Retour sur la Semaine du dessin à Paris

PDFImprimerEnvoyer

La Semaine du dessin à Paris reste un rendez-vous incontournable du calendrier artistique, bilan et coups de cœurs de cette édition 2019 !

Drawing Now, demeure la foire de référence, avec une sélection 2019 de qualité. Mais alors que pullule tous les ans de nouveaux événements en marge du salon, il est intéressant de se pencher sur les ambitions de la foire et d’en faire le bilan honnête.

 

Dans les couloirs de Drawing Now, l’on retrouve des pièces emblématiques qui reflètent bien les tendances du marché, cependant on regrette l’absence de prise de risque. Le public est confronté à des stands qui se ressemblent. Nous sommes sous le charme de la scénographie du stand conçue par Semiose Gallery, qui présente notamment le travail plein d’humour de Chavat.

Exposition

La plus belle découverte du salon reste très certainement Raphaëlle Perrion, présentée par la galerie Papillon. L’artiste propose un travail à la frontière entre la photographie et le dessin. Elle gratte la surface de photographies, prises au Cambodge des temples sacrés, au scalpel ou à la fraise de dentiste. Parfois jusqu’à faire disparaître la photo, d’autre fois elle y ajoute des aplats dorés et nous plonge dans un imaginaire délicat où ne demeure que la forme, la matière et le mouvement.

Un peu plus loin sur le stand de la galerie Sturn & Schober, on apprécie comme les enfants sur place en ce samedi après-midi l’installation de l’artiste JAK, qui nous rappelle que le dessin peut expérimenter d’autres matériaux et se penser comme une installation.

Exposition

L’édition est intéressante et les œuvres abordables. Tout au long du parcours l’on retrouve des Viallat, des Tapies, des Alberola, des Pétrovitch, des Toguo et j’en passe, ce qui a le mérite de rassurer les collectionneurs sur leurs acquisitions mais on reste sur sa faim. Les pièces son belles et de qualités, mais le salon manque de saveurs, cette édition ronronne. L’ambition annoncée était pourtant de montrer l’état du dessin comme médium. C’est une déception, certes les grands thèmes sont parcourus mais la réflexion sur le medium lui même et ses expérimentations sont peu présentes et/ou fragiles.

Le coup de cœur de cette année est pour DDessin. Le salon imaginé par Eve de Medeiros depuis sept ans, offre cette année encore, par l’intermédiaire de sa scénographie intimiste, un écrin chaleureux aux artistes, loin des stands traditionnels et des standards du marché de l’art.

Exposition

Professionnels, collectionneurs et amateurs ont pu profiter d’un moment riche en découvertes. A peine arrivée, l’on discerne les œuvres de Gladys Nistor avec son installation de dessins numériques. Des formes géométriques viennent envahir les murs et nous rappeler que le dessin, bien que le plus vieux medium artistique au monde, peut se penser dans une contemporanéité.

Exposition

Puis, surgissent les présences organiques d’Alice Gauthier ; qui révèlent quant à elle un univers d’une grande subtilité poétique. Un peu plus loin, le travail de Bertrand Robert, proposé par la galerie Segolène Brosette. Cette démarche au premier abord proche de l’illustration est à regarder de plus près, une véritable réflexion sur le concept de « parlêtre » lacanien. Ces formes et ces êtres qui habitent ses dessins semblent être prisonnier d’un mouvement, d’un temps en suspension. Les grands formats illustrent parfaitement cette idée. Avec l’œuvre sonore Etat de cause, Bertrand Robert interroge la plasticité du dessin. On souligne d’ailleurs que c’est une vraie force de cette édition, qui par cette sélection de projets interroge l’état du dessin contemporain comme médium.

Puis, au gré de notre déambulation l’on tombe nez à nez avec les dessins rehaussés de tissages de Sylvie Selig ou encore avec les œuvres d’Etienne Pottier. Absolument étonnantes, où se mêlent dessins et céramiques spécialement conçues pour l’occasion. Autre salle, autre ambiance, le visiteur reste subjugué par les dessins de Makef et de Coco Fronsac, qui titillent la curiosité des visiteurs sur la création africaine.

Exposition

Car finalement, n’est-ce pas là le véritable enjeu d’un événement telle que celui-ci ? Montrer sous un prisme nouveau la pluralité d’un médium et des scènes artistiques ? Surprendre… toujours surprendre !

Madeleine Filippi