À l’école de la poésie

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Il est des rendez-vous annuels que l’on n’oublie jamais, la nuit de l’anarchie en est un indubitablement. Venus de tous les coins de l’hexagone, de Belgique, de Suisse, ils répondent présent à l’appel poétique et libertaire. Le Toursky ouvre ses portes, la foule, spectateurs, amis, fidèles, se délecte par avance, et la magie, rituelle, opère.

 

 

Un air de violon anime l’ombre, sensible, évocation à laquelle se joignent progressivement les autres membres de l’orchestre, doudouk, claviers, piano, clarinette, kanon…La voix de Richard Martin se croise avec le chant de Yerso, les mots peuplent le monde et le remodèlent. Nous entrons dans un espace qui échappe au temps, une bulle de poésie pure, miroir, mirage… L’affiche rouge d’Aragon, la Ballade des pendus de Villon esquissent les racines du poète Ferré, tant par la liberté de la forme que par l’inspiration éprise de liberté lucide, dessinant un univers où le refus devient création où chacun, « électricité consciente », trouve un nouveau souffle. Non, tant que les textes de Ferré seront servis avec une telle intelligence, jamais l’homme ne pourra être « mis au rang de la chose ». Richard Martin ne dit pas, il nous parle, avec les mots du poète, leur accorde la force de la confidence, de la conviction, vécue intensément. Madame la Misère, Le chien, Ils ont voté (sic), Ni dieu ni maître, La solitude, Les anarchistes, L’Anarchie, (donné en intégralité pour la première fois) trouvent par la grâce de l’acteur des modulations nouvelles.

 

Les textes, difficiles comme de grands fleuves capricieux, sont agencés avec finesse, trouvent des échos dans l’accompagnement musical dont la richesse et la pertinence soulignent les élans. On replonge aux origines même du sens de la poésie, création oscillant entre les inspirations apolliniennes et dionysiaques, toute de fougue ardente et de lyrisme subtil. Un art à la fois puissant et nuancé, digne du superbe acteur qu’est Richard Martin. Rendez-vous l’an prochain !

M.C

Spectacle donné au Toursky le 20 avril (Amour et Anarchie)