STANDARDS de PIERRE RIGAL

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Huit danseurs de hip-hop s’emparent d’un symbole du vivre ensemble, l’étendard, pour en faire un objet d’une étude dynamique et dansante. Le drapeau est-il un repli sur soi ? En posant la question, Standards cherche l’individu dans l’universel et l’universel dans l’individu.

Liberté, Egalité, Fraternité…

 


Rigal

Comment affirmer une identité de valeurs sans prôner le repli sur soi ? Question essentielle à laquelle la danse hip hop dans Standards veut répondre avec vigueur et inventivité, dans une architecture gestuelle orchestrée avec maestria par Pierre Rigal, orfèvre de l’espace chorégraphique. « Au sens propre comme au sens figuré, Standards pose cette question évolutive, parfois fuyante et met en scène huit danseurs de hip-hop qui vont former à eux seuls une population » explique le chorégraphe. Le drapeau qui, au sol, délimite les territoires et structure l’espace de la danse, devient ici l’étendard de toutes les contradictions. « De manière littérale et géométrique, les danseurs vont étudier avec leur énergie et leur grâce les proportions et les espaces de l’emblème national. Ils agrandissent et tordent les limites de ces territoires imaginaires dans lesquels le poétique absorbe le politique. La danse hip-hop, elle-même structurée par des modèles et des codes, devient l’outil ludique et dynamique de l’étude. Elle met en avant la subtilité, la complexité voire l’impossibilité de l’élaboration des définitions. »

Rigal

Architecture et graphisme

Dans standards la masse des corps représente le collectif, la population. Autant dire une entité mouvante et dynamique. Au sol, le rectangle lumineux aux allures d’étendard lui sert de territoire. « Je me suis inspiré de ce que j’observe de loin dans la société et la vie politique française. Il y a des choses qui me choquent ou me troublent. Sans idéologie, j’ai voulu m’emparer de ce drapeau peut être pour que l’on ne se le réapproprie pas et qu’il n’appartienne pas qu’à une certaine partie de la population ou qu’à une certaine pensée. Les définitions ne sont pas figées et les idées, les pratiques dans lequel se meut le corps social ne le sont pas plus mais vont, au contraire, dans une constante évolution avec des frontières physiques et psychologiques en mouvement permanent Le drapeau qui, au sol, délimite les territoires et structure l’espace de la danse, devient l’étendard de toutes les contradictions également ». Standards s’intéresse donc à l’expression de la singularité dans un monde où l’uniformisation de la culture et la normalisation des comportements ne laisse parfois guère d’échappatoire.

Rigal

« On essaie de donner des définitions, des critères, des modèles. On l’a vu avec le débat sur l’identité nationale qui, s'il n’était pas inutile n'a, me semble-t-il, pas fonctionné. En fait, on peut s’apercevoir qu’en voulant standardiser les éléments on fait surgir beaucoup plus la différence car les êtres n’arrivent pas à se ressembler tant que ça. »

Mais, quand il n’y a plus le drapeau fédérateur qu’ils ont déconstruit, les éléments humains de la masse après avoir cherché une singularité et mise en avant personnelle semblent arriver à une sorte de peur primaire, s’enroulent dans les trois éléments dissociés du drapeau disloqué devenu grisé, qui semblent autant de voiles protecteurs et sur lesquels apparaissent de pâles couleurs bleu-blanc-rouge. Puis, ils finissent par re-étaler au sol les trois bandes grisées ; Aux couleurs noir et blanc de l’histoire, humus en devenir ? « Sans pouvoir ni vouloir donner de message chorégraphique, Je pense qu’un spectacle, une œuvre chorégraphique ou théâtrale a d’autres outils pour exprimer quelque chose au-delà du rationnel du dicible et cela se situe plus dans les émotions. »


Geneviève Chapdeville-Philbert


Standards de Pierre Rigal – Cie dernière minute – Création Suresnes Cité Danse.

Danseurs : Julia Flot, Adrien Goulinet, Sandrine Lescourant, Yoann Nirennold, Camille Regneault, Julien Saint-Maximin, Marie-Kaae Schmidt, Joél Tshiamala

Festival de Marseille 15 juin 2012

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