Sous les pavés, La Parade… qui pourrait bien devenir culte !

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A l’heure où la France manifeste pacifiquement au sujet du mariage pour tous, rappelons qu’en Serbie des groupes de hooligans et néo-nazis frappent encore sauvagement les personnes homosexuelles dans les rues de Belgrade… La comédie burlesque de Srdjan Dragojevic, La Parade, détourne les codes du genre pour atteindre les consciences à travers des scènes sur vitaminées, hilarantes et touchantes.

 

Synopsis

Lemon, parrain des gangsters de Belgrade, veut se venger d’une attaque contre son pitbull bien aimé, à l’article de la mort. Entre temps, il découvre avec effarement que le vétérinaire qui a sauvé son cerbère est l’amant du styliste choisi par sa fiancée folle dingue pour préparer leur mariage. Sous les menaces de sa virago qui se prend d’affection opportuniste pour la cause des gays, le voilà contraint d’assurer la sécurité́ de la première Gay Pride de Serbie. Ne trouvant aucune âme charitable parmi son réseau de judokas pour le suivre dans cette « mission impossible », il décide de recruter la testostérone hors frontière. Il part à la recherche d’anciens camarades mercenaires : un musulman bosniaque, un albanais du Kosovo et un combattant croate ! Cet équipe surréaliste saura-il transcender les frontières et ses différences pour accomplir à bien sa mission de garde du corps des militants homosexuels ?

Affiche

Critique

Qu’y a-t-il de plus efficace pour frapper les consciences des hommes que l’humour ? C’est en tout cas le pari tenu par le réalisateur serbe Srdjan Dragojevic qui réalise avec La Parade1 une comédie militante à partir d’une histoire saugrenue, traitée sur le ton de l’humour noir… et rose car on rit aussi à gorge déployée ! Plantons le décor de clichés savamment déployés. D’un côté, Lemon, le trafiquant local flanqué de son toutou et de sa fiancée caractérielle Pearl, en froid avec son fils hooligan et donnant des cours de judo à un groupe plutôt porté par l’ivresse de l’alcool. De l’autre, le couple formé par le vétérinaire Radmilo et le styliste Mirko qui préparent avec une poignée de manifestants la Gay Pride. Réunions souvent interrompues à coups de matraques par des homophobes sous le regard voyeuriste de la presse locale et avec la complicité de la police qui débarque toujours trop tard. A travers les actes et les lâchetés des différents corps de la société, le film montre qu’ils sont tous responsables à différents niveaux des droits bafoués d’une communauté qui aspire à la reconnaissance de ses différences.

Pour aller plus loin dans sa démonstration et casser les codes bien-pensants, le réalisateur s’aventure alors dans une sorte de road-movie des Carpates. Il envoie Lemon sur les routes de l’ex-Yougoslavie, en compagnie de Radmilo qui lui prête pour l’occasion sa voiture de pin-up (Austin mini, rose bonbon) – à la recherche d’anciens criminels de guerre ! A ce stade du film, on oscille entre un Kusturica pour les scènes de liesse chantantes et un Borat quand la troupe de bras cassés se retrouve dans des situations ubuesques qui laissent entrevoir au passage les ravages encore visibles de la guerre des Balkans. Arrivés finalement à bon port pour se préparer à leur mission de sécurité, les voilà immergés dans une effervescence surtout liée aux préparatifs du mariage bien avancés en leur absence. Après cet atterrissage haut en couleur, auront-ils le courage de rejoindre la manifestation ?..

Sous des allures de « Cage aux folles », ce film peut être vécu comme un cri pour la paix et la tolérance, un acte citoyen, mais surtout comme un message d’espoir. Les personnages évoluent au fil de l’histoire en s’affranchissant de leurs préjugés sociaux-culturels, qu’ils soient homos ou hétéros. Les circonstances leur ouvrent les yeux sur des vérités élémentaires et universelles : ils ont tous besoin les uns des autres pour vivre en société et leurs différences n’empêchent pas des centres d’intérêt communs ! Les acteurs, interprétant des personnages qui pourront paraître outrageusement caricaturaux, participent pourtant au succès de cette satire qui devrait marquer les esprits. Quand on sait que Srdjan Dragojevic a du tourner son long-métrage en secret des groupes homophobes menaçants et si l’on en croit la réticence de certains religieux catholiques ayant refusé sa diffusion, on comprend que c’est encore un sujet brûlant du côté des pays de l’ex-Yougoslavie.


Aurèle M.


La Parade – comédie dramatique - sortie sur les écrans français : janvier 2012

Scénario et Réalisation : Srdjan Dragojevic

Avec Nikola Kojo (LEMON) Milos Samolov (RADMILO) Hristina Popovic (PEARL) Goran Jevtic (MIRKO) Goran Navojec (ROKO) Toni Mihajlovski (AZEM) Dejan Acimovic (HALIL) Matasa Marcovic (LENKA)

Meilleur long-métrage au Fipresci Srbija en Serbie (2011)

Récompensé au Festival international du film de Berlin (2012).

1La scène finale de La Parade a été tournée en 2010, lors de la première Gay Pride serbe sans blessés mortels. Cette fois-ci, 6500 policiers étaient réunis pour protéger moins de 1000 militants gays et sympathisants, contre 7000 hooligans et néo-nazis.