Il Trovatore à Marseille

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Nul ne peut se lasser d’Il Trovatore ! Les marseillais ont goûté, avec des fortunes diverses, aux délices du célèbre ouvrage de Verdi en Avril et en mai sur la scène phocéenne.

Opéra

Après les dix représentations très réussies en avril 2011 à l’Opéra National de Bordeaux puis à Avignon en janvier, Il trovatore de Verdi était à l’honneur sur de nombreuses scènes du Sud de la France avec le plaisir intact de retrouver la production de l’Opéra de Marseille, signée Charles Roubaud toujours en évolution depuis 2003. Le metteur en scène livre une lecture habile et sensible de l’ouvrage qui permet aux spectateurs de venir à bout d’un livret particulièrement alambiqué de Salvatore Cammarano. L’action est ici transposée à l’époque du Risorgimento, dans des décors particulièrement réussis de Jean-Noël Lavesvre, de beaux costumes de Katia Duflot, remarquablement mis en lumière par Marc Delamazières qui contribuent à souligner l’atmosphère si singulière de l’œuvre de Verdi où l’on ne cesse d’être confronté à l’oppression et l’enfermement.

Cette vision-là, quasi cinématographique se révèle particulièrement esthétisante et nous laisse séduire par quelques réminiscences du Senso de Visconti. Au pupitre, le maestro hongrois Tamas Pal, habitué des lieux sous l’ère Karpo, retrouve les forces musicales marseillaises avec l’œuvre de Verdi. Il offre une direction fade et peu inspirée de l’ouvrage, essayant tant bien que mal d’obtenir l’équilibre nécessaire entre la fosse et la scène. C’est peine perdue car l’orchestre se révèle bien souvent trop sonore ! Malheureusement le choix de tempi constamment alanguis ne permet pas de transmettre musicalement l’atmosphère nocturne et la fougue inhérentes à la partition de Verdi. Cette vision-là de Verdi confère aux récifs de l’ennui. Sur scène, la distribution réunie par Maurice Xiberras relève le défi en atteignant un degré d’exaltation qui peut faire les grandes représentations d’Il Trovatore et elle a d’ailleurs été longuement salué par le public. La Leonora de la soprano américaine Adina Aaron s’impose par une belle technique vocale doublée d’une présence scénique magnétique. On tient là une grande soprano verdienne de cette décennie sur les traces de Leontyne Price. Son Aida était inoubliable sur cette même scène. Sa Leonora aspire à le devenir. Seules Elsa Van Den Heever à Bordeaux et Kristin Lewis à Nice l’ont surpassée offrant à Leonora « ce je-ne-sais-quoi ou presque rien » qui échappe à l’entendement…

 

Opéra


La mezzo-soprano russe Elena Manistina s’abandonne à la démesure si particulière du personnage d’Azucena. Elle met en exergue un superbe timbre robuste capable de passer en un instant de la vocifération au murmure. Quelle puissance vocale et présence magnétique ! Elle est avec Dolora Zajick, récemment entendue à Nice, une Azucena de légende ! Elle émeut plus dans sa dimension de mère anéantie que comme sorcière rongée par la vengeance. Le baryton mexicain Carlos Almaguer est un Luna formidablement souverain avec une émission puissante, saine. Son Luna y gagnerait par un chant plus attentif aux nuances. On est loin du Luna tellement expressif de Lionel Lhôte, entendu sur la scène bordelaise. Dans le rôle-titre de Manrico, Giuseppe Gipali, souffrant d’une trachéite était remplacé au pied levé par le ténor roumain Marius Vlad qui s’est montré vaillant et courageux tout au long de la représentation. À défaut d’avoir un timbre séduisant et un phrasé élégant, ce chanteur possède une technique solide lui permettant de venir à bout du terrible « di quella pira » ! Son principal mérite disons-le est d’avoir évité à l’opéra de Marseille une annulation probable de la représentation. Il est difficile de palier l’absence du ténor maltais Giuseppe Gipali, certainement le meilleur Manrico du moment ! Marius Vlad semble être promis à une carrière de remplaçant dans notre région puisque que Claude-Henri Bonnet vient de lui offrir le rôle écrasant d’Othello de Verdi du 11 au 15 mai à Toulon initialement confié au ténor géorgien Badri Maisuradze. Souhaitons-lui bonne fortune dans le rôle du maure !

Du côté des seconds plans, je retiendrai seulement Nicolas Testé affichant une belle prestance en Ferrando.

Pour son retour dans la cité phocéenne, ce Trouvère a su séduire le cœur des marseillais et c‘est le principal !


Serge Alexandre


Prochain Opéra : La Flûte enchantée de Mozart du 6 au 16 juin 2012- http://opera.marseille.fr/