Retrospective de Jo Dustin à Bruxelles

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On peut voir cette expo rétrospective de Jo Dustin (1936-2011) comme le déroulement d’une histoire. Pas tellement pour la chronologie d’un homme, de sa naissance à sa mort – et d’ailleurs, l’accrochage y échappe par sa distribution thématique –, mais comment un homme – cet homme-là – raconte ses allers-retours entre une écoute du bruit du monde et un retrait introspectif dans le silence du seul à seul. Et au fond, même cela n’est pas certain, car les articles, les affiches, les caricatures supposent à leur tour une solitude concentrée tandis que la peinture intransitive participe d’un combat avec soi pour pacifier les bruits intérieurs.

 

 

Exposition

 

Et c’est étonnant combien le lieu d’exposition bruxellois en lisière de forêt de Soignes – l’ancienne abbaye médiévale du Rouge-Cloître qui abrita notamment le peintre Hugo Van der Goes – est en accord avec l’œuvre de Jo, désormais close.

J’y fus par deux fois à l’exposition, un dimanche et un jeudi. Les jours importent et la saison sans doute aussi. Un hiver prolongé comme on en connaît ces jours-ci. Oui, parler du temps est important dès lors que nous cherchons et trouvons un peu d’air et de silence en bord de ville. Et pas que : le ruissellement de l’eau en paliers, cette musique qui s’insinue dès lors qu’elle se fond dans une certaine aspiration à s’isoler. Loin du gsm et des mails, hors du temps.

 

Exposition

 

 

C’était un jeudi sans personne. Et je trouvais que le lieu dupliquait les aplats pacifiés de Jo ainsi que la texture et le grain du papier surgis de la douceur et de la fermeté du trajet de la main. Il y avait eu du travail avant de passer au grand format (quoique les dimensions du papier restent toujours aux normes d’un appartement) : les esquisses crayonnées, sous le relief des passe-partout, ont des allures de gravures denses et autonomes. Et plus que jamais, ce qu’on nomme abstraction picturale apparaît comme manifestation concrète et amplifiée du monde.

Quant au dimanche… la boue d’une neige fondue, un parking saturé de voitures, les arbres dénudés et démunis face au grondement continu de l’autoroute toute proche, les avions si bas déjà prêts à toucher le tarmac… oui, tout cela faisait image et violence et comme un futur souvenir que Jo aurait pu saisir. De l’un ou l’autre versant de la main.


Gérard Preszow

 



Jo Dustin (1936-2011), Rétrospective, Centre d’art du Rouge-Cloître, jusqu'au 21/4/2013 –

Du mardi au dimanche de 14h à 17h.

NDLR : Jo Dustin fut le correspondant de performArts pour la Belgique. Fin connaisseur de la peinture et de l'art de son temps il apportait à notre rédaction sa remarquable expérience et son regard exercé de grand professionnel du journalisme sur les expositions qu'il commentait avec passion. Artiste de talent, caricaturiste politique rigoureux et efficace, sa peinture à la fois géométrique et poétique s'exprimait en couleurs vives dans des gouaches et des acryliques très structurées.