Sofia, Novembre 2012

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Nous sommes dans la salle de spectacle Bulgaria, le Centre Culturel de la capitale bulgare. C'est un grand hall rectangulaire tout en bois blond, qui fait plutôt meuble bon marché, muni d'un balcon, qui peut accueillir environ mille places.

La salle est comble.

 

 

J'ai répondu à l’invitation du Maestro Didier Talpain, qui va présenter ce soir l’opéra Les Bayadères de Charles-Simon Catel (1773-1830). Maestro Talpain est un spécialiste (disque et concert) des fils de Bach et du compositeur J.N. Hummel. Très attaché à la diffusion du répertoire français, il a dirigé au cour des derniers mois des productions de Robert le Diable de Meyerbeer, le Compte Ory de Rossini, Les Pécheurs des Perles de Bizet.

Deux orchestres de chambre (Solamente Naturali Bratislava et Musica Florea Prague), un chœur massif local (le Chœur national philharmonique Svetoslav Obretenov), douze solistes, voilà de quoi faire le bonheur de tous !

Quant à l’orchestre : la position des trois contrebasses, à gauche plutôt qu'à droite, en ligne avec les violoncelles, est intéressante. Soutiennent-elles les archets qui sont plutôt faibles ? Le reste de l’orchestre fait du bon travail accompagnant le chœur et les solistes avec beaucoup de brio.

Un mot sur le chœur qui ne cesse de chanter. Sa contribution est très importante parfois les échos des fameuses voix bulgares se font sentir.

Les solistes : les premiers deux ténors et surtout Philippe Do a une voix bien placée, d’une belle couleur, dommage que le volume soit modeste. Thill Mantero, le deuxième ténor, est trop déchiré par le texte pour bien servir la musique, mais leur duetto est vivace, portant qui nous fait nous redresser dans notre fauteuil.

Suivent quatre dames solistes gracieuses qui racontent l’histoire de la bayadère (voir synopsis). A remarquer Katia Velletaz, une voix d’un grand volume, bien sur tous les registres, qui emporte le quatuor vers l'excellence.

Enfin, apparaît la principale bayadère Lamea jouée par Chantal Santon. Sans aucun doute une chanteuse de grande envergure, qui possède les basses et les aigus ainsi qu'un contre-ut incisif, clair comme une eau de source. Mais elle a aussi des coups d’œil furieux et passionnés dirigés vers les mauvais esprits présents ou passés, membres de l’orchestre, auditeurs pas attentifs, que-sais-je...

Pour finir, deux barbus avec des voix bulgares graves, nous racontent le dénouement.

Didier Talpain mince, d’allure sportive, mène choristes, orchestre et solistes avec verve et d'une main de maitre. Il est évident qu’il se passionne pour cette musique qu'il connaît bien et dont il est un des plus importants interprète.

SYNOPSIS

C'est le rêve oriental napoléonien: Catel livre en 1810, "Les Bayadères", opéra en trois actes sur un livret d’Étienne de Jouy. Il inscrit l'action en Inde : mythologie, danses, costumes, musique riche et variée

Le livret fusionne légende indienne et le conte de Voltaire, L’Éducation d’un prince, en soulignant la figure féminine atypique de la danseuse de Bénarès (Laméa) qui au nom de la tradition ne peut épouser son prince mais est prête à combattre et à donner sa vie pour lui. Laméa et ses suivantes désarment et mettent en fuite les envahisseurs de la ville grâce à leurs danses charmantes (chorégraphiées par Gardel). Un acte « qui seul vaut un opéra tout entier ». Il n'en fallait pas moins pour émerveiller et convaincre le parterre le plus réticent.

 

Peter Hermes