Création mondiale de La Marquise d’O d’Heinrich von Kleist à Monte Carlo

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L’opéra de Monte-Carlo renoue avec la création contemporaine. A la demande de son directeur Jean-Louis Grinda, Die Marquise von O, la nouvelle bien connue de Heinrich von Kleist, qui inspira un film à Eric Rohmer, est transposée en un opéra présenté à la Salle Garnier. *Cette création mondiale est le fruit d'une rencontre entre trois créateurs : le compositeur de l’opéra René Koering, la librettiste Leo Hoffmann et le metteur en scène Daniel Benoin, directeur du Théâtre national de Nice.

 

S'y joignent les solistes-créateurs des rôles, la soprano Sophie Marin-Degor, la Marquise d’O, le ténor Kim Begley, père de la Marquise, la mezzo-soprano Graciela Araya, mère, la basse Robert Holzer, frère, le Baryton Trevor Scheunemann, la contralto Renée Morloc, le rôle parlé Gottfried Herbe.

 

benoin

Un sujet toujours d’actualité : les déchaînements des hommes, les viols durant les guerres et les violences faîtes aux femmes. Avec quelques nuances particulières : le début du XIXème siècle, l’univers de Kleist et un viol instinctif, lamour extraordinaire d’un homme, ses conséquences désastreuses sur une femme, veuve mère de deux enfants et sur une famille qui y perd son honneur.

Daniel Benoin connaît bien le registre littéraire allemand, particulièrement Heinrich von Kleist. Après une vingtaine de mises en scènes en Allemagne, très à l’aise dans les territoires de l'opéra ou du théâtre, les directeurs d’opéras trouvent en lui un œil neuf, permettant de revisiter certaines œuvres traditionnelles. Cette fois, il s’agit « d’un défi passionnant : une musique écrite par un compositeur vivant, complètement nouvelle, atonale, dont il n’y a pas d’enregistrement, avec des chanteurs créateurs du rôle ».

Après les premières répétitions, en suivant la ligne mélodique du piano qui accompagne les chanteurs, Daniel Benoin a senti l’importance d’exprimer l’émotion à travers le jeu des chanteurs, de les diriger comme des comédiens. Il a choisi de joindre à la mise en scène, des images et des montages vidéo. « Koering balaie l’émotion à travers la musique, moi je la remets » explique-t-il. Dans un opéra traditionnel, la musique marque les émotions et le metteur en scène choisit ou non d’aller dans ce sens. Ici, dans la musique contemporaine atonale, c’est l’inverse, il faut exprimer l’émotion.

marquise

L’histoire est magnifique, elle parle de l’amour extraordinaire qui chez Kleist n’appartient pas à l’ordre de la raison mais à celui du chaos. S’il y a beaucoup de viols chez cet écrivain, « ce n’est pas signe d’une brutalité, d’une violence, mais signe de l’amour instinctif, extraordinaire, qui ne se retient pas, l’amour que pourrait avoir Rousseau, l’amour qui essaie ensuite de reconstruire l’ordre social ». Et comme la vérité chez Kleist n’est jamais de l’ordre du raisonnable, comment penser que le comte, qui a sauvé la Marquise de la brutalité peut aussi l’avoir violée, pour ensuite chercher à la sauver à nouveau. C’est sur cela que repose l’intrigue. Il y a beaucoup de sentiments, de rêves, de cauchemars à exprimer dans ce désordre, ce chaos provoqué par une citadelle détruite, une famille explosée, un viol, un déni de grossesse…

Cet opéra sera très visuel. Les solistes de plusieurs nationalités (chilienne, anglaise, française, allemande, autrichienne) prennent pour la première fois les rôles, chantent en allemand ancien, (sur titré). Un opéra très nouveau, une musique à découvrir, avec des vidéos pour donner une approche plus poétique.

Dans la première scène, la Marquise apparaît enceinte de six mois. L'histoire commence au moment où elle passe une annonce dans un journal pour rechercher le père de son enfant. Apparaîtra, en flash back, une présentation visuelle de l’invasion par les Russes de la forteresse italienne que commande le père de la marquise. La guerre sera très présente, de même que le travail de mémoire sur le cauchemar du viol, l’incompréhension et la rupture avec la famille...

Il vous reste à découvrir comment l’image idéale d’un ange salvateur, celle du comte russe, représentation exprimée dans le texte, à laquelle se superpose ensuite celle d’un diable violeur, pourra finalement être chassée pour qu'arrive la réconciliation. Comment l'image idéalisée de la Marquise, le fantasme d’un cygne, pourra se dissiper, pour lui permettre d’exister réellement.

C’est ce que va nous donner à voir et à entendre cet opéra inédit.

Brigitte Chéry


*En coproduction avec l’Opéra national de Montpellier

Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo dirigé par Stefano Visconti

Direction musicale Lawrence Foster

Lumières Daniel Benoin

Décors Virgile Koering

Costumes Christian Gasc

Chef de chœur Mathieu Pordoy

Opéra de Monte-Carlo- Salle Garnier Place du Casino

98000 Monaco 22, 24, 27 avril 2011

Tél +377 98 06 28 28