Théâtre Toursky, Michel Boutet, un quotidien monté à la sauce franche

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On est dans un pays que l’on pourrait appeler nulle part sur ailleurs, où l’on se sent au centre des rapports humains, ancré dans le cœur palpitant et poignant d’un autre monde, d’une autre vérité palpable où l’afféterie et le travestissement de langage n’ont pas leur place.

 

Ici les choses sont dépouillées.

Un monde unique et singulier se joue, le vrai sans doute, l’authentique, le sensible, l’inattendu, pétri de tendresse, de sagesse, de générosité, celui qui réveille les silences abandonnés, un monde si proche de nous que l’envie nous prend de rejeter l’autre, le dur, le froid, l’austère, celui qui cabosse nos esprits, le monde des chiffres, de l’immédiateté et de la rapidité.

Spectacle

On est ici dans la tranquillité d’un quotidien joyeux, limpide.

Ce que nous donne à entendre Michel Boutet, c’est la parole des gens de cœur porteurs d’histoires simples accompagnées de réflexions attachantes sur la vie, la mort ; ce sont des bousculades gentilles délivrées au bistrot avec un humour, que l’on a peu ou plus l’habitude d’entendre, autour des choses élémentaires de la vie au jour le jour. Des choses qui façonnent le quotidien.

On y parle de tout comme de rien, comme partout ailleurs, mais différemment, car dans ce pays ne figurant sur aucune carte, on aborde les petits riens avec ce bon sens populaire qui réchauffe, entretient l’amitié, et refait le monde comme s’il n’avait jamais eu de commencement, quant à sa fin, chaque jour d’actualité, cela dépend des humeurs du moment, on le repousse comme on peut avec la drôlerie du désespoir.

Quelle sorte d’envie rapetasse ses âmes cassées ?

S’il n’y a pas d’issue à nos vies trop vitement endeuillées, mieux vaut s’esbaudir avec une bonne bouteille, plutôt que de se demander quel bienfait pourrait-on espérer d’un séjour à Lourdes. En fait personne ne croit aux miracles, Dieu est bien trop haut, bien trop loin pour qu’on le puisse atteindre.

On discute de tout avec une gourmandise goguenarde empreinte d’une gouaille rappelant ce parler campagnard de notre enfance qui nous offre un supplément de tendresse, une affection, une faconde sans obstacle et sans gêne aucuns, s’instillant dans la modestie jusqu’à nous faire découvrir des fragilités et des maladresses touchantes.

Il y a dans ces scènes de la vie ordinaire de hauts et bons moments où la vérité est retournée, chamboulée avec une espièglerie mêlée de mots inattendus empreints de patois ; on frôle de grandes choses avec un ton badin et une tranquillité bon enfant.

Chacun refait son monde dans le monde, comme il le sent, comme il le perçoit, chacun incarne son propre tableau, raconte sa propre histoire, le rythme et la cadence de la vie emportant les êtres dans une comédie humaine où l’on peut se reconnaître dans ses aspirations les plus secrètes.

Jean-Pierre Cramoisan