dOCUMENTA (13)

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« Il est devenu évident que tout ce qui concerne l'art, tant en lui-même que dans sa relation au tout, ne va plus de soi, pas même son droit à l'existence ».

Theodor Adorno

« L’énigme de l’art, c’est que nous ne savons pas ce que c’est jusqu’à ce qu’il ne fût plus ce qu’il était ». Carolyn Christov-Bakargiev

La documenta de Kassel est la plus grande exposition d’art du monde. Tous les cinq ans, elle pose la question du concept actuel de l’art. Indépendamment du marché de l’art et, cette année, en opposition délibérée à celui-ci, elle n’expose pas les artistes les plus appréciés du moment mais questionne les modalités et les raisons de l’existence de l’art.

Ses méthodes et stratégies paraissent-elles convaincantes ? Ont-elles encore une signification pour le tout ? En quoi consiste son droit d’existence actuel ?

 

 

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La dOCUMENTA (13) de cette année ne donne évidemment pas de réponses claires à ces questions. Elle ne donne aucune définition ni ne fait aucune affirmation générale. Carolyn Christov-Bakargiev, la directrice artistique, et son équipe n'affirment pas posséder une vérité qu'ils souhaiteraient transmettre de manière dogmatique. Ce sont des sceptiques et ils sont donc en permanence en recherche (« skepsis »). Ils estiment impossible de réduire un domaine aussi complexe que l'art à une seule explication ou thématique ni à un seul paradigme.

En outre, CCB (Carolyn Christov-Bakargiev) ne souhaite pas participer à la production habituelle de connaissances, qu'elle désigne par le terme de capitalisme cognitif. Tout comme Antonio Negri et les opéraïstes italiens, elle s’y refuse, elle souhaite résister à la manière dont le pouvoir est exercé par la maîtrise du savoir dans notre société.

Il s’agit de semer le doute, de remettre en cause les certitudes. Formée au dialogue platonicien, le fait d’ébranler les certitudes, y compris la certitude qu’il existe un domaine appelé art, est pour elle le premier pas vers la connaissance.

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Son point de vue est que l'art peut être considéré comme la mise en forme de l'informe, l'incarnation, la présence réelle contre le principe de virtualité. L’art est une tentative d'acquérir des connaissances par l'intermédiaire de la matière, il s’agit d’une forme de savoir qui peut servir à voir le monde avec un regard neuf.

Elle souhaite également modifier le point de vue anthropocentrique et appeler à plus de modestie et d’humilité. La nature, les êtres vivants non humains et leurs œuvres et créations doivent être appréciées comme il se doit et être considérées avec respect. La dOCUMENTA (13) apporte une vision globale et non logocentrique.

La question est alors de savoir si on considère les alvéoles d'abeilles et les toiles d'araignées comme des biens culturels ou des œuvres d'art...

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D’autre part, la question Art ou pas ? » et la limite entre ce qui est de l’art et ce qui n’en est pas n’est pas importante pour elle. Il ne s’agit pas de définir des différences ou de créer des catégories. CCB souhaite créer des liens entre les différentes disciplines, elle souhaite une fusion des connaissances du monde. La d13 est pour elle un laboratoire de recherche dans lequel des alliances se forment par le dialogue.

Les 300 participants de l'édition 2012 viennent donc de nombreuses disciplines diverses. Ils proviennent principalement du domaine pouvant être considéré comme l’art, mais également de la science, de l’architecture écologique et de l’agriculture, de la recherche dans le secteur des énergies renouvelables, de la philosophie, de l'anthropologie, de la théorie économique et politique, des sciences linguistiques et littéraires. Ils viennent de toutes les régions du monde et les artistes parmi eux sont totalement inconnus pour la plupart. La d13 se consacre donc à la recherche artistique et aux formes de l’imagination qui étudient l’engagement, la matière, les choses, l’incarnation et la vie active en lien avec la théorie, sans cependant se soumettre à la théorie ni aux limitations épistémologiques.

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Ces intentions sont visibles dès l’entrée dans le Fridericianum, la première construction muséale d’Europe et traditionnellement le lieu d'exposition central.

Dans les grandes salles du rez-de-chaussée : le néant. Les premières attentes sont déçues. On remarque lentement que la légère brise que l'on perçoit n’est pas un courant d’air habituel mais qu’il a été créé artificiellement. Une intervention de Ryan Gander, qui reste entièrement invisible en tant qu’œuvre d’art. Elle déclenche un moment de perplexité, augmente ainsi la concentration et attire l’attention sur les objets suivants exposés dans la rotonde historique.

C'est là où les pompes à miel de Joseph Beuys voulaient apporter du sang neuf au monde de l’art et à la société que se trouve désormais le cerveau de la d13 : The Brain. Il regroupe et centralise les raisonnements de l’exposition, il en relie les nombreuses branches. Comme lors d'une ouverture musicale, les thèmes de la dOCUMENTA sont joués à l'aide des œuvres et objets rassemblés ici.

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Sont exposées de petites figurines de pierre de 4000 ans provenant d’Afghanistan, qu’on appelle les princesses de Bactriane, des peintures et bouteilles de Giorgo Morandi, réalisées pendant la période du fascisme, une figurine en porcelaine provenant des appartements d'Hitler, un mouchoir avec ses initiales A.H., le poudrier d'Eva Braun, la photographie d'un cratère de bombe au Cambodge pendant la guerre du Vietnam, de Vandy Rattana, un extrait d'une vidéo des émeutes de la place Tahir au Caire, d'Ahmed Basiony, qui a été tué par un tireur d'élite de la police, un masque réalisé par des filles du centre de rééducation de Breitenau dans les années cinquante ainsi qu’une sélection d’artefacts en métal, en ivoire, en verre et en terre cuite provenant du Musée National de Beyrouth, qui ont été fusionnés entre eux lors des bombardements de la guerre civile de 1975 à 1990.

La critique a défini cette exposition comme un fatras désordonné caractéristique du chaos régnant dans la tête de CCB et de son manque de concept. Mais il s’agit en fait d’une mise en réseau non hiérarchisée de différents domaines de la pensée.

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La responsable de Documenta n’a effectivement aucun concept, du fait de sa résistance contre la tradition intellectuelle et de ce qu’on appelle le capitalisme cognitif. Ou plus exactement, elle possède un concept non conceptuel (no-concept-concept).

Elle fait évidemment référence d’une part à Jan Hoet qui, lors de son show hédoniste postmoderne de la d9, n’avait également pas de concept, afin de donner ainsi aux artistes plus d’espace et de liberté pour mieux mettre leurs œuvres en valeur. D’autre part, elle se démarque du discours eurocentrique classique de la d10 de Catherine David. Au lieu de tenir un discours froid et de présenter une didactique, CCB mise sur l’empathie et l’émotion et sur l’internationalisme au lieu de l’eurocentrisme. Au lieu de thèses claires, elle souhaite créer des moments d’hésitation et de doute. Elle s’intéresse aux points de vue et non à une pensée purement rationnelle. Elle souhaite savoir comment une idée apparaît, comment les pensées surgissent.

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The Brain doit être un espace de recherche associatif. On y étudie les histoires individuelles mouvantes et les significations variables de ces objets qui sont détruits, endommagés ou indestructibles, volés, dissimulés ou traumatisés. Au contact des choses, l’expérience sensible devient un fait irréductible. En tant qu’accumulateurs d’informations, d’histoires et de sensations, ils permettent une forme pratique d’empathie et de connaissance.

Les objets provenant des appartements d’Hitler, par exemple, se retrouvent sur la photo qui est accrochée à côté d’eux et qui représente Lee Miller dans la baignoire d’Hitler : la photographe Lee Miller était, en 1945, incorporée dans les troupes américaines à Munich en tant que correspondante de guerre, elle a pénétré dans l'appartement d’Hitler et s’y était baignée le jour même de son suicide.

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Il s’agit d’une photo mythique à plusieurs degrés de signification, dans laquelle Lee Miller pose à la place d’Hitler au niveau symbolique comme au niveau corporel.

Le dictateur et chef de guerre est remplacé par un corps féminin nu qui se lave, comme s’il se lavait de la saleté du camp de concentration de Dachau, que Miller avait visité le matin même. On a l'impression qu'elle tente de laver l'humanité de ses péchés. Il s'agit d'une photo traumatisée et muette qui laisse transparaître l'impossibilité d'exprimer de ce qu'elle a vu le matin. Jusqu'à la fin de sa vie, ces images d'horreur poursuivront Lee Miller et provoqueront chez elle une profonde dépression.

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L’homme responsable de tout cela est soudain devenu réel grâce à la rencontre avec ces objets. « Jusqu’à ce jour, il n’a jamais été vivant pour moi. Toutes ces années, il était un monstre diabolique jusqu'à ce que je mange et que je dorme dans sa maison. Il a perdu son aspect légendaire et en est devenu d'autant plus effrayant. »

L’objectif de la d13 est que les visiteurs puissent vivre les mêmes expériences.

On tourne autour des concepts de conflit, de traumatisme et de destruction, d’effondrement et de reconstruction. L’exposition étudie les tournants de l’histoire, les accidents, les catastrophes et les crises, les événements qui changent le monde. Elle traite les grandes thématiques de notre époque et prend clairement position politiquement.

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Le point de départ est la ville de Kassel elle-même et en même temps l’exposition établit également un polylogue avec d’autres lieux. Pour la première fois, une Documenta a également lieu simultanément dans d’autres lieux, À savoir Kaboul, le Caire et Banff (Canada).

Dans le Fridericianum, sous le titre Collapse and Recovery, le thème de la guerre en Afghanistan est traité par de nombreuses œuvres et le lien entre Kassel et Kaboul est établi. Comme aujourd'hui Kaboul, Kassel - une ville possédant de grandes entreprises d'armement - a été largement détruite par la guerre. Ce ne sont pas seulement des immeubles qui ont dû être reconstruits, mais également une nouvelle société civile. La d13 étudie comment l'identité se reconstruit sans retomber dans les anciens schémas qui ont conduit au désastre.

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Ainsi, Mariam Ghani montre, dans son installation vidéo, A Brief History of Collapses, les points communs entre le Fridericianum et le Palais Darulaman, aussi bien en ce qui concerne leurs styles d’architecture que leurs rôles symboliques. Ces deux bâtiments étaient des symboles de modernité et de progrès, ils sont devenus des monuments commémorant la chute de la civilisation.

Goshka Macuga a réalisé deux gigantesques tapisseries semi-circulaires dont une est exposée à Kaboul et l'autre à Kassel et qui montre chacune des scènes de l'autre ville ainsi qu'un grand nombre de référence historiques et culturelles. Au niveau métaphorique, il se forme un tout qui n’est pas accessible physiquement mais spirituellement.

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Dans sa contribution What Dust Will Rise?, Michael Rakowitz a fait reproduire en pierre de Bamiyan des livres brûlés en 1941 lors du bombardement du Fridericianum, cette même pierre dont étaient constitués les statues de Bouddha détruites par les talibans. Il a ainsi créé un monument symbolisant la perte de culture due aux guerres et il fait en même temps un signe de solidarité et de collaboration. Car ce n’est qu’ensemble que l’on peut combattre la barbarie : « Un seul cavalier soulève trop peu de poussière », dit un proverbe afghan. Mais une destruction culturelle peut contribuer à guérir d’une autre. La guérison est importante pour CCB, elle croit que l’art en est capable, qu’il peut changer quelque chose. Elle a ainsi ravivé l'idée de base de la Documenta : la vision d'Arnold Bode de l’art en tant qu’aide à la reconstruction après les destructions de la guerre.

Mario Garcia Torres a retrouvé le célèbre One Hotel, qu’Alighiero Boetti gérait dans les années 1970 à Kaboul et dans lequel il a réalisé, entre autres les Mappe, des cartes du monde brodées qui reflètent les changements politiques et dont une est exposée à Kassel. Torres a loué le bâtiment comme son œuvre d’art pour la d13, il l’a fait restaurer et pour toute l’année 2012 il a lancé des invitations à boire le thé et à des discussions.

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A partir de quelque chose que nous considérons normalement comme une œuvre d'art, cette nouvelle version du One Hotel est devenue un espace temps en partie réel et en partie fictif de l’imagination. Sous la forme d’un acte de restauration d’un héritage culturel moderne, cela a constitué la première pierre d’une présence de la dOCUMENTA à Kaboul, une ville en état de siège. Un jardin était ouvert, qui était rempli de conversations sur le futur.

Des projets ont été initiés avec des artistes et une série de conférences et de séminaires s’y sont tenues. Certaines œuvres qui en ont résulté sont exposées à Kassel dans l’ancien hôpital Sainte-Élisabeth, dont l’impressionnante œuvre vidéo What We Have Overlooked de Lida Abdul, concernant les promesses des idéologiques nationalistes et leur faillite : un homme patauge avec un drapeau dans un lac puis s’enfonce lentement dans l’eau.

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Dans d’autres salles du Fridericianum, le thème Collapse and Recovery est étendu à une observation de l’effondrement de modèles d’explication du monde.

Le physicien quantique Anton Zeilinger montre, en prenant pour exemple les comportements ondulatoire et particulaire, comment un effondrement productif d'hypothèses a eu lieu en physique.

Dans la salle adjacente, sont exposés deux artistes qui se sont créés leur propre univers et qui ont suivi sans faillir leur dogme esthétique pendant des décennies : Mark Lombardi et Korbinian Aigner.

Lombardi a collecté, sur des milliers de fiches, des informations concernant les interpénétrations criminelles entre l'économie et la politique et les a représentées dans des schémas et diagrammes en filigrane d’une grande beauté formelle. Il est mort dans des circonstances mystérieuses.

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« Picasso disait de Cézanne qu'il était une personne très anxieuse. Il posait des questions sur les pommes. Qu’est-ce qui pouvait être pire que cela ? » est inscrit sur une des fiches. Korbinian Aigner a peint des pommes toute sa vie. La d13 présente 900 de ces dessins. Aigner, pasteur d’un village de Bavière, a été déporté à Dachau et à Sachsenhausen et a dû effectuer du travail forcé dans l’agriculture pour avoir critiqué le national-socialisme. C’est justement en camp de concentration qu’il a réussi à créer de la vie sous la forme de nouvelles sortes de pommes, une pour chaque année de détention. Un acte poétique de résistance à l’holocauste.

Pour lui rendre hommage, CCB a planté dans la Karlsaue un pommier Korbinian, comme il est appelé aujourd’hui. Aigner n'avait appelées ces espèces de pommes que KZ-1 au KZ-4.

Le thème de l’histoire allemande et plus particulièrement du national-socialisme est toujours présent dans cette édition de la Documenta, surtout du fait de sa référence au monastère de Breitenau.

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Ce monastère situé à proximité de Kassel est très important depuis le début pour le processus de pensée de l’exposition, il est « une sorte de conscience fantôme » de la Documenta. Tous les participants de la d13 l’ont visité pour leurs recherches initiales lors de leur première visite à Kassel. La neutralité des salles d’exposition a pour contrepoint cet espace fantomatique.

Ce monastère bénédictin du XIIème siècle a été transformé au XIXème siècle en prison et il a servi plus tard de maison de correction pour prostituées et vagabonds puis comme camp de concentration sous la régime nazi. Après la guerre, il est devenu une maison de redressement pour filles à éducation difficile, célèbre pour ses brimades et ses abus, qu’Ulrike Meinhof, alors jeune journaliste, a mis au jour. Cet établissement a ensuite dû fermer ses portes. Il est devenu aujourd’hui en partie un monument commémoratif et en partie une institution psychiatrique.

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Breitenau est l’autre Kassel, l’inconscient de la dOCUMENTA (13). Il s’agit de la part d’ombre terrible de la société, dans laquelle une répression et des sévices corporels, physiques et sexuels ont été pratiqués. Il s’agit moins d’un lieu d'exposition que d’un point de référence important. Il existe à Breitenau même une seule installation de Judith Hopf, pour ne pas trop déranger les occupants actuels.

A partir de verres étroits et de petites feuilles vertes, elle a créé un bosquet de bambou fragile comme les âmes de ceux qui ont été détenus dans ce lieu.

Deux autres œuvres traitent expressément le thème de Breitenau : Gunnar Richter, artiste et responsable des monuments commémoratifs, expose les faits dans une présentation concrète dans un pavillon de la Karlsaue et Clemens von Wedemeyer présente son film saisissant Muster dans la gare culturelle.

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Plus exactement, il s’agit de trois films qui sont projetés simultanément dans une grande installation vidéo sur trois écrans disposés en triangle. On y voit la libération des prisonniers par les américains en 1945, puis les occupantes du foyer de redressement de filles dans les années 1970 lors des travaux de tournage du film Bambule d'Ulrike Meinhof et finalement on assiste à un concert punk à notre époque. C’est un voyage dans le temps au cours duquel les différents films s'interpénètrent souvent, les mêmes acteurs jouent, les distances temporelles s’effacent. Le titre du film fait référence aux copies de travail d’un jour de tournage ainsi qu’aux modèles de l’histoire qui se sont répétés constamment à cet endroit.

La gare de Kassel était le point de départ pour les transports de prisonniers vers Breitenau ainsi que, dans une large mesure, vers Auschwitz et Theresienstadt en1941 et 1942. Susan Philipsz commémore cela à l’aide d’une installation sonore entre les voies. Toutes les 30 minutes, retentit le morceau Study for Strings, composé à Theresienstadt par Pavel Haas, mort à Auschwitz.

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Charlotte Salomon a également été assassinée à Auschwitz à l’âge de 26 ans. La d13 montre une partie de son œuvre Leben? oder Theater? Ein Singspiel.

Ces histoires en images peintes à la gouache, avec des textes et des indications musicales, part des suicides de plusieurs femmes de sa famille, montre les efforts de Charlotte Salomon pour surmonter ces expériences tragiques ainsi que sa lutte pour l’épanouissement artistique. Cette œuvre parle de fascisme, d’émigration et d’abus sexuels. Elle parle de la vie de femmes et finalement de la simple survie en tant que juive sous le régime nazi. Tout cela avec un flot d'images colorées, une explosion de créativité. Se basant sur de nombreuses traditions d’avant-garde, elle mélange les souvenirs personnels et l'histoire politique, la sphère privée et la sphère publique. Il s'agit d'une œuvre d'art impressionnante avec une autobiographie comme support.

CCB a sélectionné, pour la d13, plus d'artistes femmes que lors de toutes les Documenta précédentes, parfois avec des thématiques spécifiquement féministes. Parmi elles se trouvent des noms connus comme la grande Ida Applebroog mais également des femmes complètement inconnues comme les artistes aborigènes Nakamarra et Tjapaltjarri ou la suédoise Hannah Ryggen, une révélation.

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Applebroog a ouvert ses archives pour l’installation I SEE BY YOUR FINGERNAILS THAT YOU ARE MY BROTHER. Des extraits grand format de ses journaux intimes, des enregistrements privés et des dessins des dernières décennies couvrent les murs. Les thèmes de l'identité sexuelle et de l'évolution de la société sont traités avec ironie mordante. Les visiteurs peuvent emporter gratuitement des reproductions afin que « les secrets ne restent pas secrets », dit-elle.

Sur les tapisseries d’Hannah Ryggen sont représentées des scènes macabres, des images de personnes tourmentées et décapitées, brodées dans les années 1930 en guise de protestation amère contre la guerre et le fascisme. Ces tapisseries rappellent le Guernica de Picasso mais en évitent le pathos et leurs dimensions sont plus modestes. L'aspect confortable de la tapisserie augmente justement son effet.

Ce n’est pas seulement l’objet mais également le processus de création de son art qui est un acte de résistance antifasciste. La communiste Ryggen a choisi le moyen de production pré-prolétaire du tissage et a ainsi envoyé non seulement un signe de solidarité avec les ouvriers opprimés mais a également détourné la grossière conception de l’art des nazis.

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Sanja Ivekovic se démarque également du fascisme avec son installation The Disobediant (The Revolutionaries), mais de manière amusante et ironique.

Elle a été inspirée par une photo de presse représentant un officier nazi et un âne entouré de fils barbelés devant une foule à proximité du Fridericianum. Ce camp de concentration symbolique pour citoyens récalcitrants est censé être une incitation à ne pas acheter chez les juifs. Ivekovic oppose à cette photo des vitrines pleines de jouets en forme d’ânes auxquels elle a donné les noms de combattants de la liberté.

Une des œuvres les plus marquantes de la Documenta de cette année est également l’œuvre d’une femme : il s’agit de l’installation multimédia In Search of Vanished Blood de Nalini Malani, dans une salle annexe de la halle Documenta.

Le visiteur est entouré d’images et de sons. Plusieurs projecteurs projettent des vidéos et de simples images sur les murs et sur une série de cylindres en verre peint rotatifs. Ces cylindres, qui rappellent des moulins à prières bouddhistes, projettent à leur tour leurs ombres à travers toute la pièce afin de créer en permanence de nouvelles combinaisons et significations.

A partir d’un poème du poète pakistanais Faiz Ahmed Faiz, dont une des lignes donne son titre à l’œuvre, de la nouvelle Kassandra de Christa Wolf, d’un roman de Rainer Maria Rilke, de passages de Hamlet-machine de Heiner Müller, de Samuel Beckett et de Mahasweta Devi, il résulte un univers d’images complexe.

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L’échec des relations, la malédiction du don de voyance, les troubles religieux sanglants au Pakistan et en Inde ainsi que la violence faite aux femmes sont au centre de ses préoccupations. Il s’agit d’un travail mystérieux, menaçant mais aussi hautement poétique qui repousse les frontières de la peinture, fait exploser son cadre.

Car une réflexion sur la peinture d’aujourd’hui est le leitmotiv de la halle Documenta.

Yan Lei a réalisé pendant un an chaque jour une image, sélectionnée arbitrairement parmi le flux quotidien d’images sur Internet. Pendant la Documenta, elles seront petit à petit recouvertes d'une couche de peinture monochrome dans une installation de peinture pour automobile afin de les sceller et de les rendre inaccessible pour l’éternité. Une réflexion sur la signification des images et une tentative de remettre en question leur permanente disponibilité.

Juli Mehretu combine les référence historiques, architectoniques et géographiques avec des lignes abstraites et des couleurs afin d’obtenir des compositions complexes. Elle fusionne le langage graphique des graffiti, de la calligraphie, des gravures baroques, de l'expressionnisme abstrait et du graphisme informatique avec des marquages gestuels et des taches. En mélangeant des morceaux de livres de science-fiction, des pochettes de disques et des affiches révolutionnaires, elle pose, avec ses peintures grand format, un regard sur l’histoire sociale des espaces publics comme Zuccotti Park et la place Tahir.

Les mouvements politiques qu’ils symbolisent jouent un rôle important dans la d13. Occupy n’est certes pas un participant ni un partenaire officiel mais l’exposition partage ses préoccupations et son camp devant le Fridericianum est entièrement souhaité.

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Des œuvres concernant les révolutions dans les pays arabes sont réparties dans toute la ville, donc sur beaucoup des 35 stations actuelles.

L’installation la plus impressionnante est The Pixelated Revolution de Rabih Mroué, dans une des anciennes halles de la gare :

Elle rappelle le souvenir des habitants de Homs, en Syrie, qui ont enregistré leur propre mort avec leur téléphone portable. A droite, sur un grand écran, dans une lumière rougeâtre, la silhouette d’un homme est abattue et se relève encore et encore. Sur le mur de gauche, sont suspendus sept portraits agrandis jusqu'à être flous : les meurtriers. L'œil et la caméra ont vu ce que la raison n'a pas pu comprendre - leur propre mort imminente.

Wael Shawky retourne plus loin dans le passé pour expliquer la situation actuel au Proche-Orient. Dans son installation vidéo Cabaret Crusades : The Path to Cairo, il fait rejouer, par des marionnettes vieilles de 200 ans, des scènes des croisades du Moyen-âge. Dans des paysages numériques éclairés de manière dramatique, basés sur des prises de vues d'authentiques théâtres de conflits, il réalise une mise en scène surréaliste. Shawky croit que ces événements, qui ont eu lieu il y a plus de mille ans, influencent encore aujourd’hui l’ensemble du monde arabe.

Walid Raad, avec son œuvre Scratching on Things I Could Disavow, traite des conséquences des conflits sociaux et militaires sur l’histoire de l’art du monde arabe. Dans un entrepôt qui devait être transformé en mosquée il y a quelques années, il explore, grâce à des documents, des histoires, des images, des objets fictifs et réels et des murs de maison en ruine, les différentes formes que peuvent prendre le souvenir, l’expérience et la vérité. A l’instar de Jalal Toufic et de son ouvrage Le retrait de la tradition suite au désastre démesuré, il se demande si la destruction matérielle comme la destruction d'œuvres d'art, l’incinération de livres, le pillage des musées n’ont pas également des effets immatériels sur la culture et la tradition.

L’écrivaine et peintre Etel Adnan participe depuis longtemps au discours culturel du Proche-Orient. Bien qu’elle en décrive les aspects tragiques dans ses textes comme le cycle poétique L'apocalypse arabe (le soleil rouge de Malevitch suivait son cortège funèbre jusqu’à BEYROUTH), sa peinture respire une pure joie de vivre. « Peindre est pour moi l’expression de mon amour pour le monde ». Sa couleur préférée est le rouge, rouge comme le soleil. A l’occasion de la d13, elle présente des paysages abstraits et des contemplations de la nature. Car Etel Adnan aime avant tout la nature.

L’art et la nature sont également des thèmes importants de cette édition de la Documenta.

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La première œuvre d’art réalisée pour la d13 explorait déjà le rapport d’empathie entre la culture et la nature, entre l’homme et les autres formes de vie : Idee di pietra de Giuseppe Penone. Cette sculpture, un arbre en bronze étonnamment ressemblant à un arbre authentique, qui porte une grosse pierre, a été exposée en 2010 dans la Karlsaue. Dans un fragile équilibre entre le naturel et l’artificiel, elle est censée effacer toutes les oppositions. Du fait de cet effacement des frontières, cette œuvre incarne parfaitement la thèse de CCB selon laquelle il n'y a aucune différence entre la culture et la nature.

Le microcosme de Pierre Huyghe, le paysage artificiel Untitled, dans le système de compostage de la Karlsaue, supprime également les frontières.

La tête d’une sculpture est constituée d'un essaim d’abeilles dont la colonie pollinise les plantes sauvages. Des plaques de béton sont posées tout autour, des arbres sont déracinés, des collines sont remblayées, des têtards deviennent des grenouilles dans de petits étangs, deux chiens errent. Des interactions et des transactions ont lieu entre les plantes, les animaux, les hommes, les bactéries et une œuvre d’art.

Le travail de Pierre Huyghe est une des œuvres clé de cette Documenta. Il s’agit d’une métaphore de l’art en tant que créateur de nouveaux mondes. En même temps, il exprime la vision de la d13 qui consiste à s’extraire d’un monde purement humain pour se diriger vers un espace plus organique, plus vivant, plus naturel. En se référant aux théories de Donna Haraway, Michael Taussig et Bruno Latour, CCB veut repenser l’écologie au-delà de la simple protection de l’environnement.

Le Jardin des Papillons de Kristina Buch sur la Friedrichsplatz ou le tas de ferraille recouvert de verdure Doing Nothing Garden de Song Dong devant l’Orangerie vont également dans ce sens.

L’énorme tas de ferraille de Lara Favaretto derrière la gare, l’installation de Maria Theresa Alves concernant le lac Chalco asséché au Mexique, le film de Mika Taanila sur la construction de la plus grande centrale nucléaire du monde en Finlande ainsi que l'œuvre MON CHERI: A Self-Portrait as a Scrapped Shed de Shinro Ohtake, entre autres, montrent que l’harmonie entre l’Homme et la Nature est aujourd’hui détruite.

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Ohtake a installé une hutte en bois colorée dans l’Auepark, avec l’enseigne au néon d'un snack japonais à côté d'un mobile-home. Sur le toit sont suspendus des filets de pêche et autour sont posés des bateaux, deux sont fixés en hauteur dans les arbres, comme s'ils avaient été emportés par une grande vague. De l'intérieur de la petite maison retentissent des bruits étrangement distordus et un brouhaha provenant d’un haut-parleur en tôle et produits par une machine insensée et bizarrement bricolée. Elle se trouve au milieu d’un fatras chaotique de photos, de notes, d’images, de tuyaux d’échappement, de jantes de vélos et de vieux téléphones. Sur de petits écrans tournent des vidéos, des tubes au néon scintillent, de la vapeur s’élève. Shinro Ohtake a mêlé les débris de sa vie au destin des survivants du tsunami et de la catastrophe atomique de son pays.

Les machines de l’énorme installation de Thomas Bayrle dans la halle Documenta ont également perdu tout sens. Dans un cimetière de machines chargé de spiritualité tournent des moteurs d'avions et d'automobiles disposés en couronnes mortuaires et en ostensoirs. On entend également des chants et prières liturgiques chrétiennes. Sur des murs est suspendue l’œuvre Flugzeug / Airplane, un collage constitué de 16 millions de petits avions qui en forment un grand, ainsi que Carmageddon, une peinture murale constituée d’un grand nombre de fragments d’autoroutes. Il s’agit d’une œuvre aussi efficace qu’ironique contre l'adoration de la technique et la destruction de l’environnement. Thomas Bayrle a reçu le Prix Documenta cette année pour cette œuvre.

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Le public a particulièrement apprécié deux œuvres qui doivent être citées, ne serait-ce que pour leur extraordinaire qualité d'exécution : Leaves of Grass de Geoffrey Farmer et The Sewing Room d’Istvan Csakany.

Csakany a sculpté entièrement dans le bois un atelier de couture et Farmer a découpé des milliers de photos dans 50 ans du magazine Life et les a assemblées en une archive tridimensionnelle, longue de plusieurs mètres, de l’histoire culturelle américaine.

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La dOCUMENTA (13) est extrêmement variée et riche en thématiques et seule une fraction peut être décrite ici. Elle exige des efforts corporels, spirituels et émotionnels mais cela en vaut la peine tant elle est passionnante, intelligente et engagée.

Je ne sais si elle change nos manières de penser mais en tout cas elle éveille notre plaisir de penser. Il s'agit d'une des meilleures Documenta de l'histoire.

Carolyn Christov-Bakargiev pense qu'on fait des rêves étranges après la visite. J’ai depuis ma visite fait des rêves extrêmement beaux.

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Harald Mann



Version Allemande

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Zur Selbstverständlichkeit wurde, dass nichts, was die Kunst betrifft, mehr selbstverständlich ist, weder in ihr noch in ihrem Verhältnis zum Ganzen, nicht einmal ihr Existenzrecht.“ (Theodor Adorno)

Das Rätsel der Kunst besteht darin, dass wir nicht wissen, was sie ist, bis sie nicht mehr das ist, was sie war. (Carolyn Christov-Bakargiev)

Die Documenta in Kassel ist die größte und wichtigste Kunstausstellung der Welt. Alle fünf Jahre stellt sie die Frage nach dem gegenwärtigen Begriff der Kunst. Unabhängig vom Kunstmarkt und in diesem Jahr in dezidierter Opposition zu ihm, zeigt sie nicht die zurzeit am meisten angesagten Künstler, sondern fragt, wie und wozu es Kunst überhaupt gibt. Erscheinen ihre Methoden und Strategien überzeugend? Haben sie für „das Ganze“ noch Bedeutung? Worin besteht ihr gegenwärtiges Existenzrecht? Die diesjährige dOCUMENTA (13 ) gibt darauf bewusst keine eindeutigen Antworten, sondern verzichtet auf Definitionen und allgemeine, repräsentative Aussagen. Carolyn Christov-Bakargiev, die künstlerische Leiterin, und ihr Team wähnen sich nicht im Besitz der Wahrheit, die sie dogmatisch verkünden wollen. Sie sind Skeptiker und damit selbst permanent auf der Suche („skepsis“). Sie halten es für unmöglich, ein so komplexes Feld wie Kunst auf eine einzige Erklärung oder Thematik, auf ein einziges Paradigma zu reduzieren. Außerdem möchte CCB (Carolyn Christov-Bakargiev) nicht an der üblichen Art der Wissensproduktion teilnehmen, die sie als kognitiven Kapitalismus bezeichnet. In Anlehnung an Antonio Negri und die italienischen Operaisten will sie sich dem verweigern, will Widerstand leisten gegen die Art und Weise, in der in unserer Gesellschaft Macht durch die Beherrschung des Wissens ausgeübt wird. Ihr geht es darum, Zweifel zu säen, Sicherheiten in Frage zu stellen. Am platonischen Dialog geschult, ist für sie das Erschüttern von Gewissheiten - auch der Gewissheit, ob es ein Feld namens Kunst überhaupt gibt, - der erste Schritt auf dem Weg zur Erkenntnis. Nach ihren Vorstellungen ist Kunst wohl am ehesten als Formgebung des Formlosen zu verstehen, als Verkörperung, die Realpräsenz gegen das Prinzip der Virtualität setzt. Kunst ist der Versuch, über Materie Erkenntnis zu erlangen, sie ist eine Form von Wissen, das dazu dienen kann, die Welt neu zu betrachten. Dabei möchte sie auch den anthropozentrischen Blickwinkel verändern, zu mehr Bescheidenheit und Demut aufrufen. Natur, nichtmenschliche Lebewesen und deren Werke und Hervorbringungen sollen gewürdigt und ihnen mit Respekt begegnet werden. Die dOCUMENTA (13) folgt einer ganzheitlichen und nichtlogozentrischen Vision. Es mag dabei dahingestellt sein, ob man Bienenwaben und Spinnennetze als Kulturgüter oder Kunstwerke bezeichnet. Andererseits ist die Frage „Kunst oder nicht?“ und die Grenze zwischen dem, was Kunst ist und was nicht, für sie nicht von Bedeutung. Es geht nicht darum, Unterschiede zu definieren oder Kategorien zu bilden. CCB möchte die verschiedenen Disziplinen miteinander verbinden, sie möchte eine Verschmelzung des Weltwissens. Die d 13 ist für sie ein Forschungslabor, ein Laboratorium, in dem im Dialog Allianzen entstehen. Daher kommen die mehr als 300 Teilnehmer dieser Documenta aus einem breiten Spektrum von Tätigkeitsfeldern. Sie kommen überwiegend aus dem Bereich, der als Kunst interpretiert werden kann, aber auch aus der Wissenschaft, ökologischer Architektur und Landwirtschaft, Forschung zu erneuerbaren Energien, Philosophie, Anthropologie, Wirtschafts- und politische Theorie, Sprach- und Literaturwissenschaften. Sie kommen aus allen Teilen der Welt, und die Künstler unter ihnen sind großenteils vollkommen unbekannt. So widmet sich die d 13 der künstlerischen Forschung und Formen der Imagination, die Engagement, Materie, Dinge, Verkörperung und aktives Leben in Verbindung mit Theorie untersuchen, ohne sich jedoch der Theorie und epistemologischen Begrenzungen unterzuordnen.

Anschaulich werden diese Intentionen bereits beim Eintritt ins Fridericianum, dem ersten Museumsbau Europas und traditionell der zentrale Ausstellungsort. In den großen Sälen des Erdgeschosses: das große Nichts. Erste Erwartungen werden unterlaufen. Erst langsam bemerkt man, dass die leichte Brise, die einen hier empfängt, keine gewöhnliche Zugluft ist, sondern künstlich erzeugt wird. Eine Intervention von Ryan Gander, die als Kunstwerk vollkommen unsichtbar bleibt. Sie soll einen Moment der Verwunderung auslösen und erhöht so Konzentration und Aufmerksamkeit für die dann folgenden Objekte in der geschichtsträchtigen Rotunde: Hier, wo einst auf der d 6 die Honigpumpen von Joseph Beuys Kunstwelt und Gesellschaft „frisches Blut“ zuführen wollten, ist jetzt das Gehirn der d 13: „The Brain“. Es bündelt und zentriert die Gedankengänge der Ausstellung, verknüpft die zahlreichen Stränge. Wie in einer Ouvertüre werden anhand der hier versammelten Kunstwerke und Objekte die Themen der dOCUMENTA angespielt. Gezeigt werden u.a. 4000 Jahre alte kleine Steinfiguren aus Afghanistan, die sog. baktrischen Prinzessinnen, Gemälde und Flaschen von Giorgo Morandi, die er während des Faschismus angefertigt hat, eine Porzellanfigur aus Hitlers Wohnung, ein Handtuch mit seinen Initialen A.H., Eva Brauns Puderdose, die Fotografie eines Bombenkraters in Kambodscha aus dem Vietnamkrieg von Vandy Rattana, der Ausschnitt eines Videos von den Aufständen auf dem Tahir-Platz in Kairo von Ahmed Basiony, der von Scharfschützen der Polizei erschossen wurde, eine Maske, die Mädchen des Umerziehungsheims in Breitenau in den fünfziger Jahren anfertigten, sowie eine Auswahl von Artefakten aus Metall, Elfenbein, Glas und Terrakotta aus dem Nationalmuseum von Beirut, die während der Bombardierungen des Bürgerkrieges 1975-1990 miteinander verschmolzen sind. Die Kritik hat diese Zusammenstellung als Sammelsurium bezeichnet, das kennzeichnend für das Chaos im Kopf von CCB sei, bezeichnend für ihre Konzeptlosigkeit. Dabei geht es um die hierarchiefreie Vernetzung von Gedankenschleifen. Natürlich hat die Documenta-Chefin kein Konzept, schon wegen ihres Widerstands gegen die intellektuelle Tradition und den sog. Wissenskapitalismus. Oder, genauer gesagt, sie hat ein „no-concept-concept“. Und natürlich verweist sie damit einerseits auf Jan Hoet, der bei seiner hedonistisch-postmodernen Schau d 9 auch kein Konzept hatte, um so den Künstlern mehr Raum und Freiheit zu geben, ihre Kunstwerke besser zur Geltung kommen zu lassen. Und andererseits grenzt sie sich vom klassisch eurozentrischen Diskursrahmen der d 10 von Catherine David ab. Statt auf kühlen Diskurs und Didaktik setzt CCB auf Empathie und Emotion, statt auf Eurozentrismus auf Internationalismus. Statt klarer Thesen möchte sie Momente des Zögerns und Zweifelns kreieren. Sie ist an Einstellungen interessiert, nicht nur am rein rationalen Denken. Sie möchte wissen, wie eine Idee entsteht, wie Denken entsteht. „The Brain“ soll ein assoziativer Raum der Forschung sein. Erforscht werden die individuellen, bewegten Geschichten und wechselnden Bedeutungen dieser Objekte, die zerstört, beschädigt oder unzerstörbar, gestohlen, versteckt oder traumatisiert sind. An den Dingen wird sinnliche Erfahrung zur irreduziblen Tatsache. Als Speicher von Informationen, von Geschichte und Empfindungen ermöglichen sie eine praktische Form von Einfühlung und Erkenntnis. Die Gegenstände aus Hitlers Wohnung z.B. finden sich auch auf dem Foto wieder, das neben ihnen hängt und das Lee Miller in Hitlers Badewanne zeigt: Die Fotografin Lee Miller war im April 1945 als Kriegsberichterstatterin mit den amerikanischen Truppen in München eingezogen, in Hitlers Wohnung eingedrungen und hatte am Tag seines Selbstmords dort gebadet. Es ist ein äußerst vielschichtiges, mythisches Foto, in dem Lee Miller auf einer symbolischen wie körperlichen Ebene an Hitlers Stelle tritt. Der Diktator und Kriegsführer wird ersetzt durch einen nackten weiblichen Körper, der sich reinwäscht, etwa vom Dreck des Konzentrationslagers Dachau, das Miller am Vormittag besucht hatte. Es scheint, als versuche sie, die Menschheit von ihren Sünden zu reinigen. Es ist ein traumatisiertes, schweigendes Foto, das die Unmöglichkeit der Verarbeitung von dem, was sie am Morgen gesehen hat, erahnen lässt. Bis an ihr Lebensende sollten diese Bilder des Grauens Lee Miller verfolgen und zu schweren Depressionen führen. Der Mensch, der dafür hauptverantwortlich war, wurde für Miller erst durch die Begegnung mit seinen Dingen plötzlich real. "Bis zu diesem Tag war er für mich nie lebendig gewesen. All die Jahre war er ein teuflisches Maschinenmonster, bis ich in seinem Haus aß und schlief. Er verlor das Legendenhafte und wurde so noch schrecklicher." Dass die Besucher ähnliche Erfahrungen machen können, das ist das Ziel der d 13. Dabei geht es um Begriffe von Konflikt, Trauma und Zerstörung, von Zusammenbruch und Wiederaufbau. Die Ausstellung betrachtet Wendepunkte, Unfälle, Katastrophen und Krisen – Ereignisse, durch die sich die Welt verändert. Sie behandelt die großen Themen unserer Zeit und bezieht dabei politisch klar Stellung. Ausgangspunkt ist der konkrete Ort Kassel, gleichzeitig stellt die Ausstellung aber auch einen Polylog mit anderen Orten her. Zum ersten Mal findet eine Documenta zeitgleich noch in anderen Städten statt, und zwar in Kabul, Kairo und Banff (Kanada). Im Fridericianum wird unter dem Motto „Collapse and Recovery“ in zahlreichen Arbeiten vor allem der Krieg in Afghanistan thematisiert und der Bezug zwischen Kassel und Kabul hergestellt. Wie Kabul heute war Kassel, eine Stadt großer Rüstungsbetriebe einst und jetzt, im Krieg weitgehend zerstört. Und nicht nur Gebäude waren wieder aufzubauen, sondern eine neue Zivilgesellschaft. Die d 13 will untersuchen, wie sich Identität rekonstruiert, ohne in die alten Muster zurückzufallen, die das Desaster ausgelöst haben. So zeigt Mariam Ghani in ihrer Video-Installation „A Brief History of Collapses“ die Gemeinsamkeiten von Fridericianum und Darulaman-Palast, sowohl hinsichtlich ihrer Architekturstile und Grundrisse als auch ihrer symbolischen Rollen. Beide waren Wahrzeichen von Modernität und Aufklärung, beide wurden zu Denkmälern für den Niedergang der Zivilisation. Goshka Macuga hat zwei riesige, halbkreisförmige Wandteppiche geschaffen, von denen der eine in Kabul, der andere in Kassel hängt, und die jeweils Motive des anderen Ortes zeigen, verbunden mit einer Vielzahl historischer und kultureller Verweise. Auf metaphorischer Ebene bilden sie ein Ganzes, das nicht körperlich aber geistig zugänglich ist. Michael Rakowitz hat in seinem Beitrag „What Dust Will Rise?“ Bücher, die 1941 bei der Bombardierung des Fridericianums verbrannten, aus Bamiyan-Stein nachbilden lassen, demselben Stein, aus dem auch die von den Taliban gesprengten Buddha-Statuen waren. Er hat damit ein eindringliches Denkmal für den Verlust von Kultur durch Kriege geschaffen und gleichzeitig ein Zeichen von Solidarität und Zusammenarbeit gesetzt. Denn nur gemeinsam lässt sich Barbarei überwinden, ein einzelner Reiter wirbelt zu wenig Staub auf, wie das afghanische Sprichwort sagt. So aber kann eine kulturelle Zerstörung eine andere heilen. Heilung ist CCB wichtig, sie glaubt, dass Kunst dazu in der Lage ist, dass sie etwas verändern kann. Und so hat sie auch in Kabul die Gründungsidee der Documenta wiederbelebt: Arnold Bodes Idee von der Kunst als Aufbauhelfer nach der Katastrophe des Kriegs. Mario Garcia Torres machte das berühmte „One Hotel“ ausfindig, das Alighiero Boetti in den 1970er Jahren in Kabul betrieben und in dem er unter anderem die „Mappe“ hergestellt hatte, gestickte Weltkarten, die die politischen Veränderungen widerspiegeln und von denen eine in Kassel gezeigt wird. Torres mietete das Gebäude als sein Kunstwerk für die d 13 an, ließ es wieder herstellen und lud durch das Jahr 2012 hindurch zu Tee und Diskussionen ein. Ausgehend von etwas, das wir normalerweise als Kunstwerk auffassen, wurde diese neue Version des „One Hotel“ zu einer teils realen, teils fiktionalen Raum-Zeit der Imagination. In Gestalt eines Akts der Wiederherstellung eines zeitgenössischen Kulturerbes bildete dies die erste Grundlage einer Präsenz der dOCUMENTA in Kabul, einer Stadt im Belagerungszustand. Ein Garten öffnete sich, der mit Gesprächen über das Morgen gefüllt war. Es wurden Projekte mit Künstlern initiiert sowie eine Reihe von Konferenzen und Seminaren abgehalten. Einige Werke, die daraus entstanden sind, sind in Kassel im ehemaligen Elisabeth Krankenhaus zu sehen, darunter die beeindruckende Video-Arbeit „What We Have Overlooked“ von Lida Abdul über Versprechungen nationalistischer Ideologien und ihr Scheitern : Ein Mann watet mit einer Fahne in einen See hinein und versinkt langsam im Wasser. In anderen Räumen des Fridericianums wird das Motto „Collapse and Recovery“ erweitert zu einer Betrachtung des Kollapses von Welterklärungsmodellen. Der Quantenphysiker Anton Zeilinger zeigt am Beispiel von Wellenverhalten und Teilchenverhalten, wie es in der Physik zum produktiven Kollaps von Hypothesen kam. Im Nachbarraum werden zwei Künstler ausgestellt, die sich beide ihr eigenes Universum schufen und über Jahrzehnte unbeirrt ihrem individuellen ästhetischen Dogma folgten: Mark Lombardi und Korbinian Aigner. Lombardi hat in Tausenden von Karteikarten Informationen über die kriminellen internationalen Verflechtungen von Wirtschaft und Politik gesammelt und sie in filigranen Schaubildern und Diagrammen von großer formaler Schönheit sichtbar gemacht. Er kam auf mysteriöse Weise ums Leben. „Picasso sagte über Cezanne, dass er eine sehr ängstliche Person war. Er warf Fragen über Äpfel auf, was bitte könnte schlimmer sein?“ steht auf einer der Karteikarten. Korbinian Aigner hat sein Leben lang Äpfel gemalt. Die d 13 präsentiert 900 dieser Zeichnungen. Aigner, ein bayerischer Dorfpfarrer, wurde wegen seiner Kritik am Nationalsozialismus nach Dachau und Sachsenhausen verschleppt und musste Zwangsarbeit in der Landwirtschaft leisten. Ausgerechnet im Konzentrationslager gelang es ihm, neues Leben in Form von vier neuen Apfelsorten zu schaffen, in jedem Jahr seiner Gefangenschaft eine. Ein poetischer Akt des Widerstands im Angesicht des Völkermords. CCB hat ihm zu Ehren in der Karlsaue einen Korbiniansapfelbaum gepflanzt, wie er heute heißt. Aigner hatte sie nur KZ - 1- 4 genannt. Das Thema deutsche Geschichte und speziell Nationalsozialismus ist bei dieser Documenta stets präsent, vor allem durch seine Bezugnahme auf das Kloster Breitenau. Dieses in der Nähe von Kassel gelegene Kloster war für den Denkprozess der Ausstellung von Anfang an entscheidend, es ist „eine Art Phantombewusstsein“ der Documenta. Alle Teilnehmer der d 13 haben es bei ihrem ersten Besuch in Kassel für ihre grundlegenden Recherchen besichtigt. Die Neutralität der Ausstellungsräume findet ihren Kontrapunkt in einem geisterhaften Anderen. Das aus dem 12. Jahrhundert stammende Benediktinerkloster wurde Mitte des 19. Jahrhunderts in ein Gefängnis umfunktioniert, diente später als „Besserungsanstalt“ für Prostituierte und „Landstreicher“ und unter der NS-Herrschaft als Konzentrationslager. Nach dem Krieg wurde es zum Umerziehungslager für „schwererziehbare“ Mädchen, berüchtigt für seine Schikanen und Übergriffe, die Ulrike Meinhof als junge Journalistin bekanntmachte. Was dann letztlich zu seiner Schließung führte. Heute ist es teils Gedenkstätte und teils psychiatrische Einrichtung. Breitenau ist das andere Kassel, das Unbewusste der dOCUMENTA (13). Es ist die grauenhafte Schattenseite der Gesellschaft, in der über Generationen hinweg körperliche, psychische und sexuelle Unterdrückung und Züchtigung praktiziert wurde. Es ist weniger ein Schauplatz der Ausstellung, als vielmehr ein wichtiger Bezugspunkt. So gibt es in Breitenau selbst – auch um die heutigen Insassen nicht zu sehr zu stören – nur eine Installation von Judith Hopf. Sie hat aus schmalen Gläsern und kleinen grünen Blättern einen durchsichtigen „Bambushain“ erschaffen, zerbrechlich wie die Seelen der hier Inhaftierten. Ausdrücklich befassen sich ansonsten noch zwei weitere Arbeiten mit Breitenau: Gunnar Richter, Künstler und Leiter der Gedenkstätte, vermittelt in einer sachlichen Präsentation in einem Pavillon der Karlsaue die Fakten, und Clemens von Wedemeyer zeigt im Kulturbahnhof seinen ergreifenden Film „Muster“. Genauer gesagt sind es drei Filme, die in einer großen Video-Installation auf drei im Dreieck angeordneten Projektionsflächen gleichzeitig ablaufen. Man sieht die Befreiung der Häftlinge durch die Amerikaner im Jahr 1945, dann die Insassinnen des Mädchenerziehungsheims in den 1970er Jahren bei den Dreharbeiten für die Verfilmung von Ulrike Meinhofs „Bambule“ und schließlich den Besuch eines Punkkonzerts in heutiger Zeit. Es ist eine Zeitreise, bei der die verschiedenen Filmschleifen häufig ineinander greifen, dieselben Darsteller agieren, die Zeitebenen zusammenfallen. Der Titel des Films bezieht sich sowohl auf die Arbeitskopien eines Drehtages wie auch auf die Muster der Geschichte, die an sich an diesem Ort ständig wiederholten. Der Kasseler Bahnhof war Ausgangspunkt für die Gefangenen-Transporte nach Breitenau sowie 1941 und 1942 im großen Umfang auch nach Auschwitz und Theresienstadt. Daran erinnert Susan Philipsz mit einer Klanginstallation mitten zwischen den Gleisen. Alle 30 Minuten erklingt die „Studie für Streichorchester“, in Theresienstadt komponiert von Pavel Haas, der in Auschwitz ums Leben kam. Ebenfalls in Auschwitz ermordet wurde Charlotte Salomon, im Alter von 26 Jahren. Die d 13 zeigt Teile ihres Werks „Leben? oder Theater? Ein Singspiel“. Diese Bildergeschichte aus Gouachen, Texten und musikalischen Anweisungen geht von den Selbstmorden mehrerer Frauen ihrer Familie aus, zeigt Charlotte Salomons Bemühen, diese traumatischen Erlebnisse zu bewältigen, sowie ihr Ringen um künstlerische Selbstverwirklichung. Es geht um Faschismus, Emigration und sexuellen Missbrauch. Es geht um das Leben von Frauen und letztlich um das nackte Überleben als Jüdin unter der Nazi-Herrschaft. Aber all dies in einer bunten Bilderflut, einer Explosion von Kreativität. Auf zahlreichen Avantgarde-Traditionen aufbauend, vermischt sie persönliche Erinnerungen und politische Geschichte, Privates und Öffentliches. Es ist ein eindrucksvolles Gesamtkunstwerk im Medium der Autobiografie. CCB hat für die d 13 viele Künstlerinnen ausgesucht, es gibt mehr weibliche Teilnehmer als bei jeder vorherigen Documenta, zum Teil mit dezidiert feministischem Anspruch. Darunter finden sich bekannte Namen wie die große alte Dame Ida Applebroog oder auch völlig unbekannte wie die Aborigine-Künstlerinnen Nakamarra und Tjapaltjarri oder die Schwedin Hannah Ryggen, eine Entdeckung. Applebroog hat für die Installation „I SEE BY YOUR FINGERNAILS THAT YOU ARE MY BROTHER“ ihr Archiv geöffnet. Großformatige Auszüge aus ihren Tagebüchern, private Aufzeichnungen und Bilder der letzten Jahrzehnte bedecken die Wände. Mit beißender Ironie werden Fragen sexueller Identität und gesellschaftlicher Entwicklung behandelt. Besucher können Reproduktionen kostenlos mitnehmen, damit, wie sie sagt, Geheimes nicht länger geheim bleibt. Auf den Wandteppichen von Hannah Ryggen sind düstere Szenen zu sehen, Bilder von Gepeinigten und Enthaupteten, gewebt in den 1930 Jahren als bittere Anklage gegen Krieg und Faschismus. Sie erinnern an Picassos Guernica, vermeiden aber seinen Pathos, sind bescheidener auch in ihren Abmessungen. Gerade die „Gemütlichkeit“ eines Teppichs erhöht ihre Wirkung. Nicht nur der Gegenstand, sondern auch der Schaffensprozess ihrer Kunst ist ein Akt antifaschistischen Widerstandes. Die Kommunistin Ryggen wählte das urproletarische Produktionsmittel des Webens und setzte damit nicht nur ein Zeichen der Solidarität mit den unterdrückten Arbeitern, sondern unterlief auch den plumpen Kunstbegriff der Nazis. Sanja Ivekovic setzt sich in ihrer Installation „The Disobediant (The Revolutionaries)“ gleichfalls mit dem Faschismus auseinander, aber auf spielerisch ironische Weise. Inspiriert wurde sie von einem Pressefoto, das einen Nazi-Offizier und einen von Stacheldraht umgebenen Esel vor einer Menschenmenge in der Nähe des Fridericianums zeigt. Dieses symbolische „Konzentrationslager für widerspenstige Staatsbürger“ sollte eine Warnung sein, nicht bei Juden zu kaufen. Ivekovic stellt diesem Bild Vitrinen voller Spielzeugesel gegenüber, denen sie die Namen von Freiheitskämpfern gibt. Eine der eindringlichsten Arbeiten auf der diesjährigen Documenta stammt ebenfalls von einer Frau: Es ist die Multimedia-Installation "In Search of Vanished Blood" von Nalini Malini in einem Nebenraum der Documenta-Halle. Der Betrachter wird eingehüllt von Bildern und Tönen. Mehrere Projektoren werfen Videos und Einzelbilder auf die Wände und auf eine Reihe rotierender, bemalter Glaszylinder. Diese Zylinder, die auf buddhistische Gebetsmühlen verweisen, lassen dann ihrerseits ihre Schatten durch den Raum wandern, so dass ständig neue Verbindungen und Bedeutungen entstehen. Auf der Grundlage eines Gedichts des pakistanischen Dichters Faiz Ahmed Faiz, das auch mit einer seiner Zeilen titelgebend war, der Erzählung „Kassandra“ von Christa Wolf, eines Romans von Rainer Maria Rilke, Passagen von Heiner Müllers „Hamletmaschine“, von Samuel Beckett und von Mahasweta Devi entsteht eine komplexe Bilderwelt. Das Scheitern zwischenmenschlicher Beziehungen, der Fluch der Sehergabe, die blutigen religiösen Unruhen in Pakistan und Indien sowie vor allem Gewalt gegen Frauen stehen im Mittelpunkt. Es ist eine geheimnisvolle, bedrohliche, aber auch höchst poetische Arbeit, die die Grenzen der Malerei auslotet, ihren Rahmen sprengt. Denn ein Durchdenken von Malerei heute ist das Motto der Documenta-Halle. Yan Lei hat ein Jahr lang jeden Tag ein Bild angefertigt, willkürlich ausgesucht aus der täglichen Bilderflut des Internets. Während der Documenta werden sie nach und nach in einer Autolackiererei monochrom übermalt, um sie für die Ewigkeit zu versiegeln und unzugänglich zu machen. Eine Reflexion über die Bedeutung von Bildern und ein Versuch, ihre ständige Verfügbarkeit in Frage zu stellen. Juli Mehretu verbindet historische, architektonische und geografische Verweise mit abstrakten Linien und Farben zu komplexen Kompositionen. Sie verschmelzt die Bildsprache von Graffiti, Kalligrafie, barocken Stichen, abstraktem Expressionismus und Computergrafik mit gestischen Markierungen und Klecksen. Gemischt mit Bruchstücken von Science-Fiction-Büchern, Plattencovern und revolutionären Postern, wirft sie in ihren großformatigen Gemälden einen Blick auf die Sozialgeschichte öffentlicher Räume wie Zuccotti Park und Tahir-Platz. Die durch sie symbolisierten politischen Bewegungen spielen beide eine wichtige Rolle bei der d 13. Occupy ist zwar kein offizieller Teilnehmer oder Partner, aber die Ausstellung teilt ihre Überzeugungen, und ihr Camp vor dem Fridericianum ist durchaus erwünscht. Und Arbeiten zu den Aufständen in den arabischen Ländern finden sich über die ganze Stadt verteilt, also an vielen der diesmal 35 Stationen. Am meisten unter die Haut geht dabei die Installation “The Pixelated Revolution“ von Rabih Mroué in einer der alten Bahnhofshallen. Sie erinnert an Menschen im syrischen Homs, die mit ihren Mobiltelefonen ihren eigenen Tod aufgenommen haben. Rechts wird auf einer großen Leinwand in rötlichem Licht ein Schattenriss-Mann niedergeschossen und steht immer wieder auf. Auf der Wand zur Linken hängen sieben zu großer Unschärfe vergrößerte Porträts: die Mörder. Auge und Kamera haben gesehen, was der Verstand nicht begreifen konnte - den unmittelbar nahenden eigenen Tod. Wael Shawky geht in der Geschichte weit zurück, um die heutige Situation im Nahen Osten zu erlären. In seiner Videoinstallation "Cabaret Crusades: The Path to Cairo" lässt er mit 200 Jahre alten Marionetten Szenen der mittelalterlichen Kreuzzüge nachstellen.
In dramatisch ausgeleuchteten digitalen Landschaften, die auf Filmaufnahmen der authentischen Kriegsschauplätze basieren, entwirft er eine surreal anmutende Szenerie. Shawky glaubt, dass diese Ereignisse, die mehr als tausend Jahre zurückliegen, bis heute in der gesamten arabischen Welt ihre Prägekraft entfalten. Walid Raad befasst sich in “Scratching on Things I Could Disavow“ mit den Auswirkungen von sozialen und militärischen Konflikten auf die Kunstgeschichte der arabischen Welt. In einer Lagerhalle, die vor einigen Jahren in eine Moschee umgebaut werden sollte, erkundet er mit fiktiven wie realen Dokumenten und Geschichten, Bildern, Gegenständen und herausgerissenen Hauswänden die verschiedenen Möglichkeiten von Erinnerung, Erfahrung und Wahrheit. In Anlehnung an Jalals Toufic und sein Buch „Vom Rückzug der Tradition nach einem unermesslichen Desaster“ untersucht er, ob materielle Verwüstung wie Zerstörung von Kunstwerken, Verbrennung von Büchern, Plünderung von Museen auch immaterielle Auswirkungen auf Kultur und Tradition haben. Auch die Schriftstellerin und Malerin Etel Adnan nimmt seit Langem an den kulturellen Diskursen des Nahen Ostens teil. Doch während sie bei ihren Texten wie z.B. dem Gedichtzyklus „Arabische Apokalypse“ die tragischen Aspekte beschreibt („Malewitsch rote Sonne folgte seinem Leichenzug bis nach BEIRUT“), kommt in ihrer Malerei die reine Lebensfreude zum Ausdruck. “ Malen ist für mich die Liebe zur Welt“. Ihre Lieblingsfarbe ist dabei rot, rot wie die Sonne. Auf der d 13 zeigt sie abstrahierte Landschaften und Naturbetrachtungen. Denn Etel Adnan liebt vor allem die Natur. Kunst und Natur ist ein weiteres großes Thema dieser Documenta. Schon das erste für die d 13 verwirklichte Kunstwerk erkundete das Empathieverhältnis zwischen Kultur und Natur, zwischen dem Menschen und allen anderen Lebensformen : „Idee di pietra“ von Giuseppe Penone. Die Skulptur, ein täuschend echt aussehender Baum aus Bronze, der einen großen Stein trägt, wurde bereits 2010 in der Karlsaue aufgestellt. In einer fragilen Balance zwischen Natürlichem und Künstlichem soll sie Gegensätze aufheben. Die Arbeit wirkt in ihrer Grenzaufhebung wie eine Verkörperung der These von CCB, es gebe keinen Unterschied zwischen Kultur und Natur. Auch Pierre Huyghes Mikrokosmos, die künstliche Landschaft „Untilled“ in der Kompostierungsanlage der Karlsaue, hebt Grenzen auf. Der Kopf einer Skulptur besteht aus einem Bienenstock, dessen Kolonie die wildwachsenden Pflanzen bestäubt. Betonplatten liegen herum, Bäume sind entwurzelt, Hügel aufgeschüttet, in kleinen Teichen werden Kaulquappen zu Fröschen, zwei Hunde streifen umher. Es kommt zu Interaktionen und Transaktionen zwischen Pflanzen, Tieren, Menschen, Bakterien und einem Kunstwerk. Die Arbeit von Pierre Huyghe ist eines der Schlüsselwerke dieser Documenta. Sie ist eine Metapher für Kunst als Erschafferin eigener neuer Welten. Zugleich verdeutlicht sie die Vision der d 13 vom Rückzug aus der reinen Menschenwelt in einen organischeren, lebendigeren, natürlicheren Raum. Bezugnehmend auf die Theorien von Donna Haraway, Michael Taussig und Bruno Latour möchte CCB Ökologie neu denken, über den reinen Umweltschutz hinaus. In diesem Sinne zu verstehen sind auch der Schmetterlingsgarten von Kristina Buch auf dem Friedrichsplatz oder der bewachsene Schrotthügel „Doing Nothing Garden“ von Song Dong vor der Orangerie. Dass die Harmonie zwischen Mensch und Natur zur Zeit gestört ist, wird sichtbar u.a. an dem riesigen Schrotthaufen von Lara Favaretto hinter dem Bahnhof, an Maria Theresa Alves Installation über den trocken gelegten Chalco-See in Mexico, an dem Film von Mika Taanila über den Neubau des weltgrößten KKW in Finnland sowie an „MON CHERI: A Self-Portrait as a Scrapped Shed“ von Shinro Ohtake: Eine bunte Holzhütte hat er in den Auepark gesetzt, mit dem japanischen Neonschild eines Schnellimbisses, daneben einen Wohnwagen. Auf dem Dach hängen Fischernetze und rundherum liegen Boote, zwei stecken auch oben in den Bäumen fest, wie von einer großen Welle dahin gespült. Aus dem Inneren des Häuschens tönen aus einem blechernen Lautsprecher seltsam verzerrte Geräusche und Stimmenwirrwarr, produziert von einer bizarr zusammengebastelten, sinnlosen Maschine. Sie steht inmitten eines chaotischen Sammelsuriums von Fotos, Notizen, Bildern, Auspuffrohren, Fahrradfelgen und alten Telefonen. Auf kleinen Bildschirmen laufen Videos, Neonröhren flackern, Dampf steigt auf. Shinro Ohtake hat das Treibgut seines Lebens verwoben mit dem Schicksal Überlebender des Tsunamis und der Atomkatastrophe in seiner Heimat. Die Maschinen von Thomas Bayrles übergroßer Installation in der Documenta-Halle haben ebenfalls jeden Sinn verloren. In einem spirituell aufgeladenen Maschinenfriedhof laufen Flugzeug- und Automotoren, zu Rosenkränzen und Monstranzen arrangiert. Dazu erklingen Gesänge und Gebete der christlichen Kirchenliturgie. An den Wänden hängen jeweils im Riesenformat „Flugzeug / Airplane“, eine Collage aus 16 Millionen kleinen Flugzeugen, die ihrerseits ein großes bilden, sowie „Carmageddon“, ein Wandbild aus Unmengen sich kreuzender Autobahnfragmente. Es ist ein ebenso wirkungsvolles wie ironisches Werk gegen Technikanbetung und Umweltzerstörung. Thomas Bayrle hat dafür in diesem Jahr den Documenta-Preis bekommen. In der Publikumsgunst ganz oben stehen zwei Werke, die schon aufgrund ihrer herausragenden handwerklichen Kunst nicht unerwähnt bleiben dürfen: „Leaves of Grass“ von Geoffrey Farmer und “The Sewing Room von Istvan Csakany. Csakany hat eine Nähwerkstatt vollständig aus Holz geschnitzt, und Farmer hat zigtausend Fotos aus 50 Jahren „Life“ herausgeschnitten und zu einem meterlangen, dreidimensionalen Archiv amerikanischer Kulturgeschichte zusammengesteckt.

Die dOCUMENTA (13) ist ungeheuer vielfältig und themenreich, nur ein Bruchteil kann hier angesprochen werden. Sie ist körperlich, geistig und emotional anstrengend, aber sie ist jede Mühe wert. Sie ist spannend, intelligent und engagiert. Ich weiß nicht, ob sie unser Denken verändert, aber neuen Spaß am Denken weckt sie in jedem Fall. Sie ist eine der besten Documentas der Geschichte. Carolyn Christov-Bakargiev glaubt, dass man nach dem Besuch „komische Träume“ bekommt. Ich habe seitdem ausgesprochen gut geträumt.

Harald Mann