La foire de Bâle est bien l'olympiade des expositions

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Pour son 40eme anniversaire, cette foire spectaculaire reçoit, cette année, plus de 60.000 visiteurs.

Le hall principal est sponsorisé par le géant UBS, la plus grande banque du monde, dont la perte de 20 milliards de dollars et ses démêlés avec le Trésor américain n'ont pas gâché le goût pour les beaux arts.

 

Vous avez dit "crise" ? Eh bien, à Bâle, le monde des arts se porte bien !

- "Excusez moi Madame mais je vois que vous avez beaucoup de prenants mais vous n'avez pas mis de points rouges" (les points rouges signifient qu'une œuvre est vendue). La question est posée a Madame X, de la galerie Y. La sensibilité du sujet ne permet pas la publication du nom, comme on dit dans le lingo mediatiaque

- "Eh bien Monsieur, par souci de discrétion, on fait profil bas...

- "Donc le marche est porteur ?"

- "Regardez" !

Elle ouvre son beau cahier en cuir de vachette : les prix de ses artistes, la plupart ne sont pas des vedettes mondiales, oscillent entre 45 et 55.000 €. Il y a assez de points rouges pour vous donner la scarlatine !

Alors commençons la visite du Grand hall ; foule nombreuse, énergique, curieuse, mais sans l'hystérie du vernissage et tout se passe de bon aloi. On entend parler, en ordre décroissant l'allemand, l'italien, l'anglais, le français. Pas l'arabe, ni le russe, ni l'hébreu...

Le public est très mélangé. Plutôt jeune, plutôt féminin, tenues populaires mais pas négligé. Les jeans, c'est surtout pour les américains. De temps en temps un couple Monsieur costume bleu sur mesure, Madame tailleur gris. Sans le chauffeur leur ouvrant la porte de la Mercedès, on aurait dit un couple comme tout le monde.

Attention, Art Basel, c'est le Wall Street de l'art et l'innocence vous quittera dès que vous approfondirez vos dossiers. Vous voulez un Picasso ? Il y en a. Vous voulez un Matisse ? On en trouvera. Un Klee ? Un Egon-Schiele ? Pas de souci. Etc, etc.

Plus les noms sont percutants, plus les stands les abritant sont grands, la conversation chuchotante. On est en présence d'œuvres qui « pèsent » plus d'argent que votre caisse d'épargne !

Au hasard, parce que l'ordre est impossible dans cette profusion de richesse, mentionnons : Galerie S. Friedman, Londres. L'artiste David Shrigley : un socle de marbre gris, format cimetière moyen, gravé en lettre dorées Bread, Milk, Cornflake, Baked beans, Tomatoes, Aspirin, prix ? Non communiqué. Ou encore, dans la même galerie, trois miroirs, grandeur roue de charriot avec des inscriptions en arabe, intitulés Death Gate.

Lisson Gallery (Londres), artiste : Tony Crag. Trois figurines en bronze sans titre.

Extraordinaire ; Galerie Boerski (Pekin), par Lin Wei, homme de 39 ans. Un château en Chine, bâti en peau de bœuf très mince, pratiquement un carpaccio transparent, couleur blanc-jaunâtre. En fait il s'agit de multiples forteresses et maisons, sans doute existantes quelque part en Chine. Il travaille avec 15 assistants et, a ce qu'on dit, les Saatchi (collectionneurs renommés en Grande Bretagne) ont acheté le château. Monsieur Lin Wei n'a plus rien a craindre : fini le travail au paddy rice !

"Add elegance to your poverty" nous conseille la Fontana Gallery de Milan par les soins de Monica Bonvicini, en nous lançant pour cela une palissade noire mal dessinée. Toujours chez Fontana, dans une grande boite de plexiglas transparent, minuscule dentition en or (?) de Larry Gagosian. Appuyez sur le chiffre 1, dédicace ; Larry Gagosian is a person too.

Encore chez Fontana, Rob Pruity est allé porter personnellement 78 toiles marrons pour divers signataires. Je reconnais la signature de Jacques Chirac, Valentino, Roberta Smith, etc. En France, on appellerait cela "A la recherche du temps perdu".

Galerie Templon (Paris) Shetty Shudarshan fait tremper des peaux dans l'encre rouge. Hélas, ça ne prend pas... M. Shetty est invité a visiter Florence au XVème siècle pour voir comment les Florentins maitrisaient la technique de la laine dans des vaisseaux colores en rouge, mouillés dans l'Arno, ou bien il est prié de se rendre au Maroc, ou encore aujourd'hui, dans des grands bains sulfureux colorés, les tanneurs travaillent pied et corps dans cette eau empoisonnée, vivant en moyenne 40 ans.

Extraordinaire vidéo de 4 Russes et 70 figurants chez Marco Noire Contempory Art (Turin). C'est Satyricon, l'œuvre de l'ancien poète de Nero Petronius, le slave devenu milliardaire qui n'est autre qu'un grand festin se déroulant pendant quelques jours dans un site qui combine la mer et la montagne ou les figurants sont comme dans la vidéo, noirs et blancs, les invités se mélangeant corps et âme avec le staff. C'est un continuo des mouvements fluides et gracieux, un peu comme si des statues classiques se réveillaient a la ville, se touchent, érotisme a fleur de peau. 69 minutes, qui vous transposent dans l'au-delà.

Chez Massimo Minini (Breschia), Vanessa Beecroft, photos de jeunes femmes nues, Blanches Neige des temps modernes, pourtant innocentes.

A 15 minutes de la en Tramway, on visite la foire off SCOPE. Mark Sichel, galerie de Bâle, a crée des images en liquide plastique a l'intérieur d'une boîte transparente. Une danseuse se produit devant une image qui n'est autre que la Vierge Marie. Dans une autre boîte, une jeune dame échappe de justesse à une hache tranchante, qui descend toutes les trente minutes (parfait pour rendre schizophrène).

Les frères Gao (Pekin et bientôt Paris) nous montrent des photos de Performances : rencontre entre Mao et Staline, Sadaam, Bush grandeur nature, couleurs sombres.

Un autre photomontage d'une cabine téléphonique emprisonnant son interlocuteur.

Daniel Glazer et Magdalena Kunz (Pagliachi art, Turin) ont range six têtes illuminées par des petites sources de lumière, qui déclenchent d'une façon alternative, des mouvements du visage. C'est fascinant et on veut toucher ces têtes pour vérifier si elles sont mortes ou vivantes.

On passe à une autre foire off VOLTA, en face du Palais Central.

A propos, parmi toutes les œuvres d'art, les créations de génie, les trouvailles fascinantes, les sculptures envoutantes, les organisateurs ont choisi, horreur ! une énorme pièce a l'entrée du Palais Principal, qui ressemble a des excréments.

Galerie Dresner (Tel Aviv)

Beau travail d'Elon Ganor, des photos de la mer morte et de la méditerranée, pendant des journées de Chamsin (le vent chaud du désert), ceci a travers une petite ouverture qui rend l'Homme et la mer symbiotiques.

Voses Gallery (Francfort)

L'opera de Lille, photomontage de Martin Liebscher ; tous les spectateurs sont identiques, habilles en gris.

Ou encore le photomontage de Cueto Projet ; toute la ville de New York est devenue un travail énorme et impressionnant.

Toujours à Volta, photomontage de 5 dames chinoises en tenues d'Eve avec salles de bains et robinets. De toute évidence, métaphore des Demoiselles d'Avignon.

Galerie Hohental und Bergen, H.G Oroschakoff ; exhibition des membres de corps humains, prêts a être greffés. Travail sombre et rigoureux. Médecins, c'est pour vous

Galerie Da Xiang Art Space (Taiwan), artiste ; Ni Tsaichin.

Une grappe de boules blanches, sculpture très esthétique, on a envie d’y gouter ou encore dans le même groupe, les empreintes digitales de Zhang Yu.

Les peintures et dessins de la Galerie Esnol, artiste H.Craig Hanna (Paris). Des fresques humaines, seules ou en groupe, un maitre contemporain, qui nous rappelle les grands classiques. La peinture figurative est décidément de retour.

Revenons quelques instants au hall Central ; Galerie Urs-Meile (Pekin), artiste Xia-Xiaowan.

Corps humain a l’intérieur d’une boite en plastique ? Non. Quatorze panneaux superposés créant l’impression d’un corps humain bien conserve. D’un cote un homme, en le retournant l’image devient celle d’une femme. Tous les deux attendant la résurrection.

Galerie Konig (Wien). Jeune homme occupé a terminer une énorme toile blanche en crayon monochromatique, des têtes et des corps s’entremelant avec des slogans politiques ‘Stop Making Millions” ‘There is Hunger’, etc.

Pour finir, un mot sur le Deitch Projects (New York). Des murs entiers couverts par Francesco Clemente, le voyage dans son style unique, rempli de couleurs polarisées, d’un Cœur déjante.

Il y a donc une explosion d’idées, d’opinions, de crédos. Tant de visions diverses du monde, tant de talents, tant de dur travail mais aussi de l’amateurisme. Le pinacle du génie se trouve toujours chez les grandes galeries ; Acquavella, Thomas Freeman, il manque Castelli, le Prince parti tôt, pour nous refaire une santé avec Jasper John et Rauschenberg.

Un bémol strident : un qui a combiné l’infantilisme avec le manque de talent, la maladie et le malade, un qui représente le malaise de ce siècle, vendu pourtant pour des millions, ‘poussé’ par des arbitres noirs de la peinture tels Gendelzhauer (feu directeur du MOMA), Wharhol. Mais oui c’est Basquiat.

Et si vous doutez, mettez une de ses ‘œuvres’ a cote du gribouillage d’un enfant de six ans frappé de paralysie cérébrale ; combien sauront choisir juste ?


par Peter Hermes