La performance : vie de l'archive et actualité. Colloque AICA-France / Villa Arson 25 – 27 octobre 2012

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L'association Internationale des critiques d'art AICA et la Villa Arson se sont associés pour promouvoir et susciter de nouvelles recherches sur la performance. Cela s'est traduit par un colloque réunissant des chercheurs, des historiens de l'art et des artistes performeurs.

 

Les communications de ce colloque seront disponibles (en différé) sur les sites :

www.villa-arson.org et www.aica.org

Parallèlement, une exposition « A la vie délibérée ! Une histoire de la performance de 1951 à 2011 » se tenait à la Villa Arson, réunissant photos, vidéos, documents oraux et écrits, présentés comme une enquête dans différents lieux identifiés :

  • Bar, restaurant, hôtel

  • Lieu patrimonial, lieu de culte

  • Commerce, entreprise centre commercial

  • A la campagne, village

  • Théâtre, café-théâtre, cinéma

  • Rue

  • Équipement culturel et sportif

  • Galerie Municipale

  • Espace alternatif, atelier d'artiste, au domicile de

  • Musée, fondations,

  • Administration, hôpital, centre social, université

  • Parc municipal, place publiquer

  • Galerie

  • Villa Arson

  • Bord de mer

Cette exposition est l'aboutissement d'un programme de recherche mené par la Villa Arson :

Directeur du programme de recherche :Eric Mangion

Chargé de la recherche : Cédric Moris Kelly, assisté de Christine Bavière

Commissariat de l'exposition : Eric Mangion & Cedric Morris Kelly assité de Christine Bavière.

Scénographie : Etudiants de l'école supoérieure d'arts plastiques de Monaco coordonnés par Mathilde Roman et Renaud Layrac, enseignants.

De tout cela, performArts publie, pages suivantes, la communication de l'artiste Sophia Taam et manifeste de la performance de Jean Mas et Alain Amiel



Documents joints : Manifeste sur la performance -     colloque de Sophie Taam


Manifeste de la Performance

Alain Amiel, Jean Mas - Mars 2012

Forts de notre entendement, nous, Alain Amiel et Jean Mas déclarons, instituons la Performance comme douzième art.

 

déclarationArt du rien, Art du « Peu », Art d’à-propos, consommé artistique affirmant un accomplissement, forts de la symbolique associée au chiffre 12, nous clôturons l’espace de l’art par la Performance et déclarons que l’histoire de l’Art s’élabore ici sur les données de sa matière et de ses protagonistes.

1. Compte tenu de tout ce qui s’est fait depuis l’aube de l’humanité,

2. Considérant nos ancêtres, le zéro absolu, les 13,7 Ga, π et puis 5040, et toutes les considérations possibles,

3. Considérant que le langage permet l’expression du champ de la parole,

4. Considérant les champs et pourléchant toutes les données, nous instituons dans la lignée de la plus value1, du plus-de-jouir2, du plus de savoir3, le plus de l’Art4 comme horizon indépassable de tous les paradigmes,

5. Compte tenu des concepts5, princepts6, percepts7 et préceptes8, dans leurs rapports avec l’organisation de l’instance inconsciente,

6. Considérant tous les sens que nous livrent différents corps, notamment ceux de la lettre avec laquelle nous composons,

7. Considérant que la lettre volée cède sa place à la lettre voilée, une posture qui par le mi-dire permet l’émergence pour la pensée,

8. Considérant que le sacré cède sa place à un « ça crée » et que le « patout » sous-tend le Tout,

9. Considérant que la question n’est pas : « qu’est-ce que l’art ? » mais : « Quand y-a-t-il de l’art ? »,

10. Compte-tenu que le mot n’est pas la chose, et que notre art dépose la chose par un renvoi (rend voix),

11. Considérant que le roi est nu parce que le contenu n’est que le dessin d’un conte-nu qui nous anime,

12. compte tenu ce qui précède et ce qui suivra, nous acceptons la performance comme bienvenue, bien venue des autres Arts, qui composent sa matière et son expression,

13. à la douzaine parce que nous ne jouons pas avec les mots mais nous jouons des mots. Les motions, et l’émotion sont, de fait, partie prenante de notre jeu politique.

Jean Mas - Alain Amiel

Notes :

1 : Karl Marx / 2 : Jacques Lacan / 3 : Jean-Claude Milner / 4 : Jean Mas : « Qui peut le plus peut le moins, et qui peut le moins peut le « Peu ! »

5 : Concept : Philosophie / 6 : Princept : Sciences dures (physique, mathématiques) / 7 Percept : Art (perception des sens) / 8 Précepte : Morale

Rappel :

Premier art : architecture

Deuxième art : sculpture

Troisième art : peinture

Quatrième art : musique

Cinquième art : poésie

Sixième art : danse

Septième art : cinéma

Huitième art : télévision

Neuvième art : bande dessinée

Dixième art : jeu vidéo

Onzième art : art numérique, multimédia

Douzième art : performance

Déclaration

Les limites du langage étant celles du monde, après la poésie et le non-sens, la Performance est une tentative pour un dépassement de cette contrainte en même temps que la recherche d’une sensation pure.

Les objets matériels, concrets, qui enfermaient le champ artistique dans un donné sensible changent de statut. Il s’agit maintenant de créer des expériences de subjectivité en marche en faisant basculer des objets dans le champ artistique, des concepts dans la vie, un art où le pertinent est préférable au beau et au bien.

Le 12e Art est :

- Un art de l’extrême des corps, des formes, des espaces, de la pensée où l’artiste doit faire l’expérience de l’inconnu, inventer et créer ce qui sera le présent de l’homme de demain,

- Un art de synthèse de toutes disciplines : philo, psy, musique, danse, peinture, poésie, théâtre, action, un art fusion « de l’esprit et de la matière dans la création d’une oeuvre éphémère réalisée dans une urgence exatique » (Gutaï),

- Une organisation d’un chaos où les objets et le public sont hystérisés dans le but de produire un instant de vérité, le réel ne se réalisant que lorsqu’il amène une praxis communicable,

- Un non spectacle, non fictionnel pratiquant la déconstruction, la déstabilisation ou une condensation de l’action dramatique en créant des confrontations improbables, imprévisibles où le verbe et l’acte parodient, épuisent, redoublent la fuite du signifié, mêlant les catégories, les genres, pour déplacer le sens, recyclant les formes pour qu’elles s’adressent à des registres différents intégrant la dimension du temps,

- Un art déstabilisant les codes habituels de la représentation, brouillant les frontières et mixant les catégories,

- Une pratique de l’absurde, du non-sens créateur de sens où les affects et les percepts sont manipulés dans le cadre d’une expérience totale de la pensée,

- Un art subversif, antidote au réel, destiné à perturber la lecture du réel, à rompre la mécanique du monde en détruisant la réalité du discours courant,

- Un jeu avec les limites de l’art, avec le non-art pour produire une « nouvelle subjectivité qui s’enrichit sans cesse dans son rapport au monde » (Guattari)

- Un art aboutissant à une dématérialisation de l’œuvre pour que l’intelligible domine le sensible

- Un art où l’artiste devient la marionnette de sa propre subjectivité.

Défricher et déchiffrer des terres vierges pour engendrer de nouveaux espaces et aider à voir ce qui n’est pas est le but ultime de la Performance, expression d’une liberté illimitée.

Pas d’esthétique sans éthique

Dans ce monde instable, accéléré, sans projet de civilisation, l’art est un discours poétique où éthique et esthétique se confondent dans une relation au monde renouvelée. Les artistes doivent occuper une place centrale au sein de nos sociétés, être des acteurs sociaux (plus seulement pour décorer les murs des collectionneurs).

Seul le labyrinthe de l’art conduit vers la nécessité de trouver un fil, un conducteur pour assurer - par un minimum d’échanges, de dialogues, de réflexions - d’une pensée qui se pense.



12e ART

Manifesto concerning performance

We, Alan Amiel and Jean Mas declare that, drawing on our experience, Performance should be considered the twelfth art.

It is an Art of Nothing, an Art of Little, an Art of Reference, a consummate artistic achievement, having strong associations with the symbolic meaning of the number 12.

By assigning Performance as the twelfth Art, we declare that the History of the Arts is completed by the substance and the actors of Performance.

  1. Considering everything that has happened since the dawn of humanity,

  2. Considering our antecedents, absolute zero, Pi, 13.7 Ga (the logarithmic time of the Big Bang), 5040 (designated an important number by Plato and in various systems of numerology),

  3. Considering that language allows us to express ourselves in words,

  4. Considering all the Arts and relishing all their expression, we include Performance in this noble lineage. It is the Art that brings the most joy, the most knowledge, that surpasses all others,

  5. Considering philosophy, science, mathematics, art and their connection with the unconscious moment,

  6. Considering all the senses which deliver us various bodies, in particular those of the letter with which we compose,

  7. Considering that the stolen letter gives way to the stolen letter, the half-spoken which permits the emergence of thought,

  8. Considering that the sacred gives way to a that created, and that the not at all underlies Everything,

  9. Considering that the question is not ‘What is Art?’ but ‘When is it Art?’

  10. Considering that the Word is not the Thing, and that our Art registers the Thing by a Rendition (it gives voice to the Thing),

  11. Considering that the King is naked because the content is nothing but the outline of the nude content which animates us,

  12. Considering that which precedes and that which follows, we accept Performance as a welcome, a time-based integration of the other Arts which provide its material and its expression,

  13. And in the twelfth place because we do not play with words, but make light of the words. The ‘motions’ and the emotions are, in fact, participants in our political game.

Notes :

1 : Karl Marx / 2 : Jacques Lacan / 3 : Jean-Claude Milner / 4 : Jean Mas : « Qui peut le plus peut le moins, et qui peut le moins peut le « Peu ! » / 5 : Concept : Philosophie / 6 : Princept : Sciences dures (physique, mathématiques) / 7 Percept : Art (perception des sens) / 8 Précepte : Morale

The first art : architecture

The second art : sculpture

The third art : painting

The fourth art : music

The fifth art : poetry

The sixth art : dance

The seventh art : cinema

The eighth art : television

The ninth art : cartoons

The tenth art : video games

The eleventh art : digital art, multimedia

The twelfth art : Performance

Manifest of the Declaration of Performance as the twelfth art

Declaration

The limits of the language are the ones of our world, after the poetry and the nonsense, the Performance is an attempt for an overtaking of this constraint at the same time as the research for new media of reading.

The material, concrete objects, which locked the artistic field into one given sensitive changed status. It is now a question of creating experiments of subjectivity on the march by making tip over objects to the artistic field, the concepts in life, to create an art where the relevant is preferable in the beautiful and in the good.

The 12th Art is:

- An art of extreme forms, spaces and thought, where the artist has to experience the unknown, take risks, invent and create what will be the present of tomorrow’s men.

- An art that synthesises and goes beyond all disciplines: philosophy, psychoanalysis, music, dance, painting, poetry, theatre, action, an art merging “the mind and matter in the creation of an ephemeral work achieved in ecstatic emergency” (Gutaï),

- An art as an organisation of a chaos in which objects and spectators are driven hysterical in order to produce an instant of truth, because the real materializes only when it brings up a communicable praxis,

- A non-show, not fictional, not reproducible, practicing deconstruction, destabilisation by creating improbable and unexpected confrontations, where the word and the act parody, exhaust and intensify the flight of the signified.

- An art which destabilizes the usual codes of representation, blurring frontiers, mixing categories, shifting the senses and recycling forms so that they address different registers integrating the time dimension,

- A practice of the absurd, of the nonsense that creates sense, where affects and perceptions are manipulated in the context of a total thinking experience.

- A subversive art, a mobile and cheap social antidote intended to disturb the reading of the real, to break the world’s mechanism by destroying the reality of normal expression,

- An art as a game with the limits of art, with non-art, so as to produce “new subjectivity which forever enriches itself through its relation to the world” (Guattari),

- An art of extreme de-materialization of the work so as the intelligible dominates the sensitive.

- An art where the artist becomes a puppet of his own subjectivity.

Open up and decode virgin land in order to create new areas and help to see what exists – such is Performance’s ultimate aim – the expression of unlimited freedom.

No aesthetics without ethics

In this unstable, speeded-up world, devoid of a civilisation project, art is a poetic expression in which ethics and aesthetics merge into a new relation to the world. Artists must occupy a central place within our societies. They are not there to decorate or create objects which the collectors’fairs or institutions can assimilate, but they must be social stakeholders, creators of an art where the relevant is always preferable to the beautiful and the good, and where the gap between art and life is reduced to the minimum.

"If the philosophy reigned over the antique world, the science on the world of today, everything lets think that it is the artist who will reign over the world of tomorrow". (G. Mathieu)

Only the labyrinth of the art drives towards the necessity to find a thread, a driver to assure - by a minimum of exchanges, dialogues, reflections - of a thought which thinks.