Baden-Baden - Musée Frieder Burda. Tête-à-Tête Léger – Laurens1

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A l’orée du XXe siècle, les avancées considérables des sciences et de la technique avaient fait advenir en quelques décennies un monde nouveau, structuré par l’idée d’un progrès qui viendrait alléger considérablement, sinon faire disparaître, le poids de la condition humaine. L’ère de la vitesse et du déplacement prenait corps dans la grande aventure de la Modernité, qui avait déjà fixé sur l’histoire de notre évolution ses cliquets d’irréversibilité. Portés par cette dynamique, nombre de philosophes, d’écrivains et d’artistes furent parties prenantes de ce grand chamboulement de la pensée.

 

Dans les années 1910, Paris était un creuset où de jeunes esprits plein d’allant, audacieux et visionnaires, s’employaient, avec une incroyable efficience, à changer les codes de représentation que des siècles de conventions avaient installés dans l’hégémonie. Comme d’autres lieux de création, la Ruche de Montparnasse était mise en effervescence par l’énergie créatrice de ces intelligences en ébullition. C’est là que se rencontrèrent Fernand Léger et Henri Laurens qui, sans aller jusqu’à voir dans le progrès en marche une panacée universelle, partageaient un même enthousiasme et une semblable foi dans ses avancées.

L’exposition d’une grande cohérence conçue par Jean-Louis Prat au musée Frieder Burda met en évidence, dans les espaces lumineux de cette superbe architecture, de quelle manière, « au milieu de ces incroyables mutations2 », ces deux artistes ont su trouver, sans s’influencer ni se plagier l’un et l’autre, « sans revirements, des voies inexplorées et novatrices dans le domaine des arts plastiques ». Cette exposition ne donne pas à voir leurs œuvres dans « des confrontations abruptes » car leurs dialogues n’ont jamais été des joutes théoriques. Elle raconte de façon claire et passionnante comment et pourquoi ils ont apporté, « chacun dans une trajectoire personnelle, une identité sans équivalent à la peinture et à la sculpture de la première moitié du XXe siècle » et montre que leurs créations se rejoignent souvent, notamment dans « l’identification au corps par des stéréotypes » et témoignent, dans leurs différences, d’une même exigence.

Ce Tête-à-Tête, commencé dans la période cubiste et prolongé jusqu’aux questionnements des œuvres ultimes, « exprime la réflexion cruciale de ces deux créateurs qui ont participé à la métamorphose de l’histoire de l’art ». En atteste le dialogue que soutiennent, dans la clarté sans artifice de cet édifice resplendissant de sobriété, les deux chefs d’œuvres que sont l’imposante Composition aux deux perroquets de Léger et La grande Maternité de Laurens. Face à face inédit à voir absolument car, pour laisser le mot de la fin au collectionneur et mécène Frieder Burda, « les compositions aux couleurs fortes de (l’un) et le dynamisme des sculptures de (l’autre) sont profondément […] vivants dans l’architecture de ce lieu créé par Richard Meier, musée dédié entièrement au dialogue entre espace et lumière3 ».


Catherine Mathis


1 Un article sera consacré à cette exposition dans le prochain numéro de la revue PerformArts.

2 Jean-Louis Prat in Catalogue de l’exposition Tête-à-Tête Léger – Laurens.

3 Frieder Burda in précédemment.

Léger – Laurens. Tête à Tête

Du 23 juin au 4 novembre 2012

Musée Frieder Burda

Lichtentaler Allee 8b

76530 Baden-Baden

Tél. : 0049 (0)7221 39898 0

www.museum-frieder-burda.de