LA ROQUE D ANTHERON FESTIVAL INTERNATIONAL DE PIANO 2012

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Dossier spécial Festival de la Roque d'Anthéron 2012

Par Geneviève Chapdeville Philbert

 

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28 juillet : Zoltàn Kocsis et l’Orchestre National de Hongrie sur la scène du Parc de Florans

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Artiste versatile, mystérieux, énigmatique (un virtuose de cette catégorie n'émergerait parait-il qu'une fois tous les quarts de siècle !), les apparitions sur scène du pianiste, musicologue et chef d'orchestre Zoltàn Kocsis, salué partout dans le monde, sont des moments aussi rares que privilégiés, une légende vivante dont on a tout dit ou presque. Artiste multiforme, à la fois interprète, compositeur et arrangeur il est aussi l'ambassadeur de la musique de son pays, Bartok en tête, « insurpassable de son vivant » selon The Independant. On connaît également son affection pour Debussy.

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C’est Haydn, Mozart et Dvorak que le célèbre pianiste choisissait de donner ce 28 juillet à La Roque avec l’Orchestre National de Hongrie dont il assure la direction depuis 1997. Haydn pour une Symphonie n°8 en sol majeur Le soir. Zoltàn Kocsis y montrait la générosité, l’harmonie et la tendre complicité parfois teintée d’humour de son jeu avec ses musiciens, notamment à travers un impromptu cocasse, dialogue aux accents jazzy avec un contrebassiste ! Le concerto pour piano et orchestre n°3 en Ré majeur K.40 de Mozart permettait à Zoltàn Kocsis de déployer tout son talent puisqu’il l'interprétait en dirigeant du piano l’orchestre. L'arrangeur ajoutait une adaptation personnelle pour orchestre de l’Orage, extrait des Années de Pèlerinage de Liszt avant de diriger, toujours dans une suave (ou slave ?) simplicité, la symphonie n°8 en sol majeur opus 88 de Dvorak.


31 juillet : Anne Queffélec/Boris Berezovsky. Orchestre Régional de Cannes Provence Alpes Côte-d’Azur, direction Philippe Bender.

Hommage à Brigitte Engerer

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Le 23 juillet disparaissait brutalement Brigitte Engerer qui aurait du donner, le 31 juillet, un récital Grieg/Sibelius. Toute l’équipe du festival, profondément bouleversée, lui a bien évidemment rendu hommage à plusieurs reprises. Cette soirée émotion commençait par une intervention au micro (rare à La Roque !) de René Martin, le directeur du festival, qui peinait à contenir son émotion et proclamait, des sanglots dans la voix : « Le festival est en deuil ».

Philippe Bender, dirigeant l’Orchestre de Cannes Provence Alpes Côte d’Azur avec lequel elle se produisait régulièrement, ouvrait la soirée avec l’Adagio pour cordes opus 11 de Samuel Barber, si poignant et si nostalgique dans son évocation d’un vol brisé qu’il était suivi par un long silence, la salle ne parvenant pas à applaudir.

On ne verra donc plus à la La Roque d'Anthéron celle avait qui avait soutenu puis accompagné le festival, dont elle était restée une fidèle. Elle devait y donner plusieurs concerts cet été et avait même décidé de venir auparavant se reposer une dizaine de jours en Provence pour aborder ce rendez-vous dans les conditions optimales. La disparition soudaine de celle qui donnait encore un concert une semaine avant sa mort malgré le mal qui la rongeait et sur lequel elle faisait silence trouvant ses forces ultimes dans la musique, continue de bouleverser l'ensemble du monde de la musique. « Pour tous ceux qui l'aimaient, pour le festival, c'est une grande tragédie. C'est la disparition d'une amie, d'une sœur, de quelqu'un qui ne trichait pas, qui aimait le public. Une femme qui appréciait les plaisirs de la vie, la littérature, la gastronomie, qui aimait enseigner et qui était adorée par ses élèves. Et c'était surtout une artiste exceptionnelle qui a joué avec les plus grands chefs, les plus grands orchestres" indiquait encore le directeur du festival.

Deux grands pianistes, parmi ses plus proches amis, ont interprété le 1er Concerto de Chopin et le 1er Concerto de Tchaïkovsky, deux de ses œuvres préférées, qu’elle avait d’ailleurs jouées plusieurs fois à La Roque d’Anthéron. Anne Quéffélec, amie personnelle de la pianiste et fidèle du festival, menue dans sa longue jupe et caracos noirs prenait également la parole après son interprétation de Chopin. « Je pense en voyant cette lune dans le ciel à cette phrase de Charles Baudelaire que Brigitte aimait beaucoup « La musique creuse le ciel ». Anne Queffélec concluait par un émouvant menuet de Haendel « sur ce piano Steinway 10 qu’elle affectionnait tant ». De nombreux amis et familiers de la célèbre pianiste était venus pour cet hommage et les conversations de l’entracte bruissaient d’anecdotes autour des dernières rencontres, des derniers contacts. Mais déjà, Boris Berezovsky, également fidèle du festival, poursuivait la soirée dans une interprétation magistrale de l’imposant Concerto pour piano et orchestre en si bémol majeur opus 23 de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, suivi en bis d’un Chant d’Automne du même compositeur. Comme si la musique continuait et la vie reprenait ses droits.

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Une bonne façon de saluer les artistes disparus, c’est de les applaudir une dernière fois. En conclusion de la soirée, était donc diffusée, sur écran géant, un enregistrement vidéo de Brigitte Engerer, filmée en 2008 à la Folle Journée de Nantes dans le Standchen de Schubert/Liszt. Quelques musiciens de l’orchestre étaient restés sur scène. Le chef, Philippe Bender, se tenat debout, en retrait dans son ample chemise blanche, dans une attitude de recueillement. Une vidéo sans générique, ni de début, ni de fin. Comme une apparition, suivie d’un évanouissement. Et les applaudissements qui suivirent semblaient attendre le retour de l’artiste.

 

A écouter :

Brigitte Engerer – http://www.youtube.com/watch?v=D2hiR5f6qI4

Dans une interprétation de Frédéric CHOPIN

Nocturne n°8 en ré bémol majeur op. 27 n° 2

Nocturne n°13 en ut mineur op. 48 n° 1

A écouter  également :

L’Adagio pour cordes de S. Barber opus 11 direction Leonard Bernstein

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31 juillet, 1er août, 2 août :Jean-Efflam Bavouzet/Pierre Cassard Intégrale de l’œuvre pour piano de Debussy

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Largement récompensé pour son intégrale des œuvres pour piano Debussy, Jean-Efflam Bavouzet a reçu aussi, en 2010, un “Choc” de Classica pour le premier volume de son intégrale des sonates de Haydn et, en 2011, un Gramophone Award pour son enregistrement Debussy et Ravel avec le BBC Symphony Orchestra et Yan Pascal Tortelier.

Sa récente transcription de Jeux de Debussy, préfacée par Pierre Boulez, a été publiée chez Durand. C’est donc une interprétation de l’intégrale des œuvres pour piano de Debussy, exercice qui lui tient à cœur, que le pianiste est venu cette année proposer, en partenariat avec Pierre Cassard. Certains spécialistes, attribuent à Bavouzet une grande singularité dans son interprétation de Debussy. Le pianiste se retranche derrière l’humilité qui le caractérise. « J'ai découvert Debussy très tard, j'avais la trentaine bien passée. J'ai été foudroyé par cette musique ! Tout ce que j'entendais de Debussy me mettait à la fois dans un état d'émotion et de frustration intenses. Frustration, car je ne retrouvais pas l'émotion que je pensais devoir être contenue dans les interprétations pour piano. Ainsi y a t-il eu de ma part, un geste de nécessité, sans vouloir faire table rase avec les interprétations antérieures aux miennes. J'ai recherché à la fois l'émotion et la clarté. Mais, très franchement, le son pour le son ne m'a jamais intéressé. Je n'ai pas du tout eu l'impression d'avoir accompli quelque chose de nouveau en ce sens. Mon but ultime, c'est que l'œuvre soit rendue dans sa plus grande vérité. Le compositeur pourrait me taper sur l'épaule en me disant « voilà, c'est ce que je voulais ». Il serait satisfait de la manière dont j'ai rendu son œuvre tout en sachant qu'il y a plusieurs manière de la jouer ». Après une première partie sur la scène de l’Etang des Aulnes le 31 juillet, c’est sur le plateau mythique du parc de Florans que l’attachant pianiste poursuivait sa proposition en partenariat avec Philippe Cassard, interprète également reconnu de Debussy pour présenter une intégrale de l’œuvre pour piano de Debussy sur trois soirées.


 

logo2 août : Jean-Claude Pennetier et l’Orchestre de Chambre de Paris, direction Kazuki Yamada

 

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Un temps chef d'orchestre très actif dans le répertoire contemporain, Jean-Claude Pennetier a dirigé l'Ensemble InterContemporain, 2e2m, les orchestres de Radio France et même, artistiquement, La Péniche Opéra et aussi certains festivals. Schubert, Haydn, Mozart, Schumann et Brahms occupent aujourd’hui son temps d’interprète. Ce sont les concertos pour piano et orchestre n°20 en ré mineur K 466 et n°23 en la majeur K 488 de Mozart qu'il avait choisi de proposer à La Roque d’Anthéron avec l’Orchestre de Chambre de Paris. Riche rencontre entre une expérience consommée et une jeunesse contrôlée.

« Comprendre que ma vie entière allait se passer devant un piano, c'est ce qui me fut le plus dur. N'être que pianiste, alors qu'il y a tant de choses qui me tentent et me passionnent ; le monde est si vaste ! Songer que toute ma vie ne sera que jouer avec mes dix doigts, ce fut très long à accepter » explique-t-il. « Maintenant, j'ai changé. Peu à peu, les œuvres que j'aime jouer m'ont fait sentir que toute ma vie pouvait s'inscrire en elles. On peut dite et faire tant de choses avec ces touches blanches et noires, avec cette grande bête qu'est un piano. Deux choses me sont primordiales : être entre amis et être entre amis avec la musique. Les deux sont une même et grande joie ». La joie et l’émotion, c’est bien ce que Jean-Claude Pennetier nous a fait ressentir lors de cette soirée magnifique avec l’Orchestre de chambre de Paris, un orchestre de chambre qui fait référence en France, alliant excellence, ouverture et diversité depuis près de 35 ans, régulièrement dirigé par Laurence Equilbey et Joseph Swensen.

C’est le jeune chef Kazuki Yamada qui dirigeait cette formation à La Roque. Né en 1979 au Japon, Kazuki Yamada réside actuellement à Berlin. Il a déjà dirigé les plus importants orchestres archipélagiques dans une ascension à couper le souffle.

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Il a étudié à la Tokyo National University of Fine Arts & Music avec Ken-Ichiro Kobayashi et Yoko Matsuo et obtient, en 2001, le Diplôme de chef d’orchestre. La même année, il reçoit le Prix Ataka. En 2002, il étudie auprès de Gerhard Markson à l’International Summer Academy du Mozarteum de Salzbourg, où il est élu meilleur étudiant, remporte le concours de Besançon en 2009 et fonde son propre orchestre à vingt-deux ans, le Yokohama Sinfonietta. Entrant sur scène avec un je-ne-sais-quoi d’un Seiji Ozawa jeune, image sans doute facile s'agissant d'un jeune chef japonais... Il le remplaçait d'ailleurs au pied levé en mars 2010 pour la sixième édition de l’académie internationale de musique à la tête de l’Orchestra Ensemble Kanazawa, dont il a récemment été nommé partenaire musical, séduit par la précision de son geste.

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La rencontre ne pouvait être que riche entre le talentueux jeune chef d’orchestre et l’émérite pianiste autour de Mozart. « À une certaine époque, en qualité de chef d'orchestre, j'ai consacré énormément de temps à la musique contemporaine ». explique le pianiste. « Aujourd'hui, j'ai un peu moins de courage. Et il y a tant d'œuvres anciennes que j'ai envie de jouer et qui correspondent à une vue humaniste que j'ai sur notre art. C'est vrai que Schubert, Haydn, Mozart, Schumann, Brahms m'ont un peu happé pour me prouver qu'ils étaient encore de la musique actuelle. Il faut toujours un certain temps face à son instrument pour qu'il fasse corps avec vous. Il faut que l'âme soit dans les doigts. Ce contact charnel est essentiel. Il n'y a pas que l'apprentissage et la technique. Il y a ce contact et ça, il faut le nourrir et ça vous nourrit ».


 

10 août : Carte Blanche à Jacques Rouvier

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Voilà qui doit être un pur bonheur pour un professeur : réunir autour de lui ses talentueux élèves, jeunes mais déjà couronnés de réussite. La liste des pianistes passés entre les mains de Jacques Rouvier est longue et révélatrice : Denis Pascal, Juliana Steinbach, Anastasya Terenkova, Guillaume Vincent, Mika Akiyama, Claire-Marie Le Guay.

Romain Descharmes donne quant à lui de son ancien professeur un témoignage extrêmement élogieux sur le site Pianobleu, parlant notamment d'un magicien-psychologue, se félicitant de « l'engagement" et des "risques » que Jacques Rouvier parvenait à faire prendre à ses jeunes étudiants du Conservatoire. Hélène Grimaud qui fut également son élève au Conservatoire de Paris évoque dans son roman Variations sauvages, la passion qu'elle aurait éprouvée pour son professeur de piano durant ses études au Conservatoire de Paris. C’est dire l’influence et la relation de Jacques Rouvier avec ses élèves.

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Surtout connu en tant qu'enseignant, Jacques Rouvier assure des classes de maîtres dans le monde entier.est l'un des professeurs de piano les plus recherché du Conservatoire de Paris depuis 1979. Sur la scène du Parc de Florans il avait invité neuf des ses talentueux élèves, David Kadouch, Anny Hwang, Yukio Yokoyama, Sanja Bizjak, Lidija Bizjak, David Fray, Frank Braley, Philippe Giusiano, Vahan Mardirossian pour un patchwork autour d’œuvres de Chopin, Brahms, Schubert, Scriabine, Ravel, Fauré/Messager, Poulenc et Bernstein.

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Après avoir étudié au Conservatoire de Paris avec Jean Hubeau, Jacques Rouvier obtient des premiers prix de piano (1965) et de musique de chambre (1967). Il entre ensuite chez Vlado Perlemuter et Pierre Sancan, en cycle de perfectionnement, et travaille plus tard avec Jean Fassina. Il remporte le premier prix du concours Viotti à Vercelli et du concours de Barcelone (1967). Lauréat du troisième grand prix ex-aequo avec Vladimir Viardo du Concours international Marguerite-Long-Jacques-Thibaud en 1971 et de la Fondation de la Vocation, il se voit également décerner le prix Ravel de l'Union Européenne de Radio.En 1970, il fonde un trio avec Jean-Jacques Kantorow et Philippe Muller. Parmi ses réalisations discographiques, l'intégrale de l'œuvre pour piano de Ravel ainsi que les sonates pour violon et piano de Debussy et Ravel, couronnées par un Grand Prix du Disque


 

11 août : Yuri Favorin : naissance d’une étoile

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Même les cigales, d’habitude si bavardes dans le Parc de Florans, se sont tues, charmées et magnifiquement stupéfaites par le talent du jeune Yuri Favorin. Des carrières magnifiques ont pris une envolée inattendue à partir d’un remplacement au pied levé, mais venir jouer à vingt-six ans en lieu et place d’Aldo Ciccolini souffrant avec qui plus et un enregistrement France Musique, c’est-à-dire avec des millions d’auditeurs potentiels à venir, ne doit pas manquer d’être stressant et éprouvant. On sentait, malgré les applaudissements d’encouragement bienveillant, le jeune pianiste un peu à l’étroit dans son pourtant large costume quand il est arrivé sur la scène de La Roque ce 11 août et entamait cette sonate n°9 en mi bémol majeur D568 de Schubert. Mais dans la salle, nous savions dès les trois premières notes que quelque chose de bon allait arriver et les applaudissements après cette première interprétation donnaient assurance au jeune interprète pour la suite de son programme. Et, c’est avec une aisance magistrale qu’il livrait son interprétation de l’Ouverture de Tannhauser, transcription pianistique par Liszt du chef d’œuvre wagnérien, à la fin de laquelle la salle explosait en bravos et applaudissait également des pieds. Le jeune interprète concluait sa première inattendue sur le plateau mythique par les Harmonies poétiques et religieuses toujours de Liszt, œuvre romantique où il déployait toute la finesse de son talent avant de livrer trois bis tant il était ovationné.

Yuri Favorin possède un toucher qui s’exprime tout autant dans la puissance (ce qui est très russe certes, mais ici dans une force où le chant est totalement fluide) que dans la douceur. Le jeune pianiste, déjà entendu à La Folle Journée de Nantes, maîtrise le plus difficile : l’art du silence.


Yuri Favorin piano

Schubert : Sonate n°9 en mi bémol majeur D568
Wagner/Liszt : Ouverture de Tannhäuser
Liszt : Harmonies poétiques et religieuses (Extraits)
1. Invocation
2. Ave Maria
3. Bénédiction de Dieu dans la solitude
4. Pensée des morts
5. Pater Noster
6. Hymne de l’enfant à son réveil
7. Funérailles
8. Miserere, d’après Palestrina
9. Andante Lagrimoso
10. Cantique d’amour


 

13 août Zio Mei Zhu

 

festivalCe qui pourrait caractériser le style de Zio Mei Zhu c’est la modestie dans une très grande finesse. Frêle silhouette, pantalon noir, chemise blanche, la chinoise aux petits pas s’avance humblement sur la scène ce 13 août. Pas simple l’histoire de cette pianiste ! Son autobiographie La Rivière et son secret livre un témoignage poignant du conditionnement psychologique des Chinois durant la Révolution culturelle. Son initiation musicale commence très tôt et c’est à dix ans qu'elle entre à l'École Nationale de Musique pour enfants surdoués, alors que la Révolution culturelle interrompt ses brillantes études. Zio Mei Zhu est alors envoyée dans un camp de travail à la frontière avec la Mongolie Intérieure : ses origines la rendent suspecte aux yeux du nouveau pouvoir et elle doit alors faire doublement ses preuves. Elle entre dans ce jeu très jeune, modifiant sa manière de penser et se pliant notamment aux séances de dénonciation publique. Elle va même jusqu'à délaisser sa famille, puisque l'idéologie de Mao l'impose. Pourtant, grâce à certaines complicités, elle réussit à travailler le piano en cachette. Et la musique qu'elle aime tant la sauve. Zio Mei Zhu achèvera ses études au conservatoire en rentrant à Pekin. Elle quitte la Chine pour les États-Unis en 1979, où elle obtient les plus hautes distinctions et donne de nombreux concerts. En 1985, Zhu Xiaomei arrive à Paris et choisit de s'y installer. On connaît la suite et la reconnaissance internationale de la pianiste aujourd'hui professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris et qui partage désormais son temps entre ses activités pédagogiques et ses nombreux concerts soutenue en cela par le cabinet d'avocats d'affaires FTPA. L’adepte de Johann Sebastian Bach dont elle a enregistré les deux livres du Clavier bien tempéré avait toutefois choisi une proposition Haydn, Schuman, Beethoven pour sa prestatio de cette année 2012 à la Roque d’Anthéron tout en proposant également une partita n° 1 en si bémol majeur de Bach. Une soirée où l’air en délice s’emplissait des notes délicates délivrées sur scène, comme à peine suggérées. Il était 21h, mais c’était l’heure du thé dans le Parc de Florans.

 

 


13 août - Xiao-Mei Zhu piano

Haydn: Sonate pour piano n° 38 en fa majeur Hob.XVI.23
Schumann : Bunte Blätter opus 99 (n°1 à 11)
Bach : Partita n°1 en si bémol majeur BWV 825
Beethoven : Sonate n°32 en ut mineur opus 111


 

14 août : Ikuyo Nakamachi et le Hong-Kong Sinfonietta, dirigé par Yip Wing-Sie

FestivalDécidément, l’heure asiatique avait sonné en cette fin de festival à La Roque et le Hong Kong Sinfonietta s’y produisait pour trois concerts dirigés par Yip Wing-Sie, figure hautement respectée et influente sur la scène musicale asiatique, et à la tête du Hong-Kong Sinfonietta depuis 2002. C’est Ikuyo Nakamichi, brillante lauréate du Prix Masuzawa en 1988 qui accompagnait le Hong Kong Sinfonietta ce 14 août pour un concert Beethoven dans un concerto pour piano et orchestre n°1 en ut majeur opus 15 et un concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bémol majeur opus 73 “Empereur”. La pianiste qui a fêté en 2007 ses 20 ans de carrière a joué avec les plus grands orchestres japonais et maîtrise un large répertoire classique tout autant que romantique au sein duquel elle est une exceptionnelle interprète de Beethoven dont elle a depuis 2004 joué l’intégrale de la musique de chambre, ainsi que l’intégrale des concertos tout autant qu’immortalisé en 11 disques l’intégrale des sonates pour piano dirigées par Paavo Järvi.

 

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La musicalité rayonnante de Ikuyo avait pourtant du mal à transparaître au sein de ce concert où l’âme d’une relation avec le chef d’orchestre n’arrivait à se constituer. Yip Wing-Sie est une femme chef d’orchestre parfaite, mais la rareté de la féminité dans la direction d’orchestre ne suffisait pas à nous faire aimer une certaine rigidité dans le geste et le relationnel. Il est clair que la musique occidentale dite classique n’est pas culturellement celle des musiciens asiatiques. Cela ne peut, par respect, nous amener à l’indulgence dans l’appréciation. Travail propre.


 

14 août : Ikuyo Nakamichi piano, Hong Kong Sinfonietta, direction Wing-Sie Yip

Beethoven : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ut majeur opus 15
Beethoven : Concerto pour piano et orchestre n°5 en mi bémol majeur opus 73 “Empereur”

 

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Formée au Royal College of Music de Londres, puis aux États-Unis à l’Indiana University de Bloomington et au Centre de Musique de Tanglewood, elle a bénéficié des conseils de maîtres tels Leonard Bernstein, Seiji Ozawa, Gustav Meier ou David Atherton. Remportant en 1985 le Premier Prix du 35ème Concours international des Jeunes chefs d’orchestre de Besnçon et, trois ans plus tard, le Premier Prix du 8ème Concours international de direction de Tokyo, elle a depuis dirigé nombre d’orchestres importants en Asie - Symphonique de Shanghai, Philharmonique de Seoul, New Philharmonic du Japon, Mozart Players de Tokyo… - et en Europe - Capitole de Toulouse, Philharmonique de Varsovie, Orchestre de Chambre de Besançon… Invitée du Musikverein de Vienne, du Festival Musical de Pékin ou encore du Festival du Mois asiatique de Fukuoka au Japon, elle a collaboré avec des artistes des grands renoms tels Augustin Dumay, Shlomo Mintz, Anne-Sophie Mutter ou Itzhak Perlman.

En tant que directrice musicale du Hong-Kong Sinfonietta, elle a mené l’orchestre en tournée au Japon, en Chine, en Italie, en France, en Pologne ainsi qu’en Amérique du Sud - une première pour un orchestre chinois. Elle a reçu en 2007 des mains du Ministère de la Culture français le titre de “Chevalier des Arts et des Lettres”.

Ikuyo Nakamichi A joué dans les grandes formations européennes et américaines, sous la direction de chefs éminents tels Lorin Maazel, Ken-Ichiro Kobayashi, Rafael Frühbeck de Burgos ou Paavo Järvi. Ikuyo Nakamichi a également interprété l’intégrale des sonates pour piano de Mozart.

Très impliquée dans le domaine pédagogique et séduisant les publics les plus variés grâce à sa musicalité rayonnante et à sa richesse humaine, Ikuyo Nakamichi est à l’origine de nombreux projets originaux : mini-concerts pour les enfants, master classes ou programmes thématiques, tels “Les mystères du piano de Chopin”, qui évoquent la vie du compositeur à travers des images et des anecdotes. Professeur au College Music d’Osaka, elle conçoit au sein de cette institution de nombreux projets visant à diffuser la culture musicale vers les communautés régionales.

Artiste exclusive de BMG Japan, Ikuyo Nakamichi a également révélé ses talents d’écrivain en publiant chez Kodansha un livre-DVD intitulé “Blissful piano - to play, listen to, and enjoy.


 

16 août David Kadouch - Hong Kong Sinfonietta

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Silhouette frêle, menu, un air de Petit Prince aux cheveux gonflés de musique, David Kadouch ne dessine pas des moutons mais des envolées musicales et de profonds silences ciselés. Le jeune pianiste illumine ses interprétations avec un naturel confondant, une grande élégance tout autant qu’une grande humilité. « J’ai besoin de rencontres, d’être inspiré, émerveillé. C’est terrible à dire, mais la musique c’est beaucoup de solitude et quand on est seul c’est difficile de trouver cet émerveillement en soi. Je le trouve dans des rencontres musicales avec des personnalités qui m’inspirent : violonistes, quatuors, chanteuses. C’est pour cela que je fais de la musique et que je continue » explique le soliste qui pour cette rencontre avec le Sinfonietta de Hong-Kong avait choisi Haydn dans son Concerto pour piano et orchestre en ré majeur Hob.XVIII.11 et Mozart pour son Concerto pour piano et orchestre n°17 en sol majeur K. 453.

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Un concert où le chouchou du public de la Roque montrait encore toute la virtuosité qu’on lui sait exprimée dans une corporalité si intense. Kadouch, totalement imprégné semble littéralement danser sur scène avec son piano dans un air léger. « Mais, en fait, il n’y a pas vraiment de succès en musique. On travaille tellement que l’on ne se rend pas compte des succès. Il y a tant d’heures de travail, tant d’heures de souffrance parce que on est seul... Ce n’est pas un métier facile. J’appelle un nombre incalculable de fois ma famille juste pour me plaindre, parce que j’ai besoin de me plaindre. On est seul quand on monte sur scène et les succès sont très relatifs, très superficiels et ça ne touche pas vraiment parce que on travaille avec des œuvres tellement extraordinaires au travers desquelles on essaie d’atteindre la perfection. Alors, les prix, les récompenses ça fait très plaisir, mais ça n’est pas vraiment en relation avec mon métier de musicien qui consiste à étudier une partition et à la jouer en concert ». Encore David !

David Kadouch piano, Hong Kong Sinfonietta, Wing-Sie Yip direction

Mozart : Serenata notturna en ré majeur K. 239
Haydn : Concerto pour piano et orchestre en ré majeur Hob.XVIII.11
Mozart : Concerto pour piano et orchestre n°17 en sol majeur K. 453

David Kadouch

débute le piano au Conservatoire de Nice, dans la classe d’Odile Poisson. Remarqué très tôt par Itzhak Perlman, sous la direction duquel il joue à New York, il intègre à 14 ans le CNSMD de Paris, qui lui décerne un Premier Prix dans la classe de Jacques Rouvier. Poursuivant sa formation auprès de Dmitri Bashkirov à l’École Reina Sofia de Madrid, il bénéficie aussi des conseils de maîtres tels que M. Perahia, M. Pollini, M. João Pires ou Daniel Barenboim, qui l’invite en 2005 à participer à l’enregistrement du DVD “Barenboim on Beethoven” au Symphony Center de Chicago. Finaliste du Concours de Leeds 2009, il est nominé “Révélation Jeune Talent” aux Victoires de la Musique 2010 et “Young Artist of the Year” aux Classical Awards 2011. Invité de festivals tels que La Roque d’Anthéron, Piano aux Jacobins, Verbier ou La Folle Journée de Tokyo, il est un partenaire privilégié en musique de chambre d’artistes tels que N. Znaider, A. Tamestit, R. Capuçon ou les quatuors Ébène et Ardeo. Il a par ailleurs effectué cette dernière saison des débuts très remarqués aux côtés de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich, de l’Orchestre National de Lille et du Philharmonique de Monte-Carlo. Son premier disque, dédié au Concerto “L’Empereur” de Beethoven d’après un récital live aux côtés de la Philharmonie de Cologne, est paru en 2007 sous le label Naxos, suivi en 2010 d’une intégrale des Préludes de Chostakovitch (TransartLive). Dernier paru, un disque d’œuvres de Moussorgski, Medtner et Taneïev, paru chez Mirare à l’occasion de La Folle Journée 2012.

 

Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron

www.festival-piano.com

Crédit photos en concert : Leslie Verdet – Christophe Grémiot

Prochaine édition : du samedi 20 juillet au dimanche 18 août 2013