Mapping de Mona Hatoum à Aubagne.

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Certains itinéraires construisent notre pensée, notre façon de percevoir le monde, selon l'endroit où l'on vit, où l'on voudrait vivre, où l'on n'a pas pu vivre... Dans Mappings, Mona Hatoum s'exprime de manière à la fois objective et subjective sur l'exil, sur le monde qui fut, qui est et qui sera ;. un voyage géographique et temporel.

 

Objective, par le contraste –presque permanent – entre sujets et matériaux. Objective également par son choix de laisser le spectateur décider de l'interprétation à adopter face aux faits exposés, libre de réaction.

Subjective, par le simple choix des faits exposés. Si les réponses sont propres à chaque spectateur, le questionnement lui est dirigé par un fil conducteur : le sujet de l'exposition.

Exposition

En quelques œuvres qui reprennent trente ans de sa création artistique et donc de sa vie, Mona Hatoum évoque les déplacements. Une vision du temps qui passe, pendant que le monde se détruit et se reconstruit. Cette idée de création destructrice vient de Schumpeter et s'est répandue dans le monde au delà des secteurs économique et technologique. Un processus qui entraîne un cercle vicieux, un renouvellement perpétuel valable dans les deux sens, de la création à la destruction, de la destruction à la création. Une confrontation entre passé et futur, située au présent.

Il y a le temps qui change le monde et le temps qui change les êtres-humains. Cheveux noirs et cheveux gris, nul n'y échappe. Et pourtant, l'homme tente d'y remédier encore et encore... Un face à face entre culture et nature, au sens où l'Homme dans sa grande supériorité, souhaite dompter l'indomptable et tout domestiquer. Au sens où la nature –par conséquent le temps et la matière organique – remettent ironiquement l'Homme à sa juste place : les cheveux continueront de pousser après sa mort. L’homme ne peut dresser le temps, il ne le possède pas. Il y a cette notion de transformation de tout ce qui touche les êtres-humains ; cette notion de reconstruction identitaire.

Exposition

Les cheveux illustrent le temps qui s'écoule mais évoquent aussi une symbolique sexuelle : le pouvoir de la femme, provocateur sexuel, les cheveux féminins viennent narguer les lois et sont brodés dans un Keffieh.

Et donc toujours cette exposition des faits sans jugement : du coton, du savon, un tapis pour adoucir. Des matériaux chaleureux, utiles, quotidiens. S'il en ressort de la violence pour nous, occidentaux, étrangers à ces œuvres – du moins dans un premier temps – c'est parce que notre apprentissage du monde est quelque peu falsifié. Preuve à l'appui avec Projection qui nous révèle la véritable identité du globe : les proportions de la masse terrestre sont respectée mais sa perception change alors sous nos yeux. Il faut apprendre à réapprendre. Et paradoxalement, de l'acier ou encore du bronze.

Mappings pour illustrer le passage du temps et les changements qu'il implique. Mappings pour célébrer les transformations d'un monde pas toujours sécurisant. Une perception qui remet en question les rôles que doivent jouer les autorités et les pouvoirs politiques. Une idée d'enfermement et de guerres, de conflits qui n'en finissent plus et toujours cette notion de création destructrice qui revient sur le tapis. La mise en relief des évolutions que connaît le monde dans son ensemble suivant la technologie, l'économie, l'importance de plus en plus grande que l'on accorde aux pays émergents et aux pays délaissés. Un effet loupe sur le continent africain et le Moyen Orient pour nous attribuer un regard neuf. Comme un besoin de nous faire ouvrir les yeux et prendre conscience que tout ne tourne pas autour de nous. Et pourtant, ce ne sont que des faits. Rien n'est inventé.

Exposition

Il semble évident pour Mona Hatoum de partager, de s'interroger tout en englobant le spectateur dans son questionnement, de se demander en permanence ce qui se passe et comment cela se passe.

Une exposition liée au corps, à la désorientation et à l'exil pour une femme née à Beyrouth qui n'a jamais connu son pays d'origine – la Palestine – exilée à Londres et parcourant le monde.


Manon Formaggio


Mappings, une exposition monographique de Mona Hatoum Chapelle des Pénitents Noirs-Centre d'Art Aubagne 13400

du mardi 15 janvier au dimanche 17 mars 2013