« Car je suis malade d’amour ! » - Axel Pahlavi ou le populisme en peinture...

PDFImprimerEnvoyer

Axel Pahlavi peint dans le registre de l'émotion. Une émotion forte, primaire, sans filtre... Ses mises en scène figurent des moments dramatiques, dans un style que l'on pourrait qualifier de baroque déprimant... Ses compositions exécutée avec une grande habilité technique, exercent sur le spectateur une fascination morbide.

 

Exposition

Axel Pahlavi est né à Téhéran en 1975, diplômé des Beaux-Arts de Paris, il vit et travaille à Berlin. Il fait partie de la génération de peintres qui se définissent par rapport à Gerhard Richter, maître incontesté de l'antinomie entre figuration et abstraction. Le plus connu est certainement le peintre Neo Rauch mais on peut aussi citer l'influence de l'école de Leipzig avec Bernhard Heisig ou encore Tim Eitel...

Le sujet unique de cette exposition c'est la femme qu'il aime et qu'il nous fait découvrir sous diverses facettes. Axel Pahlavi nous livre sa muse, son épouse, Florence Obrecht, elle-même artiste, en quinze portraits tous emprunts d'une sourde violence, celle de l’existence, du destin, du mouvement. Florence les yeux fermés ou pleins d'une langueur maladive est peinte parfois comme une martyre. La femme, ici un peu nouvelle Êve, source et origine, tantôt tragique, génitrice et mère. La femme, cette mystérieuse inconnue, « l’origine du monde », avait affirmé Gustave Courbet, non sans créer un beau scandale. Transposé à notre époque cette femme pourrait dire « Je t’aime moi non plus » les yeux cernés de coups, l’amour violent, désabusé, explosif, créatif, source de vie, de passion, de mort... A la fois origine et fin.

Contrairement à la peinture de Neo Rauch imprégnée d'histoire de l'art et très codée, à la manière des anciens, il y a une dimension religieuse simpliste dans la peinture d'Axel Pahlavi, mêlée d'une bonne dose de naïveté. Ses mises en scènes sont sans mystère et il revendique d'ailleurs cette volonté d'être compris et de plaire au plus grand nombre.

Exposition

Alex Pahlavi est croyant, fasciné par la figure de Jésus Christ. Florence nue ou habillée, debout ou allongée nous est présentée comme exemplum doloris un corps soumis, passif. Pas un objet, pas seulement un symbole sexuel. Il essaye ainsi de provoquer une réaction d'amour infini, à la manière des œuvres religieuses des siècles passés mais sans les références multiples parfois savantes, dont les peintres avaient l'habitude de truffer leurs tableaux. D’ailleurs le titre est emprunté au Cantique des Cantiques. Une bonne illustration de ce que le sociologue Olivier Roy appelle « la sainte ignorance » si caractéristique des temps actuels...

« Florence je t’aime », facile à dire, difficile à prouver ! Florence devient alors un personnage des écritures et en ce temps du carême, symbolisant toutes ces femmes qui ont marqué l’histoire sainte. Elle est nue : qui lui jettera la première pierre ? Elle est mère : est-ce Isaac, Jean Baptiste ou même en héroïne sainte, représentée en Jeanne d’Arc en armure sur son cheval. Ce tableau, le premier que l’on découvre dans l'exposition nous évitera de nous fourvoyer sur un sentier balisé et trompeur. Dépassons ces images dénudées. Au-delà du bien ou du mal elle exprime un sentiment qui est plus fort que la mort. « Déguisée comme ci ou comme ça, c’est elle qui compte. Avec elle, c’est l’aurore après la nuit » nous dit Axel Pahlavi, malade d’amour dit-il, maladie heureusement incurable ce qu'il nous montre à sa manière, simple et directe.

Axel Pahlavi comme les autres peintres de sa génération, cherche à renouer le fil rompu de la tradition de la peinture et, en cela, ses tableaux sont des sortes de succédanés modernistes. C'est peut-être sans compter avec l'usure de cette tradition à notre époque, cette crise de la culture que soulignait Hannah Arendt, qui rend sa peinture plus tournée vers un passé révolu que vers un avenir plus difficile à imaginer...

La galerie de la Marine connaîtra sans doute avec cette exposition un réel succès grand public jusqu’au 2 juin 2013.


T Jan


Galerie de la Marine

59 quai des États-Unis 06300 Nice

Tous les jours de 10 heures à 18 heures sauf le lundi, entrée libre