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Festival de Cannes 2010, l'année du cinéma d'auteur ?

Le Festival de Cannes, qui se déroulera du 12 au 23 mai, vient de dévoiler sa sélection officielle (1).
Dans la foulée, les sections parallèles ont fait de même.
L'impression générale qui domine après un examen attentif de la liste des films annoncés, est celle d'un certain renouvellement du choix opéré par les différentes équipes. (Sélection officielle, Semaine de la Critique et Quinzaine des Réalisateurs )
La crise mondiale a semble t-il empêché la venue à Cannes d'un certain nombre de cinéastes majeurs qui n'étaient pas prêts, c'est le cas notamment de Terrence Malick. Ce qui permet, par contre coup, une meilleure visibilité d'un cinéma d'auteur sans doute moins sensible aux impératifs financiers et l'émergence de nouveaux venus, particulièrement dans les sections parallèles.
Les films en compétition :
A l'inverse de la sélection 2009 qui avait été largement ouverte au cinéma de genre (fantastique, science fiction, thriller), le cru 2010 est caractérisé par un retour au cinéma classique.
Dans un environnement où s'accentue la domination du cinéma hollywoodien de divertissement, Cannes a singulièrement oublié l'Amérique (à moins que ce soit l'inverse). Le seul film américain en compétition sera Fair Game de Doug Liman (le réalisateur de La mémoire dans la peau et Mr. & Mrs. Smith). Par contre, les nouvelles cinématographies sont bien représentées. Des cinéastes venus de Corée, d'Iran, du Mexique, de Thaïlande, de Hongrie et du Tchad viendront concourir pour la Palme d'Or.
La Corée sera présente grâce à The Housemaid de Im Sang-soo, à qui l'on doit Une femme coréenne. Ce remake d'un classique du cinéma coréen des années 60 décrit des relations sexuelles employeur-domestique et le cauchemar qui en résulte.
Le maître du cinéma iranien, Abbas Kiarostami, Palme d'Or à Cannes en 1997 pour Le goût de la cerise, après quelques années d'activité ralentie, revient sur la Croisette avec un long métrage de fiction, Copie Conforme (2) interprété par Juliette Binoche et tourné en Italie.
Depuis 2000 et Amours chiennes, découvert à la Semaine de la Critique, le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu a toujours su capter l'attention du public et des critiques grâce à son style percutant, comme ce fut le cas de Babel projeté à Cannes en 2006. En sera t-il de même avec son nouveau film, Biutiful (3)?
Le cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul est, pour une partie de la critique, un artiste majeur. Son premier long métrage Blissfully Yours présenté à Cannes en 2002, et Tropical Malady (2006) sont des films qui décrivent tous deux un univers où les esprits des morts côtoient les vivants, et où la nature est toujours source de menaces invisibles. Les fans du genre seront donc heureux d'apprendre que son dernier opus, Uncle Boonmee who can recall his past lives, est en compétition à Cannes.
Le Hongrois Kornél Mundruczó avait présenté en 2008 un film âpre et épuré, Delta qui relatait les amours d'un frère et d'une sœur au bord du Danube. Son dernier film, Tender son - The Frankestein Project, sera certainement accueilli avec intérêt.
Le cinéma africain est en général présent uniquement dans les sections parallèles. Cette année, il sort de ce ghetto pour affronter la compétition grâce à la sélection d'Un homme qui crie, du tchadien Mahamat Saleh Haroun, dont Abouna avait été très apprécié à la Quinzaine des réalisateurs de 2002 et Darat récompensé à Venise en 2006.
Comme chaque année, le cinéma français débarque à Cannes avec une importante délégation d'auteurs qui, à des degrés divers, sont des habitués des marches du palais. Mathieu Amalric pour Tournée (4) propose une comédie sur le monde du music hall. Quinze ans après son prix du Jury pour N'oublie pas que tu vas mourir, Xavier Beauvois, dans Des hommes et des dieux, revient sur le massacre des moines de Tibbhirine, en Algérie en 1996. Rachid Bouchareb, dans la veine d'Indigène (primé en 2006) et avec les mêmes acteurs (à l'exception de Sami Nacéry) décrit l'itinéraire de militants du FLN en France pendant les années 50. Enfin, Bertrand Tavernier, 20 ans après sa dernière sélection, Daddy Nostalgie, présentera un drame en costume adapté d'un roman de Madame de Lafayette, La princesse de Montpensier.

Un certain Regard
La sélection « Un certain Regard » constituera un des temps fort du Festival 2010 avec la venue de Jean Luc Godard. Après une succession de rendez vous manqués (notamment l'exposition de Beaubourg en 2009), des rumeurs sur son état de santé, la publication d'une biographie non autorisée et d'un DVD de conversations (5), l'ermite de Rolle quitte sa retraite pour la sortie de Film Socialisme (6). Plus que la projection du film, voir le maître et écouter sa parole lors d'une éventuelle conférence de presse, sera sans doute un des événements les plus courus par les festivaliers, qu'ils soient ou non « godardophiles ».
Cette même sélection accueillera le plus vieux cinéaste en activité, Manoel De Oliveira (101 ans), pour son Angelica d'après un scénario qu'il écrivit en 1952 et qui conte la rencontre, au delà de la mort, entre un photographe et une jeune fille récemment décédée. « Un Certain Regard » recevra également l’un des plus jeunes, Xavier Dolan (21 ans), pour Les Amours imaginaires, deuxième film de ce réalisateur surdoué qui avait mis le tout-Cannes en émoi en 2009. Son premier film, J'ai tué ma mère avait raflé toutes les récompenses possibles, à l'exception de la Caméra d'Or.
Le cinéma asiatique sera représenté par trois pointures. Tout d'abord le coréen Hong Sangsoo avec Ha ha ha. Ce dernier est un habitué de Cannes, puisque, depuis 1998, il a été invité à six reprises dans les diverses sélections in ou off. Comme dans ses précédents films, Ha ha ha s'intéresse à la vie compliquée d'un cinéaste entre deux amours, deux pays et deux cuites.
Hideo Nakata, cinéaste japonais spécialiste du film d'horreur – on lui doit Dark water – est cette année un des rares représentants du film de genre qui soit présent en sélection officielle. Son Chatroom (7) est un thriller qui a pour sujet les adolescents britanniques drogués d'Internet.
Jia Zhang Ke, depuis The World en 2004 et Still Life (Lion d'Or à Venise en 2006) a acquis une notoriété mondiale tout en restant relativement marginal dans son pays, la Chine. Dans ses fictions à la limite du documentaire dans lequel il décrit avec la distance d'un entomologue les mutations de son pays en proie à la modernisation. La projection de son dernier film, I wish I knew, à propos de l'Exposition Universelle de Shanghai, est le second grand événement de la sélection « Un certain Regard ».
Le nouveau cinéma roumain continue à être bien en cours auprès du Festival de Cannes. Il sera représenté par deux jeunes cinéastes qui viennent à Cannes pour la deuxième fois. Cristi Puiu dont La Mort de Dante Lazarescu avait obtenu en 2005 le prix « Un Certain Regard ». Il défendra cette année Aurora, un polar social. Radu Muntean poursuit avec Mardi, après Noël la peinture douce amère des relations homme-femme dans la nouvelle Roumanie, comme dans Boogie présenté à la « Quinzaine des Réalisateurs » en 2008.

Armadillo de Janus Metz
La Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs
La « Semaine de la Critique » a pour vocation de projeter des premiers ou deuxièmes films (8). Cette année, il s'agira pour l'essentiel de premières œuvres venus principalement d'Asie, dans des registres qui vont de la comédie tendre (Sandcastle de Boo Junfeng, Singapour) au documentaire sur la guerre (Armadillo de Janus Metz, Danemark), sans oublier le film fantastique (Rubber de Quentin Dupieux, France).

Sandcastle de Boo Junfeng
Le nouveau délégué général de la « Quinzaine des Réalisateurs », Frédéric Boyer manifeste dans sa sélection 2010 (9) une forte volonté de renouvellement : 11 des 22 long métrages présentés sont des premiers films. Quant aux autres, ce sont des documentaires ou des œuvres d'artistes confidentiels comme le Français Jean-Paul Civeyrac, le Belge Olivier Masset-Depasse ou encore le Danois Christoffer Boe, caméra d'or pour Reconstruction, en 2003.

Rubber de Quentin Dupieux
Parmi tous ces premiers films venus principalement d'Amérique latine, combien d'entre eux resteront-ils dans nos mémoires, comme ce fut le cas pour ces quelques découvertes récentes de la « Quinzaine des Réalisateurs » : Un temps pour l'ivresse des chevaux de Bahman Ghobadi (2000), L'orphelin d'Anyang de Wang Chao (2001), Japón de Carlos Reygadas (2002), Los Muertos de Lisandro Alonso (2004), 12h38 A l'est de Bucarest de Corneliu Porumboiu (2006), Ce cher mois d'août de Miguel Gomes (2008)?<br/><br/>
Si le 63eme Festival de Cannes n'offre pas aux habitués des marches du palais autant de stars que d'ordinaire, les amateurs de tous les cinémas espèrent y découvrir de nouvelles manières de montrer le monde actuel, celles de ces cinéastes inconnus - pour le moment.
Bernard Boyer
(1) www.festival-cannes.fr/fr/festival/officialSelection.html
(2) en salle le 19 mai 2010
(3) en salle le 25 août 2010
(4) en salle le 30 juin 2010
(5) Godard, d'Antoine de Baecque (Grasset, 900 pages), Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard d'Alain Fleischer (Editions Montparnasse)
(6) en salle le 19 mai 2010
(7) en salle le 11 août 2010
(8) www.semainedelacritique.com/films/2010/2010_selection.phpLong-métrages
(9) www.quinzaine-realisateurs.com/catalogue-h16.html
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