Maurizio Bolognini
L'artiste des nouvelles technologies

Maurizio Bolognini, artiste et théoricien des nouveaux média, s'occupe de technologies numériques depuis les années quatre-vingt. Ses installations utilisent et croisent des dispositifs différents de programmation et de communication (ordinateurs, téléphones, réseaux). Ses "machines" - des centaines désormais - sont programmées pour générer des "infinités hors contrôle", pour produire des flux inépuisables d'images fortuites (ou d'autres types d'élaborations : numérations, textes, sons) pour, ensuite, fonctionner à l'infini ; certaines le font depuis plus de 15 ans.
Une recherche extraordinaire dans le panorama des arts technologiques où il représente probablement une situation conceptuelle extrême, dépourvue de quelque superstructure formelle ou symbolique que ce soit (Mario Costa). Ses "machines programmées" ont avancé de quelques années la diffusion actuelle du software art, mais sans jamais céder à des choix esthétisants. L'artiste parle depuis toujours de sa recherche comme d'un travail "quantitatif", fondé sur la création d'univers parallèles d'informations, composés d'images infinies et en expansion continue.
Le travail de Maurizio Bolognini met au centre la délégation au "dispositif" (qui n'est pas forcement la machine, mais pour plusieurs installations il s’agit du public lui-même), le renoncement au contrôle, l'activation à vide, la possibilité d'étendre son geste à l'infini. Certaines installations, comme les CIMs (Collective Intelligence Machines, 2002) sont interactives et impliquent le public. D'autres comme Atlas 2 (2002) délèguent la réalisation du software à des programmeurs, qui ne sont pas des artistes, n'importe où dans le monde. Les "Sealed Computers" (ordinateurs scellés) (1992) représentent probablement son travail le plus connu et le plus radical. Il s'agit là de 200 machines qui, une fois programmées à produire des images fortuites, ont été scellées de manière qu'il soit impossible de les raccorder à un monitor : chacune d'entre elles travaille donc sans communiquer, tout en produisant en même temps des images infinies de façon autonome et auto-référentielle. Ces machines se signalent comme un exemple extrême de "dématérialisation" de l'art et aussi bien que comme "objectivation" d'une pensée utopique nouvelle sur la forme.
Avant la galerie Depardieu à Nice- dont l'exposition vient de se terminer- les travaux de Maurizio Bolognini ont été présentés à plusieurs occasions en Europe et aux Etats Unis. Ses expositions personnelles, les plus récentes sont: le Musée d'Art Contemporain Villa Croce, à Gênes; le Musée Laboratoire d'Art Contemporain, Rome; le Palais des Arts, Naples; le WAH Center et le Roger Smith Lab, New York. Publications récentes à propos des travaux de Maurizio Bolognini :
- D.Sandro (commissaire) "Maurizio Bolognini: Installazioni, disegni, azioni (on/off line)", Editions Lithos, Rome 2003;
- S.Solimano (commissaire), "Maurizio Bolognini; Infinity out of control", Musée d'Art Contemporain Villa Croce, Editions Neos, Genes 2005.
Renseignements: www.bolognini.org
Photos pour la presse: www.bolognini.org/foto/
"Je ne m'estime pas un artiste qui produit des images, ni même un artiste conceptuel tout-court, mais un artiste qu'a, par ses machines, tracé effectivement plus de lignes que tout autre, couvrant des surfaces infinies. La qualité des images produites par mes installations ne m'intéresse pas, mais leur écoulement, leur etre illimitées dans l'espace et dans le temps, la possibilité de créer des univers parallèles d'informations formés de kilomètres d'images et de trajectoires infinies: célà m'intéresse. Mes installations servent à générer des infinités hors contrôle".
"Il me semble pas que la métaphore s'adapte à mon travail, ni à l'art des nouvelles technologies, qui tendent à se disposer sur le plan de la réalité plutôt que de sa représentation. Je me rend compte néanmoins que dans l'art la métaphore, l'ambiguïté, sont considérées une connotation essentielle: le langage de l'art ne se limite pas à signaler, il doit faire imaginer quelque chose, il doit pouvoir changer les choses les unes avec les autres. Mais c'est comme si, avec les nouvelles technologies, tout cela allait être effacé et c'était le dispositif lui même qui prenait la place de la métaphore, qui se substituait au jeu des significations, permettant à l'artiste de déléguer son rôle".
"Mes travaux sont produits grâce à la délégation au dispositif (et cela peut inclure toute chose, le public avant tout), au renoncement au contrôle, au chaos, à la disproportion entre l'artiste et son oeuvre, qui tend à le dépasser. Mais aussi à la contemplation du chaos, à l'excès et à la disproportion, qui pour la première fois, grâce aux technologies numériques, peuvent être partiellement contrôlés, réduits à une expérimentation, à un spectacle."
Enrico Pedrini
Légende et crédits photo: Maurizio Bolognini, Sans titre. CIM (Collective Intelligence Machine) series 2002-2006 Installation (ordinateurs, téléphones portables, projecteur) Roca Sforzeca, Imola
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