Journal de mes sabords

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Ouvertures quadrangulaires dans la muraille d’un navire,
les sabords servaient à aérer l’intérieur
ou au passage de la volée des canons.

Envie de dire
Avez-vous remarqué ? Ils disent « Je pense ». Dans les entretiens télé ou radio, plus leur vocabulaire est restreint plus ils commencent toutes leurs phrases par un « Je pense ». A ne renvoyer que la plus pâle image du plus banal discours dominant, ils devraient préférer « Je réfléchis ». « Pourquoi avez-vous fait ceci, ou cela ? » demande-t-on à l’artiste. Réponse type : « J’ai eu envie de ». Nous voici considérablement éclairés, n’est-ce pas ? Sans tomber dans le scatologique, des envies chacun en a chaque jour, qui ont trait aux besoins, ou aux désirs, ou aux deux. D’accord, phosphorer des petites cellules grises c’est plus fatigant. Mais n’auriez-vous pas quelquefois envie d’un peu penser ?

 

De la culture et de la communication… (comme le Ministère de)
Tout autre chose – comme ils disent à la télé quand pour la transition ils débordent d’idées, à ne plus savoir quoi dire. Libération titrait un jour sur une rencontre avec Vladimir Poutine : "La lecon de démocratie de Bush à son « ami »". Mon ordinateur pinaille sur la cédille : lecon n’existe pas. Faut (on peut) écrire le con ou leçon. Libé n’a pas choisi. Distraction, ou malice d’un rédacteur ? A vous de choisir la leçon qui vous convient.

Bling, blang, blog
Le même numéro disait que ça blogue (oui blogue, pas blague) sur la plate-forme de radio Skyrock. Sont 1,4 millions de 13 à 25 ans. (J’entends dire début 2006 à la télé qu’il y aurait plus de six millions de blogs ou blogues). Le blog comme opium du peuple. Chaque blog s’ouvre sur une pub : Tous ces jeunes gens « libres » (qu’ils croient) travaillent gratos pour la pub des golden viocs ! Tu blogues maintenant se dit. Mais tu déblogues à plein tube aussi. Glissement phonétique ordinaire en français de débloquer à débloguer : s’ils daignaient bloguer, les plus distingués linguistes vous le diraient. Un million quatre cents mille hommes femmes et enfants sandwichs, ça fait un peu « bouffe express », non ? (Oui. Je sais : en français on dit fast food). Vont tous être obèses de la cervelle – ou du cerveau… pour ceux qui l’auraient conservé. Après, toute cette graisse dans les yeux, comment lire un vrai livre, regarder une expo ? Un million quatre à gribouiller, 1 399 990 à écrire les mêmes banalités, et quelques dizaines (ma copine, ton copain) à lire. Bon, je concède qu’il y en aura bien une dizaine qui ont du talent ou qui sont là pour le travail, du Québec ou d’ailleurs. Ça diffuse, oui, mais pour ce qui est de communiquer, croyez pas qu’ils nous prennent pour des vases ? Sommes tous des objets-communicants. Envasés, nous sommes. Terrifiant « Syndrome des miettes ».

Totalement pub
En 2005, à la télé, j’avais remarqué une publicité Total. Comme il est normal dans la pub, vos sous nous intéressent, elle disait.. Cynisme total : Un pompiste aux petits soins endormait d’une berceuse ses clients. Sans doute était-il prévu pour l’été de les allonger sur une plage de sable d’or, sans aucune trace de pollution. Comment ? Que je vous parle de l’ « Erika » ? N’allez tout de même pas vous plaindre, vous qui avez échappé au tsunami ? Vous empêche de dormir ? Total donc, si vous souffrez d’insomnies, pour endormir les citoyens, vous dit ce qu’il sait faire. Rêvez. Vous êtes sur une plage dorée. Vous allez dormir avec une jolie blonde à la peau drôlement bronzée et vous lui chuchoterez « Erika, mon adorée… » Son parfum préféré ? « Jerrican ». Allez pas encore râler ?

par Marcel Alocco

(Pour 2005, in memoriam)