Neal Beggs au Château de Carros

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Ulysse se multiplie, et le voici, en fiction, voyageur PACA. Il est vrai plus aisé d’imaginer le rusé personnage rencontrant Nausicaa près de Nice et sa source Lympia, tandis que la redoutable Circé serait sur le port de Marseille. Ulysse n’a cependant pas réussi à entrer dans Nice, se heurtant sans doute au redoutable battoir de notre « malfatcha » Caterina Segurana, une Jeanne d’Arc sans dorures et sans galons, à l’accueil souvent compliqué.

 

 

Exposition

« Ulysses » est un itinéraire initié à partir de Marseille capitale européenne de la culture pour 2013, béquilles bienvenues dans la partie de la Région qui en contraste (effet de vases communicants ?) se trouve bien pauvre en ces temps. Avec le partenariat du Frac de Provence, le Château CIAC de Carros expose donc Neal Beggs, en date son dernier résident, un artiste Britannique qui se targue d’avoir, comme alpiniste semi-professionnel ( ?), gravi d’autres cimes. Le CIAC reste en Côte d’Azur l’un des rares lieux institutionnel qui persiste à montrer de l’art vivant, avec plus ou moins de bonheur selon les expériences. Mais n’est-ce pas le sort du vivant de n’être pas toujours heureux ?

Neal Beggs se dit artiste « Pop », et ses explorations en ce domaine sont dans son travail bien présentes. Il a beaucoup vu, et s’est sans doute particulièrement imprégné dès l’enfance de ce mouvement spectaculaire. Un certain rapport à la nature, plutôt conflictuel semble-t-il, aurait dans son travail un rôle moteur. La nature y est même présente jusqu’à dénaturer d’artifices les objets exposés. Présentées en os de bois, les bombes défoliantes du Vietnam années soixante situent cet artiste dans la nostalgie romantique et, comme Alfred Musset, il pourrait dire être « venu trop tard dans un monde trop vieux. » Le prétexte réaliste fort concret de chaque œuvre est interprété dans une dérive intuitive, impulsive, (les œuvres peintes particulièrement) qui disperse le regard et distrait la cohérence. Plus démonstratif, plus plasticien avec les objets que dans la tradition « Pop » il carnavalise, Neal Beggs produit avec les installations ses salles les mieux convaincantes.


Marcel Alocco