EN AVIGNON ETAIT UNE ECOLE..

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Existe en Avignon une Ecole d’Art bien spécifique.

Elle se présente : L’ESAA est un établissement d’enseignement supérieur artistique dont la mission de formation se présente de manière originale au regard des autres écoles d’art en France : elle combine l’enseignement de la création avec celui de la préservation des biens culturels. Cette originalité structurelle a permis la mise en relief du lien organique entre les deux orientations – Création-Instauration (CI) et Conservation-Restauration (CR)…

 

Existe donc en Avignon une école d’Art problématique, comme l’est son pont qui ne conduit nulle part. Nous pourrions penser que, par définition, toute école devrait l’être, problématique. On dit qu’on reconnaît un juif à ce qu’il répond à une question par une autre question. J’ai tendance à penser que sont ainsi plus généralement définis les intellectuels, ou mieux les philosophes, les vrais, ceux qui sont atteints de réflexionite endémique, pas les radoteurs de l’histoire de la philosophie. Le dogmatique intégriste serait lui gonflé de certitude, au point qu’on se sent obligé d’écrire certitude au singulier. L’école en question, avignonnaise contemporaine, aurait dit-on des certitudes que, si j’ai bien entendu, on lui reprocherait d’être trop plurielles, ce qui revient à poser beaucoup de questions. Et les questions sont les marches dans l’escalier de la pensée. Pour monter ; ou dégringoler si l’on est un peu faible.

On reproche par ailleurs à ceux qui animent l’école d’être en conflit de voisinage avec le marchand galeriste donateur fondateur d’une donation Fondation d’art contemporain. Et, paradoxe, tout aussi violemment, d’en partager de façon outrancière l’idéologie. Ce groupe d’élèves, qui seraient rejetés de l’école, et serait, si j’en crois Madame Nicole Esterole qui me transmet des textes pétitionnaires, soutenu par les anarchistes et les syndicats Sud, et quelques personnes regrettablement anonymes ou pseudonymes, dont un certain très remarquable Alan Bic qui leur distille de précieux conseils : « il faudrait que les étudiants se souviennent qu’il y a eu Mai 68 et qu’il suffit de le mettre dehors de cette école par la force des étudiants eux-mêmes, prenez donc le pouvoir dans votre école, travaillez par vous-mêmes, l’information vous l’avez, ne vous êtes-vous pas rendu compte que tous ces profs ne vous servaient à rien ?! » (Te signale, mec, qu’en 68 c’était plutôt grand-père qui était étudiant…)

Quitte à passer pour un (affreux) intellectuel, je me permets quelques questions. Pensez-vous que le Baron Bic apprécierait cette manière d’écrire bille en tête ? Au lieu de compliquer la vie de ces jeunes gens par plusieurs années d’études et un travail de CRS pour sortir les profs de l’école, ne serait-il pas plus simple de leur dire : « si vous ne voulez pas de profs, inutile de dépenser argent et temps en vous inscrivant dans une école ? » « Si vous mépriser leurs enseignements, pourquoi réclamer des diplômes ? » D’autres s’en sont passé : Picasso et Matisse, George Brecht (Chimiste !) Lapicque (Ingénieur) Arman, Martial Raysse, Ben (Vautier, parfaitement autodidacte) moi-même qui batifolais en Lettres Modernes avant de virer artiste hélas Contemporain… Le monde est plein de mauvais exemples.

Que se passe-t-il sur le terrain d’Avignon l’école ? Seuls les protagonistes de ce combat rabelaisien en ont quelques sectaires lueurs. Monsieur Ferrari est-il un dangereux prédateur encerclé par une poignée de recalés excités ou un efficace inventeur mis en doute par de valeureux génies cartésiens ? Le vrai scandale, si scandale il y a, est dans les prises de positions, pour l’un ou l’autre camp, de penseurs extérieurs argumentant sur des « on dit » (On, le célèbre on, leur a dit). La rumeur d’Avignon. Encore une fois je dirai que chacun devrait méditer le conte La dent d’or de notre vieux philosophe Fontenelle — Bernard Le Bouyer (ou Le Bovier) de Fontenelle, (Rouen, 11 février 1657 - Paris le 9 janvier 1757). Et avec cette référence, vous ne pourrez m’accuser de vouloir mettre dans mon camp les contemporains... qui, les pauvres, n’en peuvent mais d’être nés à l’art après ce milieu du siècle XX aujourd’hui écroulé dans la fosse de l’Histoire.

En attendant, sous le pont d’Avignon coule le Rhône, tandis que dessus, air connu, on y danse, on y danse... pas bien rond.


Marcel Alocco