VIOLETA PARRA, LE CHANT DE LA TERRE

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Icône de la culture chilienne, bannie des mémoires durant la dictature de Pinochet, Violeta Parra est une artiste engagée des années 1950-60, à laquelle le film Violeta d’Andrés Wood rend un hommage lyrique.

 

Violeta retrace, sous la forme d’un biopic documentaire, le destin tragique d’une chanteuse-poète-peintre chilienne hors du commun. Élevée par une mère paysanne et un père professeur de musique, elle les accompagne au chant dans les fêtes de village et compose ses premières mélodies à l’âge de douze ans. Après des études littéraires et quelques représentations publiques à la guitare sèche, elle devient mère et suis les activités syndicales de son mari cheminot. Mais rapidement, elle reprend son instrument et se fait connaître dans les cabarets de Santiago. Engagée pour la défense d’une culture populaire et acquise aux idées communistes, sa passion pour la poésie et la musique traditionnelle chiliennes la mène sur les scènes européennes pendant plus de quatre ans, abandonnant ses deux ex-maris et jeunes enfants. Forte personnalité aux multiples talents, elle réussit l’incroyable pari de faire exposer ses œuvres plastiques, créées entre deux concerts et enregistrements de disques à Paris. Ses peintures et tapisseries, inspirées de l’art indigène chilien, se retrouvent ainsi au Musée du Louvre en 1964 ! Une première pour une artiste latino-américaine. Elle revient au pays et poursuit sa quête effrénée de l’accès à l’art pour tous en ouvrant un centre culturel près de Santiago, l’Université du Folklore, épaulée par ses deux aînés. Son investissement total dans la lutte et la revendication sociale à travers ses chansons ne l’empêche pas de brûler d’amour pour un beau et jeune anthropologue-musicien suisse, jusqu’à en mourir dans sa cinquantième année !

Cinéma

Le portrait de cette artiste tourmentée est dessiné avec grâce et pudeur par Andrés Wood et incarné avec une authenticité saisissante par Francisca Gavilan. Performance à laquelle le prix Sundance 2012 reçu par le film doit beaucoup. Sa ressemblance avec Violeta est d’autant plus troublante qu’elle interprète elle-même les chansons de l’artiste. Ces chants poignants aux textes admirables rythment le film, construit avec une grande liberté chronologique qui peut dérouter le spectateur ou au contraire le mettre en osmose avec le parcours en patchwork de l’artiste, transportée par ses passions, assoiffée d’absolu et prolétaire féministe avant l’heure. Le film ne tombe pas dans le piège de l’hagiographie et reflète le caractère difficile et capricieux de cette femme qui ne fait pas de compromis, capable du pire comme du meilleur : elle délaisse son nouveau né pour partir en tournée et apprend son décès à l’étranger mais se bat pour que les indiens Mapuche récupèrent leurs terres spoliées par les chiliens ! « Il était déjà dépassé de chanter sur les fleurs et les ruisseaux. Aujourd’hui, la vie est plus dure et l’artiste ne peut ignorer la souffrance du peuple » disait-elle. Aussi, le réalisateur choisit-il des instantanés de sa vie au fleuve non tranquille avec en toile de fond les rivalités politiques des années 1950-60 (démocrates-chrétiens et contre-révolutionnaires) dans un pays en pleine crise agraire. En marge de cette culture et pourtant volontairement farouche à la défendre, la charismatique Violeta Parra garde tout son mystère avec ce film à fleur de peau.


Aurèle M.


Violeta (titre original : Violeta se Fue a Los Cielos), biopic chilien (argentin, brésilien) d’Andrés Wood – 2012

D'après le roman éponyme du fils de Violeta, Angel Parra.

Avec Francisca Gavilán, Christian Quevedo, Thomas Durand.