que j’avais reçu en aidant à mon tour un jeune à réaliser ses rêves. L’idée de la Fondation a germé au fond d’une prison espagnole lors d’un retour sur moi-même et sur l’attitude admirable de mon père. Je ne me doutais pas que la générosité collective allait être ce prodigieux coefficient multiplicateur qui, d’un projet tout simple et somme toute modeste, allait devenirune véritable institution du cœur et de la foi en l'avenir. »

Entretien

Lors d’un précédent entretien, Elisabeth Badinter nous avait présenté la Fondation de la Vocation, dont elle est présidente, qui soutient sous diverses formes, des jeunes voulant exercer un métier, leur passion, recouvrant tous les domaines d’intérêts publics (excepté ceux concernant la politique ou religieux). Chaque année, la Fondation qui revendique un paternalisme positif, décerne des bourses à des lauréats qui révèlent des qualités et des talents qu’aurait aimé son fondateur.

Entretien

Marcel Bleustein Blanchet a en effet toujours encouragé la réussite grâce au capital confiance qu’il accordait aux autres et qu se perpétue aujourd’hui à travers sa Fondation. Elisabeth Badinter, Anne de la Baume directrice de la Fondation et Maurice Levy Président de Publicis nous relatent leur souvenirs sur Marcel Bleustein Blanchet.

 

Anne de la Baume, quels souvenirs gardez vous de Marcel Bleustein Blanchet ?

Il m’a beaucoup appris, il donnait aux autres leur chance en leur apportant sa totale confiance. Il les incitait, les obligeait quasiment, à se dépasser. Il avait les qualités que nous cherchons chez nos candidats : ténacité, enthousiasme, détermination. Comme lui, ils doivent avoir envie d’accomplir leurs rêves. Quand Marcel Bleustein-Blanchet avait une idée novatrice il la soumettait à son entourage et s’entendait souvent dire : «  Marcel, tu as tort » ce qui ne l’empêchait pas d’aller de l’avant et de réussir. Son père marchand de meubles lui avait laissé la liberté d’accomplir son destin. Il possédait deux qualités rarement compatibles : bon sens et imagination. Curieux de tout, dès son enfance il posait des questions sur leur métier, leurs aspirations, leur vie à tous ceux qu’il rencontrait. Lui qui n’avait que son certificat d’études était très fier d’avoir à Publicis des polytechniciens et des énarques. Mais son fils spirituel, son héritier choisi pour Publicis était Maurice Levy.

Entretien

Présidents de la République, Ministres, étaient de ses amis mais il n’a jamais été bluffé par la politique et n’en a jamais fait. Son grand homme : le Général De Gaulle.

Passionné d’aviation, il pilotait son avion, adorait le cinéma et se faisait projeter deux films tous les samedis, il collectionnait aussi les œuvres d’art. Cet éternel optimiste, prenait des cours d’anglais par téléphone, à plus de 80 ans. Il était heureux, reconnaissant, émerveillé de ce qu’il avait et jusqu’au dernier jour, tourné vers l’avenir.


Elisabeth Badinter, vous avez dit, lors de notre précédent entretien « Il n’y a pas de fatalité d’échec. On peut toujours s’en sortir, quel que soit l’environnement ou les difficultés ».Que signifie aujourd’hui avoir la maîtrise de son destin ?

La crise économique que nous traversons aujourd’hui me porte à tempérer mes propos, cependant les jeunes qui ont une vocation chevillée au corps sont portés par elle. Nous recevons chaque année à la Fondation des candidatures de jeunes garçons et filles qui se sortent des pires difficultés, familiales, financières, sociales, que l’adversité motive au lieu de décourager. Avec énergie, courage et détermination plus le coup de pouce de la Fondation, ils atteignent leur but. C’est une réelle chance d’avoir une vocation. Avoir la maîtrise de son destin c’est faire face.

Les valeurs ou les principes de vie de Marcel Bleustein Blanchet, votre père, comme l’humanisme, la détermination ,la persévérance, ou le goût de l’effort se sont ils incarnés à travers sa Fondation et l’esprit d’entreprise de Publicis ?

A travers sa fondation cela me semble évident. Mon père a créé Publicis a l’époque de la réclame il a donné ses lettres de noblesse et apporté une éthique à la publicité. Il a, bien sûr, marqué son entreprise de ses principes, de ses exigences et de son énergie.

 

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Maurice Lévy, considériez-vous Marcel Bleustein Blanchet comme un créateur, un précurseur en avance sur tout ou comme un aviateur sachant prendre des risques ?

C’était tout cela à la fois : précurseur (on l’a vu avec la radio dont il a inventé le format, le ton sur lequel encore aujourd’hui fonctionnent les stations de radio) ; créateur il le fut et pas seulement dans la publicité. C’était avant tout un homme d’idées ; quant aux risques, il n’a cessé d’en prendre comme rejoindre le Général de Gaulle ou dans les affaires, juste après l’incendie qui avait ravagé l’immeuble et fragilisé le Groupe, cette acquisition du réseau suisse-allemand Farner.

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Quelle est la chose la plus importante qu’il vous ait transmise et qui vous a permis de poursuivre la mission du groupe ?

La chose la plus importante ? Le goût des grandes créations ; des campagnes à risque ; des belles annonces, des beaux films publicitaires qui provoquent l’émotion.

 

Marcel Bleustein-Blanchet disait que « la publicité l’avait frappé comme la foudre et qu’il avait eu le désir, la nécessité irrésistible d’entrer dans ce monde un peu fabuleux, où l’imagination prend le pouvoir »

Avez-vous eu, vous aussi très vite la passion de ce métier ?

Je suis entré dans la publicité par hasard. J’étais informaticien et ce qui me plaisait à l’époque c’était de dominer la machine et de la plier à mes exigences. Mais très vite je passais le plus clair de mon temps avec les créatifs et j’adorais (et admirais) le processus de création. Très vite, à Publicis, après l’incendie, j’ai participé à quelques unes des grandes campagnes qui ont frappé l’imagination des Français et se sont imposées comme des références de la culture populaire.


Vous rappelez vous de votre première rencontre avec Marcel Bleustein-Blanchet ?

Comme si c’était hier. C’était le 2 mars 1971. Je devais juste le saluer. Je venais de rejoindre Publicis et j’étais très intimidé. J’ai passé une heure passionnante avec lui dans son bureau. Il avait conclu l’entretien par ces mots : « jeune homme, un jour vous dirigerez cette maison ». Je n’y avais pas cru. Je n’en rêvais même pas. Il y avait tant de grands talents, de brillants esprits que j’admirais dans cette maison que l’idée ne m’avait pas même effleuré.


Propos recueillis par Silvia Valensi

copyright le 23 octobre 2012


*Titre d'un livre de Marcel Bleustein Blanchet


 

Marcel Bleustein, né le 21 août 1906 à Enghien les bains, mort le 11 avril 1996 à Paris.

En 1925, a 19 ans il rencontre Bernachon courtier en meubles. Après un apprentissage chez Levithan il apporte la publicité à Havas et se jure de devenir publicitaire.

Création Publicis

En 1926, a 20 ans, il crée sa première agence de publicité 17, rue du Feaubourg Montmartre à Paris. C’est un nouveau métier il s’agit de trouver le texte par rapport aux produits. Deux ans après, il part à New York. Frappé par l’écart entre les USA et la France dans la radio et la publicité, il change ses méthodes de travail.

A 23 ans c’est un homme riche qui réalise son rêve et achète son premier avion. Il en possédera plus d’une dizaine.

1930 Boulevard Haussmann. Passionné par la radio, il travaille avec les stations d’Etat, et monte sa propre radio.

Il commence alors les slogans à grande échelle, crée la publicité chantée, qui a un effet énorme.

Il part aux USA pour la 2 ème fois où il rencontre Mr Sarnoff président de la NBC avec 120 stations dont il puisera longtemps son inspiration.

Il découvre alors Georges Gallup ,inventeur des sondages d’opinion où tout repose sur de nouvelles techniques scientifiques, du consommateur et de ses goûts etc.. Il sera le premier à les apporter en France et à les appliquer à son métier de publicitaire. Avec des études de motivation des sondages d’opinion il invente la radio à la sauce française

Il donne de la couleur à la radio avec le radio crochet il invente l’information parlée à la radio. La voix de Paris » premier journal d’information, en direct et sur le terrain, avec, toutes les heures un bulletin.

Il rentre en résistance dans l'US air Force comme copilote dans un bombardier puis attaché de presse auprès du général KOENIG,il termine la guerre comme officier de presse. Durant cette période, il connaîtra De Gaule, Mendès France ,Shumann

En 3 ans il remet en marche Publicis Régipresse ; la 4 ème République vit au rythme de ses slogans

Il achète l’hotel Astoria, l'inaugure avec Maurice Chevalier et invente le Drugstore, une Idée qu’il a pris aux USA.

Sa Fondation reprend ce que sa mère faisait en aidant les réfugiés d’Europe Centrale. Il aide maintenant les jeunes à les réaliser les rêves de sa jeunesse...