Chat en poche au TNN : une mise en scène orchestrée de Christophe Barratier

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Chat en poche de Feydeau sera joué pendant trois semaines au Théâtre National de Nice du 5 au 23 mai, mis en scène par Christophe Barratier que l’on connaît bien par le succès des Choristes. Il signe ici sa première au théâtre mais avoue bien volontiers être né dans le théâtre, d’une famille de comédiens, grands parents, mère, oncles. A 7 ans il voit Un fil à la patte de Feydeau avec Jean Piat, va beaucoup au théâtre ensuite, et cette création au théâtre de Nice en toute amitié avec Daniel Benoin est un rêve d’enfant.

 

Christophe Barratier

Cette pièce de jeunesse de Feydeau, Chat en poche, n’a pas encore la fameuse rigueur du vaudeville au mécanisme très au point de Tailleur pour Dames ou de Monsieur Chasse, elle présente quelques marques de son admiration pour Marivaux qui disparaîtront ensuite, poésie, séduction, marivaudage; c’est délicieux à monter, ce n’est pas une pièce simple car le maniement du quiproquo est parfois complexe à clarifier, mais elle porte en elle tout ce qui va faire de Feydeau un auteur irrésistible. Le principe est déjà créé, les personnages, des gens qui se considèrent raisonnables, mis par surprise face à un événement domestique vont révéler une folie avec une logique absurde auquel croit le spectateur. Ils vont se révéler d’une méchanceté et d’un égoïsme terrible. Chacun a un seul objectif qui le rend sourd à tous les autres. Un égoïsme parfait, une part de révélation de la nature humaine. Il y a beaucoup de scènes où chacun parle d’une chose et en fait il s’agit d’une autre, ce n’est pas facile pour les acteurs chacun devant rester sur son idée, tous les comédiens sont assez brillants dans ce registre.

Christophe Barratier, grâce à sa solide formation musicale, prépare une mise en scène à la précision orchestrée. Tout le monde doit être en mesure chez Feydeau, estime-t-il, sinon cela ne marche pas, quelle que soit la qualité des comédiens. Un morceau à quatre temps ne peut pas se jouer à trois temps. Il y a des moments où cela doit se répondre, avoir des pauses, être relancé comme un opéra de Rossini, c’est une métrique, et au bout de quelques temps il y a une musique qui se dégage. Si on n’a pas comme un chef harmonisé l’ensemble de son orchestre pour que l’on joue à la même vitesse, pas forcément vite mais à la même mesure., cette musique n’existe pas, avec n’importe quels gags , les meilleurs comédiens, la scène ne marche pas. C’est une question de rythme, explique-t-il, pas de précipitation mais d’harmonie

Pour lui, diriger un acteur ou un comédien c’est identique, toutefois au cinéma on ne peut pas se tromper, il faut être sûr d’avoir capté dans la journée un moment fugitif, quelque chose de bien, après on peut faire des coupes, des montages, on corrige… Au théâtre on a le temps de se tromper et de reprendre, au cinéma c’est trop cher. L’harmonie au théâtre est à rechercher, les enchaînements à trouver. Il y a des choses comme le bourgeois gentilhomme que je savais d’instinct, je ne savais pas comment cela s’appelait, mais je les connaissais, j’ai pu mettre des noms dessus…

Le choix du décor est celui d’une ambiance un peu plus tardive que 1988, date de l’écriture de la pièce, celle des Années Folles, style Art Nouveau, période qui correspond encore à Feydeau, ce qui permet aussi de différencier un noble d’un parvenu qui a amassé rapidement une fortune et qui se veut amateur d’art.Pacarel joué par Jean Paul Muel veut engager un ténor à n’importe quel prix pour chanter l’opéra de sa fille.

A propos acheter chat en poche, cette expression imagée, tombée en désuétude pourrait bien reprendre vigueur dans notre langage puisqu’elle signifie acheter sans voir, sans vérifier, un peu comme les achats sur internet!

par Brigitte Chéry

5-23 mai 2009
TNN Promenade des arts
06300 Nice
Tel: 04 93 13 90 90