Verdi REQUIEM

PDFImprimerEnvoyer

Un concert dans un cadre merveilleux. Un château qui appartenait a un couple d'américains, légué à la ville d'Antibes je crois dans les années 40. Un parc immense avec peupliers, pins parasols, bosquets, laissé quelque peu au bonheur de la nature. On descend vers la mer par des petits chemins, entre grilles et pancartes Interdit.

 

En bas, on est entouré de murs rocheux, taillés à angle vifs, une mer limpide se jette contre ces rocailles, rendant la baignade périlleuse.

« Un legs pour échapper aux impôts » pensais-je. « Oh monsieur » me dit une dame dont les rides témoignent d'un age avancé « en ce temps là il n'y avait pas d'impôts » Aujourd'hui, les nouveaux propriétaires viennent plutôt de l'est, mais les pétrodollars arrivent aussi jusqu'à la mer...

Nous sommes venus écouter la musique. Le prix affiché sur nos deux invitations gracieusement offertes est de 63 € plein tarif ! A mon coté un homme relativement jeune, grand, blond, perdant déjà ses cheveux, accompagné d'une femme et de deux enfants demande « Combien au total ? » « 400 € s'il vous plait » Il compte, sans broncher, huit billets de 50 € « Merci beaucoup » dit-il. Peut-être habite-t-il l'une des villas hors de prix qui se succèdent sur les chemins privés bien soignés du Cap d'Antibes. Nous sommes bien là au cœur de la France des milliardaires.

Le public est divers. A coté du troisième age bien bronzé et élégant, avec quelques robes haute couture et des bijoux pas terribles, il y a aussi un public plus populaire. Je suis assis à coté des demoiselles de l'office du Tourisme. Autour de moi, les conversations sont majoritairement en français avec un peu d'italien et de hongrois.

Mais on est venu pour le requiem de Verdi. Une œuvre monumentale, donnée en première à la Scala de Milan, en quelque sorte, le 29ème opéra de Verdi. « Un opéra en costume ecclésiastique » s'étaient exclamés les critiques en vogue à l'époque. « Un discours sur la mort ? » « Le témoignage d'un croyant ? » ou plutôt d'un rebelle dont la jeunesse fut foudroyée par la perte de sa femme, de ses deux enfants, puis par la mort de Manzoni, son ami et librettiste.

Que la musique parle et que chacun décide pour lui même ! Nous sommes, ce soir, en bonne compagnie. L'amphithéâtre est archi plein. Comprenez-vous cela ? Il s'agit de musique classique, d'opéra italien, nous sommes vendredi soir, loin du centre ville, c'est cher et malgré tout c'est complet ! Bravo aux afficionado et surtout, bravo à Eve Ruggieri cette grande prêtresse de l'opéra, qui sait si bien nous amuser avec ses commentaires savants et quelques faits divers des années 1880. Saviez-vous que Brahms avait dit a Hans Von Bullow ? « Va te faire f..., tu ne comprends rien a Verdi ! ». Puis, lorsque la musique a commencé, la voici qui monte les escaliers en enlevant ses chaussures pour ne pas déranger. Qui ne voudrait d'une telle marraine ?

L'orchestre de Nice est dirigé par Marco Guidarini, les chœurs par Giulio Magnanini qui a la tache ingrate d'être debout pendant toute la representation.

Les voix : Cecile Perrin, soprano, un beau timbre des beaux crescendo. On regrette qu'ils n'aboutissaient pas toujours, nous laissant parfois comme suspendus en l'air. La mezzo Sylvie Brunet grande voix veloutée a tempo impressionnante performance de justesse. Le ténor Carlo Guido a rencontré quelques problèmes d'intonation et de « résonance ». Bien qu'il ait été éduqué en Italie, il chante à la Française. Le baryton Nicolas Cavallier est une belle voix, au volume verdien.

Le chef d'orchestre avait fort à faire : chœur, orchestre, solistes avec seulement deux répétitions. Giulini demandait une semaine... Celibidache deux...

Ce fut une grande soirée, un succès musical festif.

Eve Ruggieri à fait aux azuréens un cadeau précieux à conserver à tout prix !

par Peter Hermes

Antibes Eilenroc 10 juillet 2009