Nice Jazz Festival, on prend les même...

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Imaginons que le Festival d'Avignon obéisse aux mêmes règles qu'un festival de jazz. En 2012, on y reprendrait, pour la quarantième fois, Le Cid dans la cour d'honneur et les jeunes acteurs continueraient à interpréter Lorenzaccio comme Gérard Philippe en 1952 ! Une telle hypothèse est inimaginable, me direz vous, les théatreux du in ou off et les aficionados ne manqueraient pas de secouer le cocotier, comme ils l'on fait en 1968.

 

Il faut donc croire que chez nous le mot festival à une perception différente quand on parle de théâtre ou de jazz. Là, on prend le risque de choquer car la préoccupation première est d'être dans le mouvement de la vie, ici, les yeux braqués sur la fréquentation, on se contente de servir la soupe commune concoctée par des agents et des tourneurs. De Marciac à Vienne, d'Antibes à Monte-Carlo, le menu est le même et personne, semble t-il, ne trouve à redire.

Prenons en exemple, le Nice Jazz Festival, nouvelle version (du 8 au 12 juillet dernier). Après moult péripéties il est passé, depuis deux ans, sous le contrôle de la mairie qui n'avait pas été avare de critiques vis à vis du dernier gestionnaire quant aux choix artistiques de ce dernier. Pourtant, au final, ce qui est proposé consiste à appliquer les recettes des prédécesseurs en faisant appel à des musiciens qui, pour deux tiers d'entre eux, se sont produits sur une scène du département (Nice, Antibes, Vence, Cannes...) au cours des cinq dernières années (1).

Ce souci de plaire au supposé choix du public local obère toute démarche de recherche et de prise de risque. A terme, l'image de la manifestation risque d'en pâtir. Si la mairie n'y prend pas garde, le festival de jazz de Nice risque de rejoindre la cohorte des sympathiques et désuètes manifestations locales, comme la fête des mais ou le carnaval.

Ces préalables posés voyons la trace qu'a laissée dans notre mémoire ces cinq nuits de concerts entre la place Masséna et le Théâtre de verdure...


Dimanche 8 juillet : les femmes d'un coté, les hommes de l'autre...

Tandis que la scène Masséna était dévolue au chant féminin (China Moses, sa mère Dee Dee Bridgewater et Eryka Badu), le Théâtre de verdure était le domaine des hommes avec, en ouverture, groupe niçois New Meeting quartet (2). Dans la lignée de leur récent album Lusitania, il a offert une prestation élégante où le dialogue entre l'accordéon et la batterie évoquait des sonorités venues du Brésil ou des Antilles.

Ibrahim Maalouf

Changement brutal d'ambiance avec le septet d'Ibrahim Maalouf (3) pour un concert inattendu :un hommage à la musique des années 70, entre Miles Davis de A Tribute to Jack Johnson et Led Zeppelin. Ce répertoire a permis à son guitariste (François Delporte) de produire des des riffs à la Jimmy Page. Quand l'orchestre revient à des sonorités orientales, c'est Youen Le Cam, joueur de biniou, qui tient le devant de la scène. Après ce set bourré d'énergie, le public était suffisamment chaud pour accueillir le quartet Eddie Louis/Richard Galliano (4). Malheureusement, la tension est vite retombée. Galliano a fait l'essentiel du job tandis qu'Eddy Louis restait en retrait en se contentant d'accompagner ses comparses. Cette prééminence de l’accordéoniste ne manqua pas de réjouir le nombre croissant de personnes pour qui le piano à bretelles n'est pas uniquement l'instrument avec lequel Yvette Horner joue Perles de Cristal.

Richard Galliano et Eddy Louis

Lundi 9 juillet : Choix cornélien : Porter ou Redman ?

Cette journée fut, de notre point de vue, la plus riche du festival.

En première partie de soirée nous avons été séduits par la prestation de Bernhoft. Ce jeune norvégien, tout seul sur la scène Masséna, a su capter l'attention du public grâce à son look de Tintin déjanté et surtout grâce à ses qualité vocales. Il utilise toutes les techniques modernes de l'homme orchestre en passant du clavier à la guitare ou au yukulélé et maîtrise parfaitement l'usage du sampler. Sa voix est celle d'un chanteur de soul qu'il met au service de mélodies originales et pourtant familières à notre oreille.

Bernhoft (c)BB

Il était suivi, sur la même scène, par le non moins remarquable Gregory Porter, auréolé par sa réputation et le succès de son fameux 1960 What? Programmé dans de nombreux festivals de l'été, de Montréal à Marciac en passant par Nice et Paris, il était très attendu et cette attente ne fut pas déçue. Sa voix envoûtante de baryton le rapproche des grand chanteurs de soul, Marvin Gaye ou Sam Cooke, avec un petit quelque chose en plus : des textes très écrits. Ses chansons ne sont pas des bluettes mais des protest songs où tout est allusif. Ainsi dans 1960 What?, il est question de la situation sociale et raciale de Detroit et de l'assassinat de Martin Luther King sans que la ville ou le leader noir ne soient cités. Son show sert autant la great black music que le jazz main stream. Quand il sort de son propre répertoire, c'est pour redonner vie à des standards usés comme le Work song de Nat Adderley. De son orchestre (5), réduit mais efficace, nous retiendrons le jeu tonique du jeune saxophoniste japonais, Yosuke Sato.

Gregory Porter

Pendant que Gregory Porter enflammait Masséna, le trio The Bad Plus (6) et le saxophoniste Joshua Redman rivalisaient de virtuosité face au public du Théâtre de verdure. Il fallait donc être doté d’ubiquité pour pouvoir profiter de ces deux événement simultanés .Le répertoire interprété par ce trio plus un relevait d'avantage des premiers que du second. Entre The Bad Plus qui se joue des conventions en navigant entre toutes les formes musicales nord américaines contemporaines et le saxophoniste hyper doué, le courant ne passait pas toujours, chacun restant dans son univers. Au final, le plus malin a gagné, grâce à un long solo aux accents coltraniens qui ne pouvait qu'emporter l'adhésion du public. Il nous revenait alors en mémoire une question qui fait débat chez les amateurs. Pourquoi ce saxophoniste si talentueux n'est pas devenu le Parker ou le Coltrane des années 2000 ? En quoi sa formidable virtuosité le dessert-elle ?

The Bad Plus featuring Joshua Redman

Cette riche soirée aurait dû s'achever en apothéose avec le concert de l'orchestre d'Herbie Hancock (7). Il n'en a rien été. Le concept « An Evening with Herbie Hancock and His Band » que le pianiste a conçu pour son actuel tour du monde est assez déconcertant. Chaque morceau est entrecoupé de petites conférences où le pianiste parle de tout et de rien. Quant il passe à la musique, c'est pour sauter d'un piano classique de très bonne facture au fender rhodes sans oublier le Roland AX-Synth (à l’aspect d'une guitare électrique munie de touches). Les démonstrations de virtuosité rythmiques et la succession de performances individuelles du leader et de ses accompagnateurs finissent par tourner à vide. On commence alors à s'ennuyer comme à un concert de musique classique des JMF de notre enfance...

Herbie Hancock

Mardi 10 juillet : une Beth de scène et un rendez vous à la Nouvelle-Orléans.

La scène Masséna en début de soirée accueillait Beth Hart, chanteuse ayant une certaine notoriété chez les les amateurs rock, qui ne s'était jamais produite dans le Sud de la France.

Dans un répertoire entre blues et rock, sa voix puissante et nuancée, son énergie ainsi que sa présence sur scène rappellent Janis Joplin dont elle a interprété le rôle dans une comédie musicale en 1999. Au delà de son personnage de bad girl et du répertoire qui y correspond, on sent chez cette californienne l’énergie et la détermination issue d'années de galère dans de petits clubs. Son émergence au premier plan, grâce à un disque de reprises (8) réalisé avec le guitariste Joe Bonamassa, a été un des événements du Nice jazz Festival.

Beth Hart (c)BB

Tinariwen, groupe malien qui a pris la suite de Beth Hart tourne fréquemment en France. Depuis la mort d'Ali Farka Touré, ces musiciens sont les plus éminents représentants du blues du Mali du Nord. Tinariween qui se pose en ambassadeur du peuple touareg, en général ne manque pas de s'exprimer sur ce thème quand il en a l'occasion. On aurait donc aimé l'entendre à propos de la situation que connaît leu pays et des exactions qui commettent des fous de Dieu. Il a choisi de ne pas le faire, dès lors, leur concert devenait presque incongru et provoquait un certain malaise que nous avons décidé de briser en allant écouter au Théâtre de verdure, Dr John qui, avec tous ses gris-gris de pacotille, a l'avantage de ne pas se prendre au sérieux.

Tinariwen (c)BB

Dr John qui porte allègrement ses soixante-douze ans est accompagné par son groupe habituel, Lower 911 (9). Son entrée sur scène est saisissante. Il en impose avec son chapeau, ses lunettes noires, son costume rayé lie-de-vin et sa canne parée d'amulettes. Cette entrée est rendue encore plus fracassante par le niveau sonore qui se situe juste en deçà de la limite du tolérable. Ils enchaînent ainsi les morceaux dans un show réglé au cordeau que nous aurions sans doute tout autant apprécié avec un volume sonore moins agressif. Dr John revisite ainsi l'ensemble sa carrière, de ses premiers succès (Right Place, Wrong Time) à ses compositions récentes issues de ses CD, Tribal (2010) et Looked Down (2012), sans oublier quelques classiques de la Nouvelle Orléans.

Dr John

Pour le dernier set de la soirée au Théâtre de Verdure, on reste à la nouvelle Orléans avec un autre héros de la série télévisée Treme, Trombone Shorty et Orleans Avenue (10), tandis que l'ingénieur du son a toujours bloqué la puissance sur la position maximum. On connaît bien Trombone Shorty à Nice, où il a des fans, puisqu'il était déjà là en 2011. En un an, son show s'est perfectionné. Il a une réelle présence scénique et il a belle allure avec son Marcel noir qui met en valeur ses biceps. Il lui arrive également de chanter et même de rendre hommage aux pères fondateurs du Jazz en interprétant On The Sunny Side of The Street. Même si sa technique est impressionnante aussi bien au trombone qu'à la trompette, ses compositions relèvent toujours d'un funk binaire qui devient vite lassant.

Trombone Shorty band avec Troy Andrews

Mercredi 11 juillet : enfin du jazz, du vrai

Ce soir là, pas d'hésitation, c'est au Théâtre de verdure que cela se passe, avec deux vénérables légendes du jazz et une respectable légende locale. Commençons par le benjamin.

Sébastien Chaumont et ses camarades (11) animent depuis quelques années les différents lieux niçois (bars, caves, restaurants, etc;) où l'on peut écouter du jazz, en fin de semaine. Il faut que ces musiciens aient l'amour de leur art chevillé au corps pour pouvoir continuer à « faire le métier » dans ces établissements quand on sait ce qu'y sont les cachets, les conditions d'écoute, la justesse des pianos... Il était amplement mérité que ces soutiers de la note bleue connaissent la lumière du Nice Jazz Festival en début de soirée et accèdent à un public plus vaste que leur poignée de fidèles du Sezamo, de la cave Romagnan ou du B Spot.

Seb Chaumont quartet avec Olivier Slama Sebastien Chaumont et Max Miguel

Le groupe offre une palette de compositions originales, dans un style be bop et hard bop sans bavures qui témoignent autant de son refus de la facilité que de sa cohésion. A mi concert, Sébastien Chaumont fait venir sur scène un chanteuse, Shirley Bunny Foy, vieille dame, bien connue du milieu jazzistique local, pour une interprétation très émouvante d'un standard de Bessie Smith.

Le trio de Ron Carter (12) qui suit les niçois poursuit dans la même veine, celle d'une approche exigeante du jazz, d'abord par la formule du trio acoustique (basse, guitare piano) qui ne prête pas à la fantaisie, ensuite par la tenue des musiciens (costume noir, chemise blanche et cravate mauve) plutôt conforme à la salle Pleyel qu'au débraillé d'un festival de l'été. Malgré ce décalage entre la scène et les spectateurs, le lien s'établit. Le public ralentit légèrement ses allers-retours entre les gradins et les proches stands de bière et de sandwiches, les portables faiblissent et les conversations diminuent de volume pour qu'enfin nous puissions entrer dans l'univers raffiné de Ron Carter et de ses compagnons. Leur répertoire est composé de standards (My Funny Valentine, Body and Soul) qu'ils renouvellent sans effets inutile. En définitive, avec plus de subtilité et de force que son cadet de trois ans, Herbie Hancock, Carter s'est livré devant nous à une sorte de leçon sur l'apport du jazz à la culture musicale.

Ron Carter et Russel Malone

Quoi de neuf chez Ahmad Jamal (13), depuis son dernier passage à Nice, l'an dernier ? Un changement de bassiste : Reginald Veal au lieu de James Cammack et un nouveau disque, Blue Moon, sorti en France au début de cette année. Les morceaux de ce CD ont constitué l'essentiel du concert. Comme d'habitude, la prestation du quartet était parfaite et sans surprise, sauf pour ceux qui le découvraient et qui donc pouvaient être intrigués par la la manière dont le pianiste dirige ses musicien, littéralement au doigt et à l’œil. On remarquait cependant une certaine fatigue du leader qui laissait un peu plus d'initiative que naguère à Manolo Badrena, l'homme au mille clochettes, sifflets et tambourins.

Jeudi 12 juillet :soirée de dupes

Dans toutes les manifestations d'une certaine durée, il y a toujours une date plus faible que les autres. Au Nice Jazz Festival c'était la dernière. Pas de chance pour ceux qui s'étaient réservés pour le final !

Harold Lopez Nussa (c)BB

Cela avait pourtant bien commencé sur la scène Masséna avec la prestation de Harold Lopez Nussa, jeune et talentueux pianiste cubain et de son orchestre (14). Depuis qu'il a rejoint le circuit international, il a accumulé toutes sorte de prix (15) à des concours internationaux. Il suscitait donc une réelle curiosité. Ces jeunes musiciens ne manquant ni d'énergie ni d'inventivité, nous nous préparions à une belle découverte. Par exemple, le percussionniste ( Ruy Adrian Lopez Nussa) a démontré que, d'une une simple caisse en contre-plaqué, on peut faire jaillir un torrent rythmique. Le peu que nous avons pu écouter semblait donc prometteur, malheureusement, il ont dû déguerpir après 35 mn en raison du changement de plateau. L'enchaînement et la durée des concerts du Nice Jazz Festival constituent une machine infernale qui frustre aussi bien le public que les musiciens. Quel intérêt y t-il de faire venir un orchestre de Cuba pour une prestation aussi courte ?

Au Théâtre de verdure, étaient annoncés deux musiciens appartenant au courant soul. Pour l'occasion, comme pour Dr John et Trombone Shorty, la sono avait été poussée à fond.

Robert Randolph(c)BB

Le premier, Robert Randolph, interprète à la pedal steel guitar des grands succès de la pop, en particulier quelques chansons de Jimmy Hendrix. Intéressante performance technique pour un résultat musicalement médiocre.

La seconde est Sharon Stones et son show qui rend hommage aux grandes chanteuses et chanteurs de rhythm and blues. De ces derniers, elle a gardé le meilleur, l'énergie, et le pire, le racolage du public. Comme elle ne manque pas d'abattage, son spectacle séduit pendant une ou deux chansons puis on se lasse.

Sharon Stones (c)BB

Ce festival s'achève avec une progression de fréquentation qui réjouit ses organisateurs : +13 % par rapport à 2011. Le public semble apprécier les concerts et le caractère bon enfant de la manifestation. Même les nostalgiques de Cimiez commencent à admettre que le centre ville n'est pas si mal. On peu en outre espérer que les quelques dysfonctionnements signalés plus haut seront atténués grâce à la future extension du site dans la « coulée verte » et la création d'une nouvelle scène

Saluons en outre la réelle place laissée aux musiciens de Nice, ce qui n'était pas le cas dans les précédents avatars de la manifestation. Grâce à cette initiative, ils auront certainement pu gagner en notoriété. Néanmoins, il ne faudrait pas que cet appel aux ressources locales ne soit qu'une manière déguisée de faire des économies.

Qu’arrivera -t-il le jour où le vivier de musiciens locaux sera épuisé ? On prend les mêmes ?

 

Bernard Boyer


(1) 16 % en 2012 ; 19 % en 2011 ; 12,5 %, en 2010 ; 15 %, en 2009, 2008 ou 2007 ; 37,5 %, jamais au cours des 5 dernières années

 

(2) Thierry Ravelli – accordéon ; Xavier Triviaux – piano ; Jean-Pierre Babarit – contrebasse ; Jean-Christophe Galliano - batterie

(3) Ibrahim Maalouf - trompette ; Yvan Robillard - Fender Rhodes ; Laurent David - basse ; François Delporte - guitare ; Youen Le Cam - biniou, flûte, trompette ; Yann Martin - trompette et Xavier Roger – batterie.

(4) Eddy Louis - orgue et fender rhodes ; Richard Galliano – accordéon ; Jean Michel Charbonnel – basse ; Francis Arnaud – batterie

(5) Gregory Porter – chant ; Chip Crawford -piano, clavier ; Aaron James – contrebasse ; Emmanuel Harold – batterie ; Yosuke Sato – saxo (alto).

(6) Ethan Iverson - piano, Reid Anderson - contrebasse, Dave King – batterie.

(7) Herbie Hancock – claviers ; Lionel Loueke – guitare ; James Genus – basse ; Trevor Lawrence – batterie.

(8) « Don't Explain », 2011

(9) Herman "Roscoe" Ernest III - batterie, percussion ; David Barard - basse ; John Fohl – guitare ; Kenneth "Afro" Williams – percussion ; John Cleary – claviers, direction musicale.

(10) Trombone Shorty (Troy Adrews) – trombone trompette vocal ; Dan Oestreicher - sax bayton ; Tim McFatter - sax ténor ; Pete Murano – guitare ; Mike ballard – basse ; Joey Pebles – batterie ; Dwayne Williams – percussions

(11) Sébastien Chaumont - sax alto ; Olivier Slama – piano ; Sébastien Lamine – contrebasse ; Max Miguel – batterie.

(12) : Ron Carter – basse ; Russell Malone - guitare ; Donald Vega – piano.

(13)  Ahmad Jamal – piano ; Reginald Veal (contrebasse) ; Herlin Riley - batterie ; Manolo Badrena - percussions.

(14) Harold Lopez Nussa - piano ; Felipe Cabreara - contrebasse ; Ruy Adrian Lopez Nussa -batterie ; Irving Acao – sax ; Maiquel Gonzalez – trompette.

(15) « Solo Piano Competition » du Festival de Jazz de Montreux en 2005, « Talent Jazz Adami » en 2011