Un séduisant Barbier de Séville à Toulon !

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Depuis l’arrivée de Claude-Henri Bonnet à la direction de l’Opéra de Toulon, il est difficile d’être déçu lorsqu’on se rend à Toulon tant les productions et distributions proposées sont de qualités…

 

 


spectacle

On y découvre de nombreux jeunes chanteurs associés à des talents confirmés sur le plan international. Avec des moyens financiers modestes, Toulon est redevenu l’un des temples lyriques incontournables sur le plan hexagonal et international. Cette production du célébrissime Barbier de Séville de Rossini venue de l’Opéra Royal de Wallonie de Liège confiée au metteur en scène Stefano Mazzonis di Pralafera ne déroge pas à la règle. Particulièrement cohérente dans sa conception, la mise en scène évoluant dans un décor réussi de Jean-Guy Lecat et de beaux costumes totalement fantaisistes à l’image d’un Basilio hilarant signés Fernand Ruiz dénote d’un parti pris épousant la réalité sévillane. La mise en scène survoltée a recueilli un vif succès public malgré les nombreuses prises de libertés par rapport au livret et à la partition. Le thème de la panthère rose à un moment, puis de la 5 ème symphonie de Beethoven et un délicieux chœur des marins toulonnais ont contribué à magnifier cette farce désopilante qu’est le Barbier de Séville. Il faut dire que cet ouvrage s’y prête tout particulièrement. Notons que la scène finale où l’on voit Rossini statufié bénissant le spectacle est une idée séduisante et elle est à l’image de son travail scénique qui regorge de trouvailles ingénieuses et désopilantes donnant un caractère de comédie musicale à 200 à l’heure à ce barbier… Les puristes seront probablement égarés par tant d’originalité et regretteront la mise en scène plus sage d’un Jérôme Savary proposée sur cette même scène en 2007. Ce barbier-là est un plaisir à voir scéniquement où l’on ne cesse d’être surpris : un régal  à tel point que l’on se dit c’est déjà fini lors des saluts !

 

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Il y a du Davidde Livermore dans le travail de Stefano Mazzonis di Pralafera et l’on en redemande. Sur scène, la jeune distribution réunie ici tient toutes ses promesses et épouse parfaitement les propos du metteur en scène chorégraphiés habilement par Flavia Mangani. Chaque chanteur est acteur et développe le charisme demandé par chaque personnage de l’ouvrage. Habitué du rôle d’Almaviva, le ténor Sébastien Droy se place d’entrée dans le peloton de tête des ténors rossiniens, espèce en voie de disparition. La technique est totalement acquise, la vocalisation sans défaut. Sébastien Droy offre à Almaviva l’élégance physique et vocale. Il surmonte sans réelles difficultés les pièges tendus par « Cessa di piu piacere ». À ses cotés, la soprano Anna Kasyan est une Rosine totalement investie scéniquement et vocalement. Cette Rosina toute de volupté nous entraîne sur des sommets vaporeux. Rien ne pèse dans ses vocalises aériennes, dans ses ornementations à la fois originales et parfaitement en situation, dans la sensualité de son timbre, dans le naturel de son jeu. De quoi faire oublier quelques aigus « forte » au premier acte sonnant stridents ! Paolo Borgogna dessine un Figaro cabotin à souhait et plein de panache et d’autorité. Il affiche une belle santé vocale où sa voix conserve une étendue enviable ! On regrettera juste quelques émissions parfois forcées donnant à écouter des sonorités désagréables hors de propos dans un tel répertoire Un chant plus nuancé en ferait un Figaro sans rival de nos jours ! Il sera difficile d’oublier le sulfureux Basilio déguisé en avatar du diable bien chantant d’Andrea Mastroni aux mimiques impayables tandis que Elio Fabbian est un Bartolo à la voix saine toujours amusant, incarnant aussi un personnage totalement loufoque. Pour les seconds rôles signalons Paolo Orecchia, Fiorello convaincant et la Berta fort fatiguée vocalement de Cécile Gallois. Dans la fosse, Nicolas Krügger offre une direction précise et aérienne disposant au mieux des moyens de la phalange varoise !

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Le public a su réserver une ovation méritée à ce Barbier difficile à oublier ! On attend désormais le dernier opéra de cette saison 2011/2012 qui est une production de Trieste :

Othello de Verdi du 11 au 15 mai 2012 …


Serge Alexandre