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Vers labīme avec Sophie Taam
On vendait autrefois, en Italie, autour des gares, des bandes dessinées pornographiques ou héroïc fantasy qui coûtaient cent lires le volume. D’une médiocrité infinie, elles avaient néanmoins quelque chose d’amusant. En raison justement de leur incroyable indigence graphique et de la crétinerie de l’histoire. C’est là un plaisir rare. Sexuel transfert, de Sophie Taam, nous le rappelle : il est exceptionnel qu’un mauvais repas, un mauvais film ou un mauvais livre provoque en nous le moindre plaisir. Même venimeux, même pervers. Sexuel transfert ne nous fait même pas sourire. Et pourtant, dès l’avant-propos, ça commence mal. Vraiment mal. La narratrice, qui a trente ans et n’a « jamais été à l’université pour apprendre à écrire », et donc, elle met un « L » majuscule à « littérature » (« grande Littérature ») « s’éclate » les points noirs et les boutons d’acné. Intimidée par les grands auteurs (« Diderot, Proust, etc. ») dont elle a appris de « belles tournures », elle se tourne vers les mauvais. Pour se donner du cœur à l’ouvrage. Bonne pioche : Sophie Taam découvre qu’écrire mal est facile. Le « roman » commence page 13. Mauvais présage. Après, c’est pire. L’avant-propos était terrible (quoique franc), la page 13 nous emmène vers le gouffre, vers l’insondable. Non, on y est déjà. Page 14, on y encore : la narine de la narratrice la démange. Herpès. Il est question d’un certain Trent, d’un certain Khaled. Ils vont à Carrefour. Nous ce qui nous démange, c’est l’envie d’arrêter. En rester là. Page 15 : « […] qui sait quelles auraient été les prochaines manifestations somatiques après l’herpès ? » Question vertigineuse. Page 16 : problème de molaire. Page 17, ses jambes se mettent à trembler sans le consentement de son cerveau. Nous, ce sont nos mains. Le livre en tombe.
Martin T
Sophie Taam, Sexuel transfert, éditions Incognito, 2009. |