Stéphane Couturier : PHOTOGRAPHIES

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Comme un entomologiste du patrimoine urbain, Stéphane Couturier, ex-photographe d'architecture, explore la ville. Entre fiction et documentaire, il la capture dans ses mouvements, là où l'ordre et le chaos font bon ménage dans le bruit et la fureur des chantiers. Le bâti historique rencontre grues et échafaudages ; les façades existantes se conjuguent et maçonnent le bâtiment idéal ; les zones pavillonnaires tentaculaires s'installent aux portes du désert. Le photographe plasticien observe l'envers de la ville, non plus vue de la rue, mais captée des sous-sols. Les négatifs parfois se superposent, fusionnent les formes et portent alors l'image bien au delà de la réalité figée qui, étrangement, semble se fluidifier.

 

 

exposition

De Barcelone à Paris, de Moscou à San Diego, de la Havane à Brasilia, l'archéologue urbain plonge dans les entrailles du tissu urbain, pointe les dégâts, se situe à tous moment au carrefour des différentes disciplines que sont l'architecture, l'urbanisme, la politique, l'économie, la sociologie : « La mondialisation est une question omniprésente dans mon travail » explique-t-il « Partout, dans le monde, les cités se ressemblent. Les centre-villes sont comme muséïfiés, les zones péri-circulaires les mêmes partout. En réalité, la métamorphose est continue. La ville est un organisme vivant. »

L'artiste expose depuis 1994 et travaille par série. La première Urban Archeologie montre la ville dans tout ses états de mutation. Puis, il s'écarte des centres, sonde les espaces périphériques et donne à voir Villes génériques puis Land Scaping sur l'urbanisation du désert. En 2005, il expose Melting Point, le début d'une nouvelle réflexion où l'enchevêtrement des images entraîne l'œil dans un flux de formes en perpétuel mouvement. La photographie n'arrête plus le temps. L'image a opéré sa mue. Hybride, elle installe définitivement la réalité éphémère dans une dynamique permanente et turbulente.

Tel un peintre, il joue des matières et des couleurs. Il travaille à la chambre et, comme au théâtre, converse frontalement avec ses sujets. Il fait disparaître les perspectives et traite ses images en aplats : « Le repérage est très important. Les ombres ne doivent pas être trop marquées. Le choix du point de vue est essentiel car il ne faut en aucun cas que quelque chose soit vu en premier. Ce qui m'intéresse, c'est le parcours du regard du spectateur. »

En effet, le regard ne parvient pas à se fixer sur les tableaux de Stéphane Couturier. Il balaye l'image, s'accroche, se perd, repère, repart, se suspend enfin à un infime détail, mais un instant seulement car toujours attiré ailleurs par ce qu'il aurait pu ne pas voir. Les grands formats, sans ciel, piègent l'œil dans le cadre. L'image se révèle fragment. Des modules combinables qui, à la manière du All Over de Jackson Pollock, peuvent se répéter à l'infini All over the world.


Sophie Latil


Stéphane Couturier Photographies jusqu'au 7 octobre 2012

Théâtre de la photographie et de l'Image

27 bd Dubouchage 06000 Nice tél. +33 0 497 134 220 www.tpi-nice.org